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Dans La cuisine rouge de Paule Baillargeon, un homme ondulait du bassin en se déshabillant sur une
table. Selon la réalisatrice, répétons-la, «des films comme La cuisine rouge, ça ne s'est plus jamais fait» avec une scène où l'homme assume le fardeau
de la séduction. Toutefois, Laurentie montre la nudité frontale masculine, non pour séduire, pour rabaisser en exhibant, ainsi que le véhicule la
nudité frontale féminine, mais pour divulguer cette vérité cachée où l'homme reste prostré et coupable, défaillant et souffrant. L'homme préserve son
authenticité par la dissimulation, la femme y prétend par l'exhibition. On s'étonne qu'il n'y ait plus d'histoires d'amour, il n'y a même plus
d'individus.
Les évidentes tristesses et sordidités de la rencontre vénale débutent Laurentie. Interprété avec une douleur larvée par Emmanuel
Schwartz, aussi producteur associé du film, Louis Desprée, 28 ans, technicien audiovisuel, ne semble guère heureux en payant une stripteaseuse.
Dans la partie I, Fantômes, Louis aborde Rosalie en lui mentant : il l'attendait mais prétend
être en retard. Après leur accouplement, une citation poétique apparaît à l'écran : «il fallait bien parfois que le soleil monte».
Louis
emménage avec l'aide de deux amis. Dans l'escalier qui tourne, la montée de la cuisinière est ardue. La vie semble pénible, menaçante pour Louis qui
traîne un sanglot dans la gorge. Il habite à Montréal. Sa famille vit à l'extérieur. Régulièrement, il lit de la poésie. Dès qu'il se rend dans un
commerce, il doit parler une autre langue, l'anglais.
Au travail, il répond «J'file pas trop aujourd'hui» quand un collègue lui propose de se
joindre à un groupe pour le repas. La crise couve. Il se masturbe sur son lieu de travail en regardant une scène de fellation. Son voisin, Jay Kashyap
reçoit une amie et Louis colle son oreille au mur pour entendre les gémissements du couple.
Partie II : Tumultes «à me faire crier
d'angoisse». Un groupe d'anglophones ridiculisent Louis et ses 2 amis et les agressent. Louis se retrouve seul à pleurer dans la rue. La menace
s'accroît. Le coté taciturne du jeune homme met mal à l'aise son voisin quand il s'adresse à lui.
La déviance de Louis peut le mener vers la
criminalité. Effectivement, il entre dans le logement de Jay. Ce voisin a une vitalité dont Louis est dépourvu. Cette différence attise sa fascination
mêlée de ressentiment, d'envie. Jay a des photos qui témoignent de ses amitiés et un cahier qui suggère ses études. La normalité, l'ordinarité
l'interpellent comme un état inaccessible. Par contraste, le bonheur de Jay impose à Louis son indéniable descente aux enfers.
Parvenir à
s'adapter, à fonctionner, à continuer un parcours jusqu'à être banal, vieux, relèvent de l'exploit phénoménal de nos jours. Le vieillard qui avance
dans l'église avec sa marchette représente cette simplicité et ce temps qui ne nous sont plus alloués. La caméra cadre Louis assis, pano vers la
gauche, accompagnement du vieillard dans sa marche difficultueuse, pano vers la droite, Louis n'est plus là. Dans une même séquence, deux temps,
l'avant, l'après, qui se termine par une symbolique absence, un prémonitoire retrait, une disparition annoncée.
Louis est fragile comme une
bombe à retardement. «Merci d'être là les gars» dit-il aux compères du déménagement. Il leur fait écouter Impromptu (andante lirico) de Sibelius; là
encore, dans cette pièce solennelle pour cordes, deux temps se succèdent. Pendant cette scène intense et magnifique, il pleure devant eux. «J'aimerais
être prestidigitateur Je ne serais pas là quand l'impossible se rapprochera».
Partie III Abîmes : Le plan séquence est entièrement filmé
dans le reflet du miroir. Il achète des vêtements dans une boutique. Party chez Jay. Louis fait l'effort d'aborder une fille qui s'éloigne. Louis se
réfugie dans les toilettes pour pleurer et compenser avec son activité solitaire de prédilection : la masturbation. Il danse ensuite
frénétiquement, attirant l'attention des invités déconcertés. Le 16 août, le lendemain matin, il se réveille sur un banc de parc. Il revient chez lui,
sort le bac de recyclage, prend un tournevis, frappe à la porte de Jay.
Il arrive chez Rosalie qui étend son lavage. C'est d'abord par son reflet dans la vitre qu'il
entre dans la scène. Il déclare alors une parole authentique, une supplique véritable : «Tu m'manques Rosalie tu m'manques».
«L'homme de
mon pays…c'est toute sa jeunesse qui éclate en sanglots» L'affiche du film montrant Louis qui pleure son Québec s'accorde avec cette citation. Les
citations poétiques ont été empruntées, entre autres, à Anne Hébert, Marie Uguay, Saint-Denys Garneau et Hubert Aquin.
