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FILMS TRAITÉS
en analyse
- Vive la rose
- Redland
- À mon frère
- The dust of time
- Korkoro-Liberté
- Jermal
- Bullying
- Thanks Maa
- L'enfance d'Icare
- L'important
c'est de rester en vie.
- Amores
Locos-Mad Love,
- Atletu-L'athlète
- The
assassination of Gibraltar
- Sœur Sourire
- Tatarak-Sweet Rush
- The moon inside you
- E Arioi Vahine
- Vanvittig
Forelskett-Love and Rage
- Coco avant Chanel
FILMS RÉFÉRÉS
au cours de l'analyse
- India Song
- Paysage
dans le brouillard
- Shine
- Camille Claudel
- Chéri
- Bicentennial Man
- Les ailes du désir
- Camille Claudel
- Chéri
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Dans The dust of time, Theo Angelopoulos, avec ses caractéristiques
plans séquences complexes, ses lents zooms avants, ses références cinématographiques, ses foules impassibles, ses statues symboliques,
ses scènes théatralisées et ses répliques poétiques, nous offre une fois de plus une œuvre magistrale par son faisceau d'icônes et de
significations. Le rôle de Jacob, l'ange au bras tendu vers une 3e aile, permet à Bruno Ganz de rejoindre Michaël Lonsdale, éminemment
souffrant dans India Song (Marguerite Duras, 1975), au panthéon des acteurs puissants dans l'expression douloureuse de l'homme sans la
femme aimée. J'ai demandé au cinéaste : «Alors que l'amour est une force vitale, pourquoi vos personnages dont la petite fille dans Paysage
dans le brouillard et Jacob dans The dust of time souffrent et même l'un meurt d'amour?» Après avoir déclaré que l'amour est un sujet dont on
pourrait parler à l'infini, il a ajouté : «au début de l'amour on pense que ce sera l'éternité et 1 jour mais, il faut accepter cette réalité, la
montagne, on la monte et on la descend. C'est comme un film, on arrive toujours à moins que ce qu'on a imaginé. Chacun de mes films est un
chapitre du même film qui embrasse mon aventure humaine, l'idée du changement du monde, un point
d'arrivée et un espoir en même temps. L'amour, un film c'est toujours une démarche vers la scène absolue.»
Dans Korkoro-Liberté, le scénariste-réalisateur Tony Gatlif témoigne du génocide du peuple Rom à travers
une tribu traquée en 1943 dans le village de St-Amont et qui a été secourue par une résistante et par le
maire. «Pour honorer les Tziganes Roms, mon point de départ était le personnage Taloche. Il explique à lui
seul toute la population Rom. Pour le jouer, Philip Welsh m'a parlé de James Thiérrée, le petit-fils de Chaplin
, qui a fait beaucoup de cirque et qui a appris le Rom en 6 mois. Je n'aurais pas pu faire le film sans les
personnages des justes, ceux qui aident; quand je vois ces gens, je crois encore en l'humanité.»
EN ANALYSE : Manavarii Ravetupu
L'humanité n'est guère une valeur respectée dans Jermal de Makarim-Bharwani qui montre
l'ignoble contexte du travail des enfants exploités et maltraités dans un quai de pêche sur pilotis en pleine mer. Une réalité
improbable survient quand un homme ressent de l'amour pour Jaya, son fils inconnu de 12 ans. Ancien professeur, rustre et assassin, il
vit avec Jaya un parcours de vie qui les transforme; l'enfant a mûri, le père s'est attendri.
La thématique de la jeunesse malheureuse est aussi traitée dans Bullying alors que
Josecho San Mateo prouve qu'en Espagne non plus le problème de l'intimidation n'est pas éradiqué et dans Thanks Maa de Irfan Kamal qui
développe la réalité des enfants abandonnés en Inde.
Avec des lumières captées hors focus, des scènes en ombres chinoises, questionnant l'éthique, frôlant l'horreur, Iodachescu a réalisé
L'enfance d'Icare, le dernier film de Guillaume Depardieu qui interprète Jonathan, cobaye pour 9 mutations par réplication; elles devraient lui
redonner la jambe dont il a été amputé. Bien que basée sur la capacité de la salamandre à régénérer un membre perdu, la thérapie dérape;
Jonathan développe une forme de vie qui utilise ses méninges comme placenta.
