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Pour ce film, Stallone a retravaillé avec Dolph Lundgren (Captain Ivan Drago dans Rocky IV,
Stallone, 1985) et Eric Roberts (Thomas Leon dans The Specialist, Luis Llosa, 1994). Dans une scène savoureuse, tournée secrètement entre 4 et 7 heures
du matin dans une église, Stallone a convié Bruce Willis et Arnold Schwarzenegger suggérant ainsi un hommage à ces deux icônes du film d'action.
L'entretien s'achève par la question de Willis à propos de Swartzy : «Il y a un problème avec lui?» et la réponse de Sly : «Il veut être
président des États-Unis». D'autres répliques sont aussi teintées d'humour : quand Lee demande à Barney (Stallone) «Tu sais que tu es moins rapide
que tu le crois?» il rétorque «Je commence à le constater».
Stallone a su éviter le piège de la misogynie que les films de combats englobent trop souvent. Dans The Expendables,
les hommes déploient leur capacité physique sans être doublés : ce savoir-faire rappelle le talent de Burt Reynods et sa
célèbre cascade dans Délivrance (John Boorman, 1972). Au cours des ans, des femmes ont aussi performé dans ce
genre. Ainsi, l'impressionnante et superbe Tamara Dobson (1944-2006) troquait ses talons hauts pour des chaussures
plates alors qu'elle exécutait elle-même les combats de kung fu dans Cleopatra Jones (Jack Starrett, 1973) et dans
Cleopatra Jones and the Casino of Gold (Charles Bail, 1975).
Dans un cinéma misant de plus en plus sur les effets spéciaux au détriment des personnages, avec The Expendables-Les Sacrifiés, Stalone réinstaure une action concentrée sur la prouesse humaine.
Dans un tout autre registre, c'est avec une parcimonie d'actions et de dialogues que la québécoise Catherine Martin a repris son style
austère et contrasté, son langage pictural et symbolique, sa fascination pour le rite et le surnaturel en réalisant Trois temps après la mort
d'Anna
Le cadre se resserre sur Anna, violoniste dans un quatuor à cordes. Dans la salle, Françoise, sa mère
, l'admire. Quelques heures plus tard Anna sera tuée, Françoise la reconnaîtra à la morgue. Elle quitte
ensuite son lieu de vie pour se concentrer sur son deuil dans le désert hivernal de Kamouraska. Elle y
retrouvera Édouard (François Papineau) un peintre qu'elle a connu enfant et qui lui admettra qu'elle a été l'amour de sa vie.
La possibilité de se consacrer à sa souffrance fait d'elle un être relativement privilégié : elle n'a pas à
se débrouiller avec l'organisation de la crémation ou de l'enterrement, à concilier avec les démêlés
administratifs qu'entraîne un décès, à obtenir la permission de s'absenter de son travail, à se charger
de toutes ces implications pragmatiques qui affligent une personne endeuillée; à peine le père d'Anna
mentionne-t-il qu'il a vidé le logement de sa fille et que le meurtrier aurait été identifié.
Délaissant donc l'aspect réaliste, la réalisatrice assume les considérations artistiques. Dans un film
en couleurs, Catherine Martin s'appuie sur la dichotomie noirceur/blancheur pour contraster le
passage entre la réaction et la décision, pour développer l'opposition entre la vitalité et le désespoir,
pour refléter l'impact du choc menant au suicide et le processus de rétablissement favorisant la survie.
Noirceur du vêtement, de l'abattement, de l'image préparatoire aux personnages qui en émergent, aux
objets qui en surgissent, dont la symbolique scène du bol au-dessus duquel les mains s'unissent en
rêve. Blancheur des draps, des murs de la morgue, de ceux de la maison d'enfance, des neiges
foulées dans le paysage, de celles accumulées dans la forêt.
Tributaire d'une formation en beaux-arts à l'Université Concordia à Montréal, Catherine Martin a créé un personnage de peintre, Édouard,
qui devient son alter-égo en formulant leur démarche commune, la mort inspiratrice : la scénariste raconte l'histoire d'un deuil, les
conséquences de la mort tissent la trame narrative du film, alors qu'Édouard décrit le retour dans son parcourt artistique en déclarant :
«Les natures mortes, ça me fait du bien. Ça me permet de croire encore à quelque chose».