L'impression laissée par
Laurentie s'insinue pour s'imposer, inattendue, tenace, blessure ouverte. Nous n'avons pas accès à la totalité de l'être mais à l'ampleur de sa
blessure. Louis fait pitié, il souffre d'un malheur si grand qu'il en devient dangereux, à la recherche d'un expédient à son mal de vivre, d'être.
On ne sort pas indemne de Laurentie il en reste un malaise qui se prolonge comme un tourment. Parfois j'attends cela du cinéma : un film dont
on peut devenir amoureuse jusqu'à en être transformée.
Pendant le FNC dans le monde du hockey, un joueur lui aussi a fait l'effet d'une bombe.
Mais c'est parce qu'il a parlé. Patrice Brisebois a déclaré avoir pris des antidépresseurs et avoir suivi une thérapie à cause d'une dépression. Chez
les 12 ans et plus 8% de la population admet avoir vécu une dépression. Dans les pays industrialisés, la dépression est maintenant endémique, elle est
la 1e maladie. Le fait de vivre dans les villes déséquilibre les sécrétions neurochimiques du cerveau, les problèmes relationnels sont les plus
difficiles à régler, les abus en milieu de travail (exigences d'hyperproductivité) et scolaire (absence d'intellectualisation) se doublent souvent de
harcèlement psychologique.
L'humain au cours des millénaires a modifié son appareil phonateur, il a descendu son pharynx,
afin de parler. Plus de 70% de notre communication concerne nos émotions. Donc la verbalisation est d'une suprême, d'une vitale importance pour notre
équilibre, pour notre épanouissement.
Jacqueline de Romily a écrit : «La langue permet de créer le lien, elle est au sens premier
du terme, facteur d'intelligence. Dans mon permanent combat en sa faveur, il y a cette idée essentielle que la précision, la faculté de s'exprimer
clairement et de comprendre ce que dit l'autre est le meilleur remède contre la violence. Ne pas pouvoir s'exprimer finit par des coups. Comment
voulez-vous dès lors que, de la Grèce antique à nos banlieues, je ne persiste pas à cultiver le jardin des mots?»
Cette citation éclaire certes le film Laurentie en montrant les conséquences de l'impossibilité de dire,
d'utiliser sa langue, d'augmenter son vocabulaire pour parvenir à articuler sa pensée, à confier son
émotion. Or, il peut y avoir pire que le silence, il peut se développer le piège labyrinthique du
mensonge. C'est le recours de Rami pour survivre avec son mal d'être, sa difficulté à partager ce qu'il
ressent, ses efforts pour accéder à des situations en accord avec lui-même dans Roméo Onze, le 1er
long métrage de Ivan Grbovic que j'avais justement remarqué lorsqu'il avait présenté son court métrage intitulé Les Mots. (voir ma chronique de décembre 2009 sur l'événement Prends ça court)
Tout est amour dans le film Roméo Onze : amour malhabilement exprimé par Rami, par Ziad, son père
, par Sabine,sa sœur. Des films, maintenant, mettent en évidence les problèmes des hommes
apeurés par la prise de parole; des jeunes, des hommes, mal dans leur peau. Leur mutisme ne signifie
pas un manque d'attention, d'intérêt ou d'affection, elle résulte d'un manque de mots, de mots émis et reçus.
Mains au poteau du métro sur la ligne verte, station Atwater, la main de Rami, son visage, le seul visage distinctif parmi la foule. Boutique
avec une musique tonitruante. Plan d'ensemble, Rami marche malgré un handicap aux jambes. Bibliothèque publique, cliquetis des
claviers, Rami somnole. Pour avancer, il est constamment en déséquilibre. Puis, Rami dit à son père, Ziad, qu'il est allé à son 1er cours.
Sa sœur aînée se marie, sa sœur Sabine le prend comme complice de ses cachotteries auprès de Ziad, sa grand-mère a des perles et sa
mère un veston du père qu'elle tente de lui refiler avec quelques ajustements; symbolisme du veston, endosser l'identité du père.
Le soir venu, dans la solitude de sa chambre, Rami devient Roméo11 lorsqu'il s'entretient avec la belle Malaury26 à qui il raconte ses
voyages d'affaires.
Église en famille. Boutique de vêtements. Ziad souhaite que son fils devienne comptable et lui montre comment reconnaître un bon tissu, il
lui fait essayer un veston (à nouveau) en l'assurant : «Les femmes aiment les hommes en costume».
Physiothérapie de Rami. Avancer. Là encore symbolisme : avancer dans la vie. Et pour Rami, la situation est marquée par l'instabilité.
Rami avance parmi la foule. Il repère des lieux luxueux. Ziad sera heureux quand ses filles seront mariées et que son fils aura une
profession. Rami travaille au restaurant de son père où il remarque une jeune cliente. Sabine le prévient : «Tu fais peur quand tu regardes
les filles comme ça».
Suit alors la magnifique scène des parapluies. C'est l'automne avec la douce, splendide, magique, Aquarian music de Hans Otte. On
croirait une toile impressionniste.
Suivent des repérages, des boutiques, des divergences entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. Moment de bonheur : la caissière du service au
volant lui rend plus que sa monnaie, un sourire. Il roule en auto, heureux.
