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Je me suis aussi entretenue avec Mélissa Beaudet, réalisatrice et Alexander Bain,
producteur, responsables du court-métrage Les poings serrés. Ce film a été tourné avec
la caméra numérique RED One 4K. Ainsi que me l'expliquait Alexander : « elle a un coût
abordable et avec une lentille on obtient une texture comme le 35mm. Le HD fait 1,000
lignes de définition dans l'image et la RED avec ses 4K fait une qualité supérieure de 4
,000 lignes. Pour la post-production ça permet une latitude dans les contrastes, couleurs
et profondeurs de champs. Elle a une fragilité à la température. Il faut connaître ses
paramètres. » Et Mélissa d'ajouter : « Le documentaire Les poings serrés est mon
premier film réalisé dans un cadre professionnel. Tobie Marier Robitaille était un directeur
photo extraordinaire. Au début, cette nouvelle caméra effrayait bien du monde mais
aujourd'hui, à force de travailler avec, je crois qu'on la démystifie et qu'on l'apprécie de
plus en plus. Faut dire qu'elle a été améliorée aussi depuis son entrée sur le marché.»
Elle l'a donc utilisée pour filmer le Club de Boxe L'espoir dans le contexte d'un programme sportif gratuit pour les jeunes.
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FILMS TRAITÉS
en analyse :
- La
dernière fugue Léa Pool 2010
- Les
poings serrés Mélissa Beaudet 2009
- La
domination masculine Patric Jean 2009
- Das
Weisse Band Le ruban blanc Michael Haneke 2009
- The
Last Station Michael Hoffmann 2009
- Helen
Sandra Nettelbeck 2009
- L'enfer
d'Henri-Georges Clouzot Ruxandra Medrea et Serge Bromberg 2009
FILMS RÉFÉRÉS au cours de l'analyse :
- Lumières
silencieuses Carlos Reygadas 2007
- Caché
Michael Hanseke 2005
- Tom
and Viv Brian Gilbert 1994
- Les
enfants du siècle Diane Kurys 1999
- L'histoire
d'Adèle H François Truffaut 1975
- Camille
Claudel Bruno Nuytten 1988
- Séraphine
Martin Provost 2008
- Quai
des orfèvres Henri-Georges Clouzot 1947
- La
prisonnière Henri-Georges Clouzot 1968
- L'enfer
Claude Chabrol 1994
- Un
cœur en hiver Claude Sautet 1991
- Nelly
et Monsieur Arnaud Claude Sautet 1995
- La
mort en direct Bertrand Tavernier 1979
- Ludwig
LuchinoVisconti 1973
- Les
choses de la vie Claude Sautet 1970
- César
et Rosalie Claude Sautet, 1972
- Clair
de Femme Costa-Gavras 1979
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EN ANALYSE
Alors que des féministes sont accusées d'être castratrices, des hommes demandent la
coupure de la membrane fibreuse de leur pénis pour l'allonger. Une telle chirurgie ouvre le
documentaire La domination masculine du belge Patric Jean. Des menaces, qui auraient
émergé de groupes masculinistes québécois, avaient empêché le réalisateur d'être
présent lorsque son film fut programmé au RIDM. Le documentaire, maintenant projeté au
Québec, montre des participantes à un speed-dating qui se rallient aux stéréotypes
traditionnels de la femme ainsi que des gros plans particulièrement éloquents de talons
hauts déstabilisant les femmes et de bottes, chaussures, souliers de sports, permettant
une assise solide aux hommes. Patric Jean affirme que la révolution menée par les
féministes pour une justice sociale reste inachevée. Les femmes travaillent 2 heures de plus que les
hommes chaque jour et vivent plus de chômage malgré un niveau d'éducation plus élevé. On est loin des
buts. Après des combats gagnants concernant l'avortement, les congés parentaux, les garderies, un ressac
inflige des manifestations de misogynie profonde; ainsi qu'après la Révolution Française, la montée du
mouvement des Afro-américains, les revendications des Autochtones, les gains des syndicats, des
reproches fusent selon lesquels le féminisme serait allé trop loin et réclamant le retour au rapport politique inégalitaire.