Par l'entremise d'Édouard, elle nomme un de ses maîtres, Léonard de Vinci et elle filme un livre avec des reproductions de peintures. De
plus, elle organise sa mise en scène ainsi qu'un peintre planifie sa toile, dans le dépouillement, elle minimise le geste, l'interaction, au
point où l'image est fixe, le personnage immobile, jusqu'à ce que le premier sanglot fracasse l'atmosphère. La peinture s'avère encore
déterminante parce que les séances de pose amènent Françoise à l'expression d'elle-même avec toute sa douleur.
Dans Mariages (Catherine Martin, 2001), dont l'histoire se déroulait au 19e siècle, Maria savait provoquer l'avortement avec une potion. À
nouveau, les personnages de femmes aux pouvoirs occultes sont influentes : la guérisseuse avec sa salive fait des croix sur le front, les
fantômes de la mère et de la grand-mère de Françoise la soignent en évoquant le chagrin de la grand-mère qui sur 16 enfants en perdit 8.
L'accessoire supplée aux mots : Françoise dort avec son manteau, elle garde sa peine, elle se dénude pour le peintre, elle révèle sa
souffrance. Puis, le mot écrit remplace le mot dit lorsque Françoise retrouve dans une malle du grenier un arrangement de fleurs séchées
avec un ruban sur lequel est tracé le prénom du peintre, il est clair qu'Édouard l'aimait déjà trente ans plus tôt. Enfin, c'est par la parole
qu'est suggérée l'unique fois où le couple a fait l'amour avant que Françoise disparaisse de la vie d'Édouard.
À remarquer : le talent de Guylaine Tremblay, dont la retenue module le crescendo de l'émotion, et de François Papineau, dont la
tendresse nuance la gravité du laconisme. Les déclinaisons de l'absence (silence, départ, nudité, hiver, mort) constituent une autre des
thématiques et des procédés qui font de Catherine Martin une cinéaste affirmant une œuvre résolument originale.
EN FESTIVALS
Jusqu'au 6 septembre 2010, se poursuit le Festival des Films du Monde à Montréal. L'Histoire a inspiré des cinéastes dont les récentes
oeuvres s'intègrent à la programmation de la 34e édition de l'événement. Des films font revivre des femmes et des hommes issus
d'époques différentes et de régions éloignées : Christine de Pizan (1364-1430, Italie), Maria Anna Mozart (1751-1829, Allemagne),
Confucius (551-479 av. J.-C. Chine), Henri IV (1553-1610, France) et Ernesto Guevara, le Che (1928-1967, Amérique latine).
Tout en réunissant personnage historique et œuvre littéraire, le film Christine, Christina recèle d'autres
particularités : œuvre d'une cinéaste, qui a elle-même été actrice (91 films), qui signe sa 1e réalisation et
occasion pour une mère, Stefania Sandrelli, et sa fille, Amanda Sandrelli, de travailler ensemble. Christine de
Pizan fut une des premières, peut-être même la toute première femme de lettres à vivre de sa plume en
France. Veuve et mère, elle lutta contre des éditeurs qui tentaient de la spolier dans ce que l'on appelle
maintenant les droits d'auteure. Elle affirma des revendications féministes dans ses écrits et exprima ses
émotions dans ses poèmes. Son œuvre aussi diversifiée qu'érudite inclut une biographie de Charles V, un
poème cosmographique, une épître politique et même un livre sur le droit militaire. Longtemps évincée des
histoires littéraires, peu à peu, elle est redécouverte et appréciée pour l'originalité de ses thèmes et de son
style. C'est parce qu'elle considérait sa fille Amanda capable d'exprimer à la fois la grâce et la force que
Stefania Sandrelli lui a confié le rôle de cette femme d'exception. Par ailleurs, alors que beaucoup d'actrices
sont évincées des castings lorsqu'elles atteignent la quarantaine, c'est à 56 ans que Stefania Sandrelli a reçu
son 3e Prix David di Donatello pour son rôle dans Figli/Hijos (Marco Bechis, 2002).