Mais pour Rami la dégringolade continue. Pendant que sa grand-mère regarde un beau chanteur à la télé, il prend des bijoux dans son
coffret. Dans l'entrebâillement de la porte, il semble retenir ses larmes. Ou ses doutes.
Chaque visage de la famille s'illumine lorsqu'il annonce que samedi il sort avec une femme. Retour de la musique de Hans Otte.
Remarquable scène : la tendresse du père quand il s'approche et lui donne de l'argent «Pour ta sortie».
Retour dans un des lieux repérés précédemment, hôtel de luxe. Au comptoir, il remet $530. pour la chambre 917 et demande «Changez
mon nom pour Roméo». Sa silhouette en ombre chinoise devant la fenêtre. Sourire d'anticipation. Il répète ce qu'il va dire : «Je t'ai apporté
des fleurs. J'ai senti qu'il fallait que je le fasse. Je suis un peu gêné. T'es vraiment belle. Pourquoi je marche comme ça?» Alors il essaie
de marcher…droit; on a l'impression que ça doit lui faire mal jusqu'au cœur.
Dans le restaurant de luxe, lui aussi repéré plus tôt, il attend avec un évident malaise. Refuge dans la chambre. Le téléphone sonne, on
cogne à la porte, il pleure sur le lit. Il pleure par détestation de lui-même, il se juge indigne sans avoir vérifié la capacité d'acceptation de
l'autre.
Le subterfuge des cours de maths est découvert par sa famille. Une lettre a été livrée au père. Sa famille est à table. Rami avoue «Je ne
veux pas aller aux HEC. Essaie d'avoir une opération aux 2 jambes et de marcher après. F…off!» Larmes familiales.
La tension de la scène rappelle la célèbre et terrible déclaration d'Ovide après l'humiliation infligée par Rita Toulouse dans Les Plouffe
(Gilles Carle, 1981) «Y'a pas de place nulle part pour tous les Ovide Plouffe du monde entier».
Mais, Rami a commencé à accéder à la parole, importante, difficile, transformante; il propose à Malaury26 : «J'veux m'expliquer». Sur un
banc, il attend. Des gars arrivent et admettent qu'ils l'ont berné : «Roméo toi aussi tu nous as menti. T'es plus menteur que nous». Rami
hurle de douleur, tente vainement de se battre, court jusqu'à une rue où les autos circulent rapidement.
Hôpital. Ziad croit Rami endormi, en caressant sa tête, il pleure. Sans se retourner vers son père, le fils pleure aussi. Scènes d'archives :
Rami enfant dans un hôpital qui s'efforce d'avancer. Debout, sans tenir la marchette, il envoie la main à la caméra avec sa petite frimousse
irrésistible, adorable, aimable.
Le mariage de la sœur aînée. Dans l'auto, seul avec son père, Rami déclare : «J'veux plus travailler au resto». Cette verbalisation l'allège, il
regarde son père en souriant. Retour de la scène de Rami en ombre chinoise devant la fenêtre, musique de Hans Otte. Pour la
traditionnelle photo familiale de mariage, le père se déplace afin de tenir son fils près de lui. Sabine présente une amie à Rami. Elle fait une
maîtrise en histoire. Les dernières phrases de Rami : «Dans la vie? Moi je sais pas encore. C'est vraiment la question que je me pose»
avant qu'il avance pour se joindre à la foule qui danse.
Je me suis entretenue avec Ali Ammar qui incarne Rami. C'était sa première
expérience en tant qu'acteur. Il avait répondu à une annonce de Ivan Grbovic. «J'ai eu
quelques mois de coaching avant le tournage. Mon jeu est basé sur mes souvenirs.
24 heures avant, je me préparais. Parfois, j'ajoutais du texte au scénario. Le cri
F…off, ça c'est moi, c'est venu comme ça. Avec ce film, j'ai eu la piqûre. J'ai aimé faire du cinéma. Je garde la porte ouverte.»
Lorsqu'Ali s'est levé, j'ai constaté avec étonnement qu'il a réellement un handicap
aux jambes. Son jeu d'acteur est si convaincant que le handicap aurait ajouté au rôle
de composition. Il m'a dit à ce sujet : «J'ai manqué d'oxygène à la naissance. Ma
mère est venue du Liban avec moi. Les images d'archives c'était vraiment moi.»
Ali est si doux, si aimable, si sympathique qu'il suscite l'irrépressible envie de
caresser son visage, de lui faire la bise, de lui dire des gentillesses. Comme lorsqu'il
était enfant dans les images d'archives, il est attachant, sensible et charmant.
Dans la compréhension de son personnage, son talent d'acteur est peut-être tributaire de ses études en psychologie au cégep Ahuntsic; il
veut aller à l'UQAM tout en restant disponible pour des tournages. «Ce film c'est un cadeau. J'en ferai d'autres si j'en ai la chance. Je suis
ouvert à tout».
Le film rappelle aussi BenX (Nick Balthazar, 2007 ) par l'utilisation des conversations à l'ordinateur, le handicap et l'histoire d'amour.
Joseph Bou Nassar dans le rôle de Ziad, le père confère une solidité à son personnage qui accueille la possibilité de développer
l'expression de son affection; avec lui, la virilité n'est pas exempte d'émotion.