Avec une caméra directe, lente et précise, Patric Jean cadre les traces de violence sur le corps des femmes
battues qui relatent leur endurance. L'une d'elles rappelle que son mari l'a attaquée à coups de hache et que
la police a laissé l'homme repartir avec les clés du foyer. Au Québec, l'école nationale de Police tente de
sensibiliser ses élèves au fait que 30% des crimes sont reliés à la violence conjugale. Le réalisateur évoque
la tuerie de la Polytechnique, 1er crime collectif nommé comme le prix à payer pour être féministes. Il a
aussi infiltré des groupes anti-féministes et filmé des membres avec leurs déclarations telles que : «Il faut
permettre à l'homme d'adapter l'environnement et dire aux femmes de s'adapter». (Depuis les débuts de la
Terre, l'homme est la seule espèce à détruire son environnement.) Patric Jean a réalisé une mosaïque
honnête dans laquelle féministes et masculinistes ont eu un droit de parole. Après 6 ans de documentation
sérieuse, il clame : «le changement doit venir des femmes». Dans une salle au silence absolu, après un
générique sans musique, personne ne ressort du film indemne ou disculpé(e).
Avec pertinence, l'australien Michael Haneke a choisi le noir et blanc pour son
film Das Weisse Band Le ruban blanc; au-delà du manichéisme, il décline des tons de gris dans une variété de personnages et de situations. Haneke
maintient une tension angoissante et refuse tout dénouement explicatif. Dans
l'Allemagne du Nord, avant la 2e guerre, une communauté rigoriste réunit la famille d'un baron, celle d'un pasteur et celles des paysans. Des crimes
violents et mystérieux sont perpétrés, ils ne seront jamais élucidés mais, le
cinéaste, à travers l'instituteur narrant un épisode de sa jeunesse, laisse
planer la possibilité que des enfants ont torturé d'autres enfants, allumé un
incendie, blessé le cruel docteur, après avoir été eux-mêmes maltraités par leur entourage. Haneke, entre sensibilité et méchanceté, module le spectre
humain. Deux cinéastes ont basé leur histoire sur un groupe de religion protestante. En effet, dans Lumière Silencieuse (2007), Carlos Reygadas a
mis en scène une famille mennonite au Mexique, descendant d'immigrants,
parlant Plautdietsch, un dialecte germanique, néerlandais et flamand et commençant sa journée par la prière
. Reygadas nous faisait ressentir la magnificence d'exister à travers la beauté des êtres et des choses alors
que Haneke nous fait craindre le déclenchement des dangers cachés, latents ou refoulés et suscite le
questionnement : le sadisme est-il un des corollaires d'une blessure? Car la particularité récurrente du
cinéaste (rappelons qu'avec Caché (2005) il ne résolvait pas l'énigme) est de maintenir le questionnement au
-delà de la finale du film. Entre Martin attaché la nuit pour qu'il ne se masturbe pas, Klara qui tue l'oiseau de
son père et Erna la fillette qui veut protéger le petit Karli, le fils qui donne son oiseau pour consoler son père,
avec la sage-femme qui entend son amant lui reprocher d'être encore vivante et la baronne fidèle à son mari
indifférent, Haneke dépeint la vaste pluralité du comportement humain; il manœuvre parmi l'inquiétude et la persécution et nous laisse sidérés.
Dans The Last Station, par une scène emblématique, Michael Hoffman établit le
paradoxe relationnel qui a caractérisé un couple réputé : Sofya (Helen Mirren) rejoint son
mari dans le lit en l'appelant «Darling» alors qu'il simule un ronflement de plus en plus
exagéré. Sofya, la femme sacrifiée de l'écrivain Leo Tolstoy (Christopher Plummer), a
recopié à la main 6 fois Guerre et Paix. Chaque jour l'écrivain discutait avec elle de la
suite du roman. Elle a eu 13 enfants de lui. Le scénariste et réalisateur a mis en
évidence qu'elle a été une des 1e victimes des paparazzi : des journalistes et des
cinéastes étaient en permanence devant le domicile de l'écrivain, même le médecin qui le soignait notait les conversations
de Sofya et Leo. En 1910, le grand homme, appelé un saint, choisit de déshériter son épouse et ses enfants au profit d'un
regroupement de fidèles à sa pensée. Hoffman a montré les tourments et les tentatives de cette femme sans cesse
humiliée; au contraire de sa fille Sasha, elle n'acquiesce pas à l'injustice et ses réactions colériques ont été davantage relatées que les causes
de sa frustration. Elle a été dépossédée de la sécurité financière qu'elle méritait pour son œuvre humaine (sa famille nombreuse) et son œuvre
littéraire (son assistanat à la création tolstoïenne). Une scène particulièrement éloquente représente son impuissance et son délaissement :
entendant que son mari se laisse convaincre de changer son testament pour la dépouiller, elle traverse par le balcon, surgit par la fenêtre,
trébuche, s'effondre, la scène garderait un caractère vaudevillesque si Sofya suppliante ne restait sans aide au sol devant tous les hommes qui
la jugent. Dévouée malgré tout, elle lui déclare : «Tu es l'œuvre de ma vie, je suis ton œuvre, c'est l'amour». La musique de Sergey
Yevtushenko d'abord légère devient grave pour accompagner le drame qui aboutit à Astapovo où, Tolstoy, malade, est alité dans une gare de
campagne pour rendre l'âme quand sa femme lui murmure : «Tu ne parles pas mais je t'entends».