«Quiconque n'a fait ce genre de voyage ne peut s'imaginer tout ce qui est
nécessaire et cela dure depuis bientôt trois ans.» écrivait Léopold Mozart lorsqu'il était en tournée européenne
avec ses enfants; cette phrase de sa correspondance revient dans le film Nannerl, la sœur de Mozart. Alors que
son frère était porté aux nues, Maria Anna, surnommée Nannerl, la sœur aînée de Mozart, a connu une existence
ingrate malgré son exceptionnel talent de musicienne. Cette personnalité sacrifiée a intéressé René Féret qui a
fait œuvre de style en lui consacrant une reconnaissance. Tourné en partie à Versailles, il amène Nannerl à
rencontrer le dauphin, le fils de Louis XV qui l'encourage à composer. Mais, de telles possibilités ne peuvent à
l'époque s'actualiser pour une fille. Féret s'est entouré de sa famille pour représenter celle des Mozart : sa fille
Marie incarne Nannerl, son fils Julien l'assiste à la réalisation et apparaît en tant que maître de musique, sa
femme Fabienne assume le montage et son autre fille Lisa joue la sœur du dauphin, Louise de France, dont la
délicieuse beauté fut peinte par Nattier avant qu'elle mène la vie aride d'une carmélite.
Lorsque le beau et talentueux danseur Patrick Swayze assuma le personnage du Dr Max Lowe dans City of joy
(Roland Joffé, 1992), des détracteurs doutèrent (totalement à tort) de son talent pour un tel rôle; des
protestations (irréfléchies) ont été exprimées contre le choix de Chow Yun Fat pour incarner le philosophe chinois dans la grandiose production Confucius de Mei Hu. L'acteur a pourtant déjà plus d'une cinquantaine de
personnages à son actif dont le mémorable Maître Li Mu Bai dans Tigres et Dragons (Ang Lee, 2000). Les deux
vedettes avaient donc aussi développé une capacité de performances physiques lorsque leur talent d'acteurs fut
injustifiablement mis en doute. En relevant le défi d'interpréter Confucius, un personnage aussi influent que
mythique depuis des siècles, Chow Yun Fat lui a conféré un mélange nuancé de charme et de sévérité.
Henri IV, surnommé le Vert Galant, a épousé Marguerite de Valois, dite la Reine Margot
. Avec le massacre de la St-Barthélemy, les maîtresses de l'un, dont son grand amour
Gabrielle d'Estrées, les supposés amants de l'autre, l'Édit de Nantes, les problèmes
politico-religieux, l'annulation de leur mariage, leur influence dans les arts, Marguerite
fut poétesse, néoplatonicienne, salonnière, mécène, jusqu'à l'assassinat du roi par
François Ravaillac, leur vie tumultueuse a été relatée dans plusieurs films. Récemment, le réalisateur Jo Baier a su
donner un approprié caractère esthétique à ses images du film Henri 4, une imposante co-production Allemagne
-France-République Tchèque-Espagne basée sur le roman de Heinrich Mann.
La beauté de Che Guevara a symbolisé le romantisme révolutionnaire. Son visage a été immortalisé par Alberto
Korda qui ne reçut pas le moindre sou en droits d'auteur bien que sa photo fit le tour du monde, fut reproduite sur
les t-shirts de nombreux hippies et choisie par Marie-Monique Robin pour son livre Les 100 photos du siècle. Cette
aura ajoute à l'oeuvre socio-politique d'un homme devenu légende. Co-production Argentine-Cuba-Espagne, le documentaire Che, un
homme nouveau de Tristan Bauer a été intitulé d'après les idéaux du révolutionnaire et succède à de nombreux films et documentaires qui
lui ont été consacrés ou qui l'ont évoqué.
Lors de la 39e édition du Festival du Nouveau Cinéma qui se tiendra à Montréal du 13 au 24 octobre 2010, Patricio
Henriquez et Luc Côté présenteront en première mondiale leur documentaire Vous n'aimez pas la vérité. Basé sur
l'enregistrement d'une caméra de surveillance à Guantanamo, le film révèle les quatre jours de l'interrogatoire d'Omar
Khadr, l'enfant-soldat âgé alors de 16 ans. Béatrice Vaugrante d'Amnistie internationale Canada francophone, considère
que ce film est essentiel et elle déplore : «la réputation des États-Unis et du Canada est gravement entachée pour avoir
traité ainsi un enfant-soldat».
EN SOUVENIR
Chef d'œuvre mythique, le film India Song (1975) de Marguerite Duras s'abstrait de
toute catégorisation. Il réunit : musique de Carlos d'Alessio, trame sonore entièrement en voix-off,
plans fixes, personnages qui posent ou qui défilent ou qui dansent dans une esthétique des objets et
une mise en place qui assimile les images à la peinture.