Roméo Onze de Ivan Grbovic, écrit par lui et par Sara Mishara, chef opératrice, au 46e Festival du film de Karlovy Vary a obtenu une
Mention spéciale du Jury œcuménique et le Prix Découverte dans la catégorie Émile-Cantillon pour un premier long métrage au Festival
international du Film francophone de Namur.
Le FNC présentait plusieurs films consacrés à la danse. Marlène Ionesco a réalisé une longue
filmographie constituée principalement de portraits d'étoiles de la danse. Dans Une vie de
ballets, elle nous fait connaître le parcours de Pierre Lacotte et Ghislaine Thesmar par leurs
souvenirs et par des extraits rares de leurs prestations qui confèrent une grande valeur au documentaire.
Pour Pierre Lacotte danser c'est : «chanter avec mon corps». À 7 ans, il a vu le ballet Giselle et
il a su qu'il voulait être danseur. Il connaît Serge Lifar et Solange Schwarz qui seront accusés
d'être collabos. Lifar reviendra à l'Opéra de Paris au contraire de Solange (dont la continuation
de la carrière inclura l'enseignement à la jeune Brigitte Bardot). Rapidement, il progresse. Sa
professeure Lioubov Egorova aura sur lui une influence déterminante; elle l'a incité à monter des ballets classiques.
En 1954, il privilégie de danser La nuit est une sorcière, un ballet de Sidney Bechet ce qui le place en conflit avec l'Opéra de Paris; on lui
avait promis qu'il pourrait resté avec l'Opéra tout en dansant au Théâtre des Champs-Élysées. Mais cette promesse est ignorée car celui
qui l'a faite devient malade. Le nom de Pierre Lacotte apparaît donc sur deux affiches simultanément. Un huissier constate chaque soir
qu'il interprète le ballet de Bechet; pendant un mois il a donc dansé avec «une tension épouvantable».
Par des films projetés au cinéma de Rabat, capitale du Maroc, des extraits de Giselle et Le lac des Cygnes, Ghislaine Thesmar a été
éblouie «Je n'avais plus aucun doute sur ce vers quoi je voulais tendre dans la vie». Elle ressent un engouement pour le ballet blanc, le
ballet romantique (avec un tutu long originalement dessiné par Eugène Lami).
Pierre Lacotte entreprend des recherches afin de remonter des ballets romantiques. En 1968, Ghislaine et lui se marient. En 1971, il
entreprend de présenter La Sylphide créé en 1832 par Filippo Taglioni le père de Marie Taglioni. (Cette ballerine a transformé l'art de la
danse par son utilisation des pointes, que Mlle Gosselin avait d'abord chaussées, et par sa présence éthérée sur scène faisant triompher
le ballet romantique.) La Sylphide est la consécration de leur union et l'essor de leur carrière.
Ghislaine danse, entre autres, avec Balanchine. Une séquence nous les montre en plein travail alors qu'il a 74 ans. De son coté, Pierre,
grâce à ses recherches sur les ballets romantiques, remonte Coppélia dans la version originale de 1870, Le Lac des Fées de Taglioni,
Paquita et, après un travail extraordinaire basé sur des archives partielles, des entrevues avec des danseurs âgés, il reprend La Fille du
Pharaon. Pour ses adieux, il danse le Pas de deux de la seule chorégraphie créée par Marie Taglioni : Le Papillon.
Ghislaine enseigne et dirige alors que Pierre continue à monter des spectacles.
Une vie de ballets de Marlène Ionesco avec Pierre Lacotte et Ghislaine Thesmar nous livre des souvenirs mais surtout nous fait voir des
extraits éblouissants et incomparables.
EN ANALYSE
À l'aube du 17e siècle LouisXIII est un jeune monarque marié à Anne d'Autriche. Richelieu conspire pour
s'emparer du pouvoir et les conflits augmentent dans toute l'Europe. Les gardes de Richelieu sont en
constants conflits avec les mousquetaires du roi. Ce contexte débute l'intrigue du roman d'Alexandre Dumas
père qui, après plus de 20 adaptations depuis 1903, vient d'être réalisé par Paul W.S. Anderson d'après un
scénario de Andrew Davies et Alex Litvak à partir d'une idée de Dug Rotstein. Le 3D confère à cette version une grande qualité d'image.
Le jeune D'Artagnan, interprété avec candeur et détermination par Logan Lerman, doit se battre en duel le même jour avec trois mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis. Les 4 hommes décident plutôt de s'unir
contre le Comte de Rochefort, chef de la garde de Richelieu, et contre Milady de Winter, alliée du Cardinal,
interprétée par une Milla Jovovich aussi actrice que ninja en crinolines.. Le Duc de Buckingham est lui aussi
utilisé par le Cardinal qui tente de faire croire à l'infidélité de la Reine Anne d'Autriche «Après ce scandale
d'un cocu adolescent» le pouvoir sera pris par le Cardinal qui considère : «C'est moi la France».
Buckingham arrive en France sous prétextes de pourparlers pacifistes avec Louis XIII à bord d'un aéronef qui atterrit devant Versailles.