«L'amour entraînait la mort» au Cambodge entre 1974 et 1979 lors du règne des Khmers Rouges. Roshane Saidnattar réunit documentaires,
reconstitutions et archives pour rappeler l'abolition des écoles, l'interdiction des montres, miroirs, chaussures, couleurs, relations
sentimentales, l'imposition de chants patriotiques par des hauts parleurs dans les rizières, les villages et le travail forcé aux champs pour les
intellectuels, les enseignants, les enfants. Une phrase répétée par la mère de la réalisatrice, dont l'oncle a été rééduqué, c'est-à-dire tué,
parce qu'il était amoureux, est devenue le titre du film : «L'important c'est de rester en vie».
Dans Amores Locos-Mad Love, le scénariste-réalisateur Beda Docampo Fejioó fait dire à Enrique, un psychiatre : «Nos parents sont notre
destinée» alors qu'il entreprend d'aider Julia, guide au Prado. Elle croît se reconnaître auprès d'Enrique dans un tableau du 17e siècle et est
persuadée qu'ils forment le couple d'un amour éternel. Explicatif et métaphorique, scientifique et artistique, le film s'introduit dans la psyché
et la représente avec des personnages, même secondaires, développés avec pertinence et compassion. Le psy aide la patiente à comprendre
le processus de sa conversion, à discerner ce qui l'amène à transformer sa blessure en fantasme : elle délire pour survivre à la douleur. En
maîtrisant l'apport imaginatif et analytique, Docampo Fejioó a signé un film intelligent sur ce qu'on appelle, peut-être à tort, la folie.
«Il a fallu 500,000 italiens pour occuper l'Éthiopie en 1936 et un seul éthiopien pour conquérir Rome en 1960.» Par une simultanéité narrative,
grâce au montage, dans Atletu-L'athlète, le réalisateur Davey Frankel conjoint les deux moments charnières de la vie d'Abebe Bikila : sa
victoire marathonienne aux Olympiques de Rome en 1960 et l'accident d'auto qui l'a définitivement privé de l'usage de ses jambes en 1969.
Frankel renouvelle le sclérosé genre biopic en alternant archives et reconstitutions; il amplifie alors l'hommage à Abebe, le coureur aux pieds
nus, premier champion à être deux fois vainqueur du marathon olympique, qui apparaît tout au long du film. Authenticité et drame concourent
à un impact émotif qui force l'admiration pour cet homme au courage et à la vitalité indéfectibles.
Dans une fragmentation de l'écran en triplex, Anna Jadowska a aussi utilisé des images d'époque en concordance avec des reconstitutions
dans The assassination of Gibraltar. Le procédé confère une exactitude événementielle et chronologique à l'évocation du meurtre du général
Sikorski le 4 juillet 1943. Ainsi que Frankel, Kurys (dans Sagan, 2008), Jadowska juxtapose acteurs et véritables protagonistes des faits réels.
Stijn Coninx a révélé dans Sœur Sourire la vie de la jeune religieuse dominicaine qui composa la chanson Dominique dont le succès
international en 1963 l'amena à supplanter Elvis et les Beatles. Cécile de France insuffle une grande force à l'interprétation de celle qui écrivit
aussi La pilule d'or, chanson dans laquelle elle conciliait croyance en Dieu et contraception. En montrant son féminisme, sa dévotion et son
homosexualité, le film nous interpelle sur des mœurs, des convictions et des enjeux qui encore aujourd'hui font scandales.
Dans Tatarak-Sweet Rush, Andrzej Wajda imbrique le récit de l'actrice Krystyna Janda, veuve du chef opérateur Edward Klosinski, qui confie
l'impact du décès de son mari, et la transposition d'une nouvelle de Jaroslaw Iwaszkiewicz. La réalité et la fiction se répondent dans une
esthétique basée sur la grâce de Krystyna, les images sous-marines des tiges de fleurs et le raie de soleil dans la chambre aux murs noirs
quand se confondent la peine d'une épouse et celle d'une mère auxquelles la mort impose son drame.