L'histoire du film concerne une femme aimée à la folie, Anne-Marie Stretter, l'épouse de l'ambassadeur
de France aux Indes autour de laquelle gravitent des hommes plus ou moins oisifs dont certains
diplomates. L'envers de cette femme qui parade, une mendiante, jamais vue mais dont le chant est
entendu, et qui «demande des indications pour se perdre»; dans l'œuvre durassienne, la mendiante fait
le lien entre le cycle indien et le cycle indochinois.
La majorité des plans fixes de India Song cadrent les personnages alors que les rares panoramiques suivent les paysages (Exemple : long
pano vers la gauche sur les terrains de tennis). Les 74 plans du film rappellent les 3 temps d'un drame survenu en 1937 à Calcutta : un bal
au Palais suivi d'une journée dans un hôtel des îles et d'une nuit à l'ambassade.
L'image et le son se complètent sans s'accorder. Les faits sont racontés davantage que montrés; ainsi, la rumeur du Gange est décrite au
début du film mais entendue pendant un panoramique sur la forêt vers la fin. India Song cristallise la puissance du regard. D'abord, celui du
spectateur ébahi devant la beauté infinie de chaque image qui s'affirme indépendamment de l'histoire tout en la renforçant comme les
personnages pris dans des liens qu'ils défient. Puis, celui des personnages pour lesquels le regard est déterminant. Après le générique, le
1er personnage en est un qui observe, impassible, donnant le ton au film : paraître et même paraître, voir devient action, voir a un effet
«Regardez. Il vient de voir Madame Stretter». Puis, le vice-consul, l'homme vierge de Lahore qui a fait le pire, tuer, lui aussi regarde mais,
avec des larmes.
Le miroir est utilisé pour capter le reflet des scènes. De plus, le vice-consul tire sur lui-même dans une glace. Plusieurs photos du film ont
illustré les affiches du film dont l'une sur laquelle le vice-consul regarde Anne-Marie Stretter et sa réflexion dans le miroir, il la voit donc de
face et de dos simultanément. La représentation s'avère aussi sublime qu'haïe, l'image aussi puissante que détruite, comme le corps de la
femme qui fut ennobli devient aboli. Le symbole opposé au miroir, qui multiplie l'apparition, est la disparition, qui multiplie le malheur : ainsi
, le nom effacé sur la tombe au cimetière.
L'ambassadeur sait que les amants de sa femme, Anne-Marie Stretter, sont anglais. Avec eux, elle va aux îles, lui, il chasse au Népal, elle
fait l'amour, il donne la mort. Autre contraste encore incarné par Anne-Marie et la mendiante : la privilégiée, l'aimée, se suicide, la rejetée,
l'indigente «est tout à fait folle» «Oui mais vous voyez elle vit». On fait toujours appel au regard pour authentifier.
Évoqué mais non montré, l'événement du bal débute par l'arrivée d'Anne-Marie qui choisit Michael Richardson pour amant provoquant la fin
de ses fiançailles avec Lola Valérie Stein et suscitant l'expression extrême de la souffrance du vice-consul. Entendu mais non montré,
l'événement du film réside dans ce cri d'amour du vice-consul.
Dans le rôle d'Anne-Marie Stretter, l'intelligente et talentueuse, l'élégante et magnifique Delphine Seyrig qui ajouta à ses interprétations
sur scène et au cinéma, la réalisation de films féministes, confère la grâce naturelle, qui a fait sa renommée, au rôle d'Anne-Marie Stretter.
Michel Lonsdale (parfois il est appelé Michael) incarne le vice-consul et trouve dans la scène du cri l'occasion d'exceller d'une façon
exceptionnelle, de transmettre le pouvoir sublime de son talent. Il transforme le cri en impudeur apeurante, en amour transcendant, en tragédie absolue.
De cette femme, Anne-Marie Stretter, qui étreignait les roses près du piano, geste emblématique d'un mélange de force éphémère et de
fragilité constante, on a retrouvé le peignoir sur la plage. Lors du dernier bal où elle dansait, elle avait consenti à ce scandale du cri
réclamant l'amour car le vice-consul le lui avait annoncé: «Pour que quelque chose ait lieu entre vous et moi, je ne sais que crier. Vous
êtes en moi. Je vous emmènerai avec moi.»
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