Milady et le Cardinal volent le collier de diamants de la reine, font croire qu'elle l'a offert à Buckingham, son amant. Le roi ayant demandé à
la reine de porter le collier lors du prochain bal, Constance, la dame de compagnie de la reine, demande à D'Artagnan de retrouver le collier
. Les mousquetaires s'ennuyant ferme, ils sont donc enthousiastes à l'idée de cette mission. Athos est bon nageur, Aramis, agile et
Porthos se fait capturer par son ennemi pour mieux le contrôler. Et, bien sûr, D'Artagnan est une fine lame.
La base narrative est costaude, les personnages, typés, les revirements, nombreux, les surprises, inattendues, et les sentiments, entiers.
Restait le défi d'actualiser cette trame souvent travaillée à l'écran. Anderson a réussi à en faire un suspense haletant. Bien que le
dénouement soit connu, l'action est captivante. On craint pour la vie de D'Artagnan lors de son ultime combat avec Rochefort, surtout
lorsqu'il saisit la lame de son ennemi et que le sang coule de sa paume; on est sidéré par les prouesses de Milady, on reste ému par
l'expression des sentiments.
À toutes les cascades, en plus des effets spéciaux, au-delà des combats extraordinaires, des répliques privilégient la conscience
altruiste : «La seule arme du mousquetaire c'est ça (le père posant la main sur le cœur de son fils, D'Artagnan) un pour tous, tous pour
un», l'émulation intellectuelle : «Aux jeux de l'esprit vous êtes désarmé» dit Constance à D'Artagnan, l'authenticité relationnelle : «être lui
-même» conseille D'Artagnan au roi qui lui demande un conseil, pour un soi-disant ami, qui est en fait lui-même alors qu'il veut être aimé
de la reine dont il est amoureux malgré un mariage de raison, l'amour suprême : «Milady s'est suicidée parce qu'elle savait que jamais je
n'aurais pu survivre au fait de l'avoir tuée» explique Athos qui dira ensuite à D'Artagnan : «Choisis la femme. Défends ton amour. La France
se défendra».
Les évocations et similitudes sont disséminées à travers le film. La chambre forte de Léonard de Vinci, où des plans sont gardés, rappelle
la caverne d'Indiana Jones dans Les Aventuriers de l'arche perdue (Steven Spielberg, 1981) tout comme la pièce où est placé le collier de
la reine. Le fil rétractable qui permet à Milady de se lancer dans le vide du haut du palais ressemble à celui de Tom Cruise dans Mission :
Impossible (Brian de Palma, 1996) et celui de Catherine Zeta Jones dans Entrapment (Jon Amiel, 1999). Les rayons lasers qui protègent la
pièce du collier de la reine et que Milady doit contourner font penser là encore à Entrapment. Quand la reine montre son collier à son cou
et qu'elle invite le roi à ouvrir le bal, on peut affirmer Le roi danse (Gérard Corbiau, 2000). La superbe reconstitution numérique du Pont Neuf
avec ses échoppes et maisons ouvre une action en plein jour alors que dans Le parfum (Tom Tykwe, 2006) elle se déroulait la nuit.
L'aéronef de Buckingham rappelle l'Albatros de Robur le conquérant de Jules Verne devenu un court métrage The airship/Hundred years
hence de John Stuart Blackton en 1908. Lorsque l'aéronef se coince entre les tours de NotreDame de Paris (Jean Delannoy, 1956), on
s'attendrait à voir surgir Quasimodo, le bossu, incarné par Anthony Quinn. Mads Mikkelsen, qui incarne Rochefort porte un loup à l'œil
gauche comme il était cicatrisé à cet œil quand il interprétait le Chiffre dans Casino Royale (Martin Campbell, 2006). Quand D'Artagnan
rejoint l'aéronef et demande : «Permission de monter à bord?» il répète la réplique de James Bond dans You only live twice (Lewis Glbert,
1967).Aussi, lorsque deux mousquetaires s'élancent avec des couteaux pour fendre le dirigeable, on reconnaît Douglas Fairbanks Sr. : du
haut du mât du navire, il glisse le long de la voile qu'il fend avec sa dague dans The Black Pirate (Albert Parker, 1926). En réalité lors du
tournage la voile était inclinée afin que sa descente ne soit pas trop rapide. D'ailleurs, Faribanks avait aussi joué D'Artagnan dans The
Three Musketeers (Fred Niblo, 1921).
Tous les comédiens sont remarquables. Mila Jovovich incarne une Milady magnifique et athlétique. Précédemment, elle a tourné Resident
Evil (Paul W.S. Anderson, 2002) avec son mari, le réalisateur Paul W.S. Anderson; les prouesses physiques de l'actrice donne à son
personnage une force de caractère qui sied à ses manipulations d'espionne. Les costumes de Pierre-Yves Gayraud magnifient sa beauté
tout comme la maquilleuse personnelle qui lui était affectée.
La présentation des personnages et la carte des lieux insinuent un traitement bédéiste. Un bémol, les répliques méprisantes à l'égard de
Planchet le valet; la discrimination basée sur les différences de classe sociale (il n'y a pas de sot métier) font mal à entendre, les
travailleurs devraient toujours être respectés. Aussi, la chanson du générique de fin ne devrait pas connaître le succès mémorable de All for
love de Brian Adams pour la version de Stephen Herek en 1993 avec Kiefer Sutherland. Une suite est annoncée puisque le film se termine
par l'avancée de la flotte de navires et de l'armada d'aéronefs de Buckingham.