À travers les millénaires et les contrées, de nombreux prétextes ont justifié la répression de la spécificité féminine. The moon inside you de
Diana Fabiánová explique l'ingérence de la science pour perpétuer le tabou de la menstruation auprès des jeunes et E Arioi Vahine de
Virginie Tetoofa avec Manavarii Ravetupu (une actrice très belle et spontanément aimable) démontre l'influence de la tradition pour assurer
l'interdiction de la maternité chez des danseuses tahitiennes en 1668.
Émue dans la pudeur, juste dans les excès, sentie dans le regard, l'extraordinaire interprétation de Cyron Melville subjugue lors des cadrages
serrés de Vanvittig Forelskett-Love and Rage du cinéaste Morten Giese. Un jeune musicien talentueux et amoureux est affecté par des
problèmes de santé mentale; ainsi que dans le film Shine (Scott Hicks, 1996) la preuve est faite que la maladie mentale peut survenir chez
des gens supérieurement doués.
EN SALLES
La mignonnette Audrey Tautou devient la dure, amère et résolue Gabrielle Chanel dans la reconstitution magistrale et fidèle, Coco avant
Chanel, le très attendu film d'Anne Fontaine, la spécialiste des portraits de femmes. Dans cette évocation des années formatrices, la
revanche à prendre sur l'enfance, l'abandon, l'exclusion, est évidente. Les ruptures de scènes sont rapides, tout fut un bouleversement
fulgurant dans la vie de Gabrielle. Mais, ainsi que le processus créateur était montré dans Camille Claudel (Bruno Nuytten, 1988), les choix
créatifs de Coco émaillent le scénario : libération du corset, utilisation du tissu extensible, emprunts à la garde-robe masculine, coupe des
cheveux (même le fameux camélia est porté par Boy Capel sur son veston) accentuant la révolution vestimentaire et sociale dont elle fut
l'instigatrice. Puisque rien ne lui a été donné, elle va tout prendre, entre la quête et l'imposition, pour parvenir à son autonomie financière, son
indépendance personnelle, son affranchissement de l'amour. Fontaine a su montrer que la mort de Boy fut un point de non-retour dans la vie
de la Grande Mademoiselle. La musique au début est simple, piano et violon, jusqu'à l'orchestration de la récapitulation finale quand elle
triomphe dans son escalier de la rue Cambion et que Tautou nous transmet une Coco redoutable de puissance et de tristesse.
Pour comparer les différences de mode et apprécier l'énormité des changements instaurés par Chanel, je suggère le visionnement du film
Chéri (Stephen Frears, 2009) avec sa surcharge de falbalas, son outrance de costumes et décors comme un crémage trop sucré. À travers la
mode, Chanel a appuyé l'évolution du statut de la femme et, encore aujourd'hui, elle reste une inspiratrice de l'être et du paraître.
En souvenir
La Petite Sirène (personnage de plusieurs films), l'androïde Andrew (Bicentennial Man, Chris Colombus, 1999) et l'ange Damiel (Les ailes du
désir, Wim Wnders, 1987) partagent une fascination pour ce que ressentent les humains. Ils sacrifient leur immortalité afin de vivre l'amour.
Wim Wenders dans Les ailes du désir a mis en scène des anges observant et aidant les humains. En 2008, j'ai rencontré le réalisateur, qui
s'exprime dans un français impeccable, lors du Festival du Nouveau Cinéma dont la 38e édition se déroule du 7 au 18 octobre 2009 à
Montréal. Damiel, interprété par Bruno Ganz, qui a joué plus d'une fois dans sa carrière le rôle d'un ange, s'incarne sur terre pour être avec
Marion, la belle trapéziste qui lui déclare : «Il n'y a pas de plus grande histoire que la nôtre, celle de l'homme et de la femme. Ce sera une
histoire de géants, invisibles, transmissibles, une histoire de nouveaux ancêtres». Dans ce films magnifique, seuls les enfants voient les
anges qui, eux, entendent les pensées des gens, occasions de révéler la décision du suicidaire, la peine du rejeté, l'endurance de
l'accouchée, la réflexion de l'aîné. Dans la Staatsbibliothek, un vieux monsieur, Homer, a une conviction qui ne saurait trop nous inspirer :
«Mes héros ne sont plus les guerriers et les rois, ce sont les choses de la paix, toutes égales entre elles.»
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