The Three Musketeeres-Les Trois Mousquetaires de Paul W.S. Anderson est une co-production Allemagne (avec Constantin), France et
Royaume –Uni tourné en Allemagne. Chorégraphié, artistique, coloré, fascinant, enlevant, captivant, je le recommande.
EN SALLES
Le film Omar m'a tuer de Roschdy Zem revient rapidement sur l'assassinat d'une femme cultivée, Ghislaine
Marchal, pour se dédier à l'instruction, au procès et à la récapitulation des faits inhérents à la condamnation
d'Omar Raddad pour ce meurtre. Cette chronique étant consacrée au cinéma, il ne s'agit pas ici d'évaluer en
quoi le crime de l'affaire Raddad a ou n'a pas été élucidé. La thématique judiciaire fait partie des sujets qui
inspirent les cinéastes et la médiatisation s'avère un moyen déployé pour appeler l'institution judiciaire à
baliser ses considérations de principes moins volatiles que «l'air du temps».
Omar m'a tuer (sic) relate un fait vécu; donc, la trame événementielle, les circonstances, en l'occurrence,
l'accusation, et le parcours psychologique, les impacts, en l'occurrence le désespoir, sont développés dans
le film de façon équivalente; chaque aspect est rendu avec des moyens filmiques spécifiques.
Roschdy Zem dans Omar m'a tuer a le mérite d'avoir tracé, brièvement certes mais il l'a fait, le portrait de la
victime : femme secrète, indépendante, colérique parfois, avec des élans amoureux et généreuse. À ce
contexte de style Agathie Christie, à ce genre Who done it? Zem a préféré la déclamation : Who didn't do it.
Son réquisitoire se résume à : Qu'importe les coupables, sauvons l'innocent.
Alors que dans l'affaire Amy Fisher, trois films ont été tournés (du plus psychologique The Amy Fisher Story, (Andy Tennant, 1993), qui
met en évidence les rêves naïfs de la protagoniste, au plus reprochable, The casualties of love : the long Island Lolita story, (John Herzfeld,
1993), un summum de niaiseries, précédé par le film Amy Fisher : My Story (Bradford May, 1992) misant sur le mode de la confidence),
dans l'affaire Omar Raddad, déjà plusieurs livres ont été écrits (dont Pourquoi Moi? par Omar Raddad et Omar : la construction d'un
coupable de Jean-Marie Rouart qui ont été utilisés pour le film de Zem), un épisode de la série française Faites entrer l'accusé a été tourné
, un article dans Historia a été rédigé mais, aucun film de fiction n'avait été tourné. Le long métrage de Roschdy Zem rappelle les faits
suivant le crime et ayant contribués à teinter toute l'affaire des couleurs hideuses de l'injustice, celle qui accable l'innocent condamné à
tort et qui trace un sillage infamant pour la victime dont le souvenir reste entaché.
L'affaire Omar Raddad concerne l'érudite Ghislaine Marchal qui appréciait la romancière Françoise Sagan au point de nommer sa maison
de Mougins : La Chamade, c'est là qu'elle est retrouvée morte en juin 1991 près d'une double inscription à même son sang : Omar m'a
tuer (sic). Omar, un jardinier franco-maghrébin, marié et père, illettré, joueur compulsif au casino, résidant et travaillant en France depuis
des années mais ne parlant pas français, semble désigné par la mention sur la porte. Arrêté, accusé, condamné, il n'a cessé de clamer
son innocence. Depuis, plusieurs personnes ont analysé l'enquête et le procès.
Roschdy Zem s'est concentré sur l'ouvrage de Jean-Marie Rouart devenu le personnage Pierre-Emmanuel Vaugrenard et interprété par
Denis Podalydès et sur celui d'Omar Raddad joué par Sami Bouajila. Cet acteur participait au film De vrais mensonges (voir ma chronique
d'octobre 2011) qui se caractérisait par des lacunes rythmiques; au contraire, Omar m'a tuer de Roschdy Zem bénéficie d'un rythme
enlevant, avec des scènes brèves, essoufflantes, au niveau factuel, et d'un rythme patient, attentionné, avec des plans fixes ou des zoom
in, au niveau psychologique.
Zem alterne la récapitulation des faits et la transmission des émotions. Les scènes courtes dans un montage hachuré rappellent l'intérêt
de l'auteur qui retourne sur les lieux et les scènes d'Omar en gros plans transmettent ses réactions émotives.
Les scènes de confusions des voix sont fréquentes «Pourquoi tu as tué Madame Marchall?» précède «Omar est mon premier innocent je
le ménage» et s'ajoute aux cris de la famille lors de l'arrestation et de la condamnation.
Le très gros plan sur le regard d'Omar découragé contraste avec la contre-plongée des voisins sur leur balcon. La 1e nuit d'incarcération
est reconstituée par un plan d'Omar déconcerté et les sons de la prison. Encore, le très gros plan de l'œil d'Omar contraste avec le
métaphorique plan d'ensemble du désert de sable où Omar marche seul.
La réplique «Pourquoi ils me font ça?» résume le dénuement d'Omar qui devient la deuxième victime dans cette affaire, celui dont la vie
cesse telle qu'il l'a connue pour devenir un cauchemar quotidien. Par ailleurs, toujours dans le film, la phrase : «La France est une terre
d'accueil très exigeante» résonne comme un reproche, peut placer sur la défensive, sans oublier que c'est la France qui a contribué au
financement du film. Les versions manichéennes, telle que celle d'Abdellatif Kechiche qui, dans son film La graine et le mulet (2007),
attribue tous les torts et défauts aux femmes et aux Français de souche, attisent les affrontements au lieu de favoriser les ententes.
Ce syntagme Omar m'a tuer frappe l'imaginaire. D'abord, il étonne de la part d'une femme instruite qui devait connaître l'accord du participe
passé avec l'auxiliaire avoir qui se fait avec le complément d'objet direct lorsqu'il est placé avant le verbe; donc, la phrase aurait été écrite
Omar m'a tuée selon la règle grammaticale. L'agonie de la victime peut avoir perturbé son orthographe, ont objecté certains. La déclaration,
par sa concision et son accusation, est restée symbolique de l'affaire; elle est devenue titres de livres, de film et, transformée, entête dans
Libération «Chirac m'a gracier».
Avec son film Omar m'a tuer, Roschdy Zem s'est inscrit dans une lignée d'interventions. Il a su miser sur des différences de rythmes
cinématographiques pour relater des faits et pour communiquer des émotions. Il a mis en relation l'événement et sa conséquence
psychologique. Il a fait d'un thriller judiciaire, un pamphlet humain.
Les possibilités d'erreurs judiciaires ont été évoquées dans plusieurs films sur lesquels, d'ailleurs, des démarches de réouverture d'affaires
ont misés. Aux États-Unis, le meurtre de Marilyn Reese Sheppard, attribué à son mari le Dr Sam Sheppard, a été la base de plusieurs
films dont The fugitive (Andrew Davis, 1993), de nombreux épisodes de téléséries et du téléfilm My father's Shadow (Peter Levin, 1998)
relatant la peine du fils et le combat pour que son père soit réhabilité. Au Québec, les films : Cordélia (Jean Beaudin, 1979) et L'affaire
Coffin (Jean-Claude Labrecque, 1979) ont été consacrés à des faits qui restent énigmatiques; le meurtre irrésolu de Blanche Garneau
pourrait lui aussi inspirer un cinéaste. La France s'est depuis longtemps intéressée aux grandes affaires judiciaires entachées d'erreurs :
L'affaire Marie Besnard (Yves-André Hubert, 1986) et Marie Besnard, l'empoisonneuse (Christian Fauré, 2006), L'affaire Dominici (Claude
Bernard-Aubert, 1973) et (Pierre Boutron, 2003) et L'affaire Dominici par Orson Welles (Christophe Cognet, 2000), Le Pull-over rouge
(Michel Drach, 19) et L'affaire Christian Ranucci : le combat d'une mère (Denys Granier-Deferre, 2007) Y aura-t-il un film sur le meurtre du
petit Grégory Villemin? Et après le film L'affaire Lafarge (Pierre Chenal, 1938) verrons-vous une nouvelle version tributaire des récentes
découvertes de Chantal Sobieniak?
En réalisant Le juge et l'assassin (1976), Bertrand Tavernier rappelait les crimes horribles de Joseph Vacher qui tuait et mutilait des
enfants et des femmes avant son internement et après sa sortie de l'asile. Dans le film, Tavernier montre le personnage du juge Rousseau
qui viole la petite Rose; il ajoute que, pendant qu'était exécuté le criminel en état de démence, en France, des centaines d'enfants ouvriers
mouraient sur leurs lieux de travail sans que qui que ce soit ne légifère.
En 2007, je me suis entretenue longtemps avec Scott L. Flynn, réalisateur du film The Gray Man basé sur la vie d'Albert Fish. Scott
insistait sur la façon dont les enfants sont traités, pour ne pas dire maltraités, et sur le fait que trois fois Fish était ressorti des hôpitaux
psychiatriques.
Entre confiance et désabusement, aucun système policier et aucune institution judiciaire n'est sans erreur, la cinématographie n'hésite
pas à en témoigner de The Devils (Ken Russel, 1971) à The Hurricane (Norman Jewison, 1999). Quand apprendrons-nous de nos erreurs?
Sortir indemne d'un procès peut signifier avoir gagné un concours de popularité, avoir disposé de gros moyens financiers, avoir été
conforme à des stéréotypes, avoir bénéficié d'une médiatisation, quand les mœurs, les préjugés, les calomnies, les idéologies ont une telle
influence que la justice est relative tout en se prétendant absolue; même si les réalisations sont des chefs d'œuvres, il est questionnable et
inquiétant que cet appel à la conscience collective, qui passe par l'intermédiaire d'un film, devienne une incontournable démarche pour obtenir justice.
J.B. Ces lettres ont été les initiales du moins secret des agents secrets, James Bond, qui s'est immiscé au cinéma en 1962 avec James
Bond 007 contre Dr.No (Terence Young). Depuis 2002, ces mêmes lettres désignent Jason Bourne connu par le film The Bourne Identity
(Doug Liman). Ce héros du 21e siècle, interprété par Matt Damon, ainsi que la signature stylistique et musicale du 1er film de la série
imprègnent désormais le cinéma d'action.
Nathan Harper (Taylor Lautner, dont l'impassibilité faciale est compensée par les prouesses musculaires) dans Enlèvement (John Singleton, 2011) se fait remarquer par ses cascades dès son
arrivée à une fête au bord d'une piscine où son ami vend de fausses cartes d'identités. Le lendemain, il
pratique des combats d'arts martiaux avec son père. Puis, il confie à sa psy, qu'il consulte pour
insomnies, rages incontrôlées et cauchemars, «je me sens en décalage, comme un étranger dans ma
propre vie». Avec Karen, sa jolie voisine, il fait un travail de socio qui l'amène à remarquer la photo d'un
enfant disparu. Karen lui dit alors qu'il ressemble à Matt Damon, cette réplique ne peut mieux faire le
lien avec le personnage et la musique qui inspirent de plus en plus la facture cinématographique de récentes productions.
Il est effectivement l'enfant disparu de la photo, ceux qui ont été ses parents pendant des années sont
tués et il part à la recherche de son identité véritable, ressemblance supplémentaire avec Jason
Bourne. Nathan multiplie les cascades, les combats, les échappées, les poursuites, les explosions,
ajoutez la CIA, des agents secrets, un traître, une fuite en moto, un vilain méchant à Londres, vous
obtenez l'ensemble de tout ce qui caractérise les films d'action. Le suspense culmine vers une scène dans le stade où jouent les Pirates.
La suite, qui devrait se concrétiser par un autre film avec Taylor Lautner interprétant le même
personnage, est annoncée par la scène où le géniteur de Nathan, Martin Price, lui dit «Je suis ton
père mais je ne serai jamais ton papa» avant que l'acteur, à la lèvre cicatrisée qui l'interprète, disparaisse. Le réalisateur a avoué son
intention de faire une trilogie. L'intérêt sera-t-il manifeste de la part du public?
Enlèvement (intitulé en France Identité Secrète) de John Singleton fournit ce qu'on peut en attendre : un film qui sans renouveler le genre
en rappelle les composantes, un film qui traîne dans le sillage de Bourne sans avoir ce qu'il faut pour le devancer.
Toujours dans la lignée des films d'action inspirés par la série Jason Bourne, Tueur d'élite de Gary McKendry nous amène au Salvador, en
Angola, à La Joyita, dans la Péninsule d'Arabie, en passant par l'Australie. Ce tour du monde est justifié parce que «Le sang des victimes
ne peut être nettoyé que par celui des assassins».
J'ai assisté à l'avant-première de ces péripéties qui se déroulent aussi en Angleterre et en France et qui sont basées sur des faits vécus
relatés par Sir Ranulph Fiennes dans son livre The Feather Men paru en 1991. Depuis la sortie du film, Fiennes a nuancé le caractère
authentique de certains faits. Là encore, cette chronique étant consacrée au cinéma, je ne tente pas de démêler le vrai de l'enjolivé, ou de
l'exagéré, ou du «c'est encore pire» mais je reconnais que le traitement de l'intrigue n'apporte rien de neuf au genre si bien renouvelé par la
série de Bourne qui elle-même était due au talent de l'écrivain d'espionnage Robert Ludlum. Comme on avait vu de pales copies de Bond,
on nous servira encore pendant des années des tentatives ratées de surpasser l'original du héros incarné par Matt Damon sur une musique
, inégalée mais imitée, de John Powell, dans une réalisation, unique mais copiée, de Doug Liman.
Robert de Niro incarne Hunter, un mercenaire kidnappé par un scheik. Il ne sera libéré que si un autre mercenaire, Dany (Jason Statham)
élimine les trois responsables de la mort des trois fils du scheik et ce, dans des circonstances qui donneront l'impression de trois accidents.
Beaucoup d'action avec de la musique qui ressemble à la trame sonore de Jason Bourne. Certes, des ennemis (ceux de Clive Owen)
finissent pas s'entraider contre un ennemi commun parce qu'«on n'échappe pas à ce que l'on est au fond de soi» et que «tuer c'est facile,
vivre avec les conséquences l'est moins».
Tueur d'élite ne manque pas d'ambition, de moyens de production, ni de bonnes
intentions. Le sujet a-t-il été bien servi? La preuve de manigances gouvernementales,
d'assassinats politiques, de traques d'espions, d'utilisations de mercenaires, est-elle
expliquée de façon évidente? L'histoire est si alambiquée et interrompue par les
diverses détonations que l'intérêt s'en trouve amoindri. Les $66 à 70 millions qu'a
coûtés le film n'ont pas été récupérés par les entrées en salle jusqu'à maintenant.
Tueur d'élite de Gary McKendry n'avait pas une mauvaise base mais un parcours douteux.
Rendez-vous le mois prochain pour le récit de ma rencontre avec Wim Wenders et
d'autres analyses de films projetés au cours de la succession des festivals de films qui caractérise l'automne.
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