Basé sur le roman de Jay Parini, The Last Station remet en mémoire Tom and Viv (Brian Gilbert, 1994) dans lequel Vivienne Haigh-Wood,
épouse du poète Thomas Eliot favorise la gloire de son mari. L'équivalent de la scène de la supplique de Sofia est celle de Vivienne interrogée
par un aliéniste; elle avait aidé Thomas dans une situation semblable et est abandonnée par lui. Elle finira ses jours dans un asile sans qu'il ne
se soucie d'elle. Vivienne utilisait sa fortune pour faire vivre Thomas et lui permettre de se vouer à son art. Elle l'a introduit auprès du
Bloomsbury Group. Aussi, elle s'occupait de sa poésie : de ces fastidieux entretiens avec les imprimeurs, de ces ingrates révisions du texte,
de tout ce qui élevait le grand homme car rien n'était publié sans qu'elle se soit astreinte à la parution. Hélène Cixous a appelé une telle
personne «la bonne de l'écrivain», celle qui assume l'aspect pragmatique et participe dans l'ombre à l'écriture et à sa transmission.
Il est dommage que The Last Station s'empêtre dans un louvoiement tragi-comique; la direction de ton aurait gagné à être plus exacte pour
parvenir à un drame poignant, pour tracer un portrait digne de celui de George Sand dans Les enfants du siècle (Diane Kurys, 1999). Le
réalisateur a-t-il cédé aux impératifs des producteurs? De nombreuses influences traversent un film; d'ailleurs, Meryl Streep et Anthony
Hopkins avaient été pressentis pour les rôles principaux. Malgré un résultat divergeant, Hoffman a su recréer plus qu'une époque, a su relater
plus que des faits, il a démontré le dérapage d'une idéologie, dénoncé les tractations liés à une vindicte, réhabilité une femme que la postérité
a injustement dénigrée et tracé le portrait d'une créatrice (elle a tenu un imposant journal) privée de reconnaissance.
D'autres films ont été dédiés à de grandes créatrices méconnues : L'histoire d'Adèle H (François Truffaut, 1975) compositrice et diariste dont le
père Victor Hugo ne voulait pas que l'attention soit attirée sur elle, Camille Claudel (Bruno Nuytten, 1988) sculpteure qui a collaboré à des
œuvres de Rodin, Séraphine (Martin Provost, 2008) peintre qui travaillait le jour comme servante et peignait la nuit avec des mixtures de son
invention. Elles ont toutes fini leur vie dans un asile. Cette triste réalité a été résumée par Louky Bersianik «Si une femme a du génie, on dit
qu'elle est folle. Si un homme est fou, on dit qu'il a du génie.»
C'est aussi de folie dont on parle, à tort, lorsqu'il s'agit de dépression. Deux fois plus de femmes que d'hommes souffrent de
dépressions et la cause de cet écart est inconnue. Helen , scénarisé et réalisé par Sandra Nettelbeck, est aussi didactique
qu'artistique. Il montre la descente aux enfers qu'infligent les affres de la dépression à Helen (Ashley Judd), une professeure
de musique, et à Mathilda (Lauren Lee Smith), une violoncelliste. La santé mentale peut être favorisée mais elle n'est pas
décidée. La dépression a un facteur biologique, on ne choisit pas d'en être affecté. Elle correspond de plus en plus à une
épidémie. La cinéaste a consacré 10 ans à ce film « by the year 2020 depression will cost more years of healthy lives than
war, AIDS and cancer put together ».
Cet ennemi intérieur qui amène une douleur d'être est décrit par Nettelbeck avec exactitude et délicatesse. Helen n'est pas
malheureuse, elle est malade. Comme il y a le silence entre les notes, « it is the distance between things ». La scénariste-réalisatrice sait
provoquer une identification du public avec David, le mari d'Helen, qui redoute l'imprévisibilité de sa femme et qui admet la difficulté « to live with
the shadow of the woman you love ». Mathilda se suicide et Helen survit à sa propre tentative. Quand elle dit à David : « I'll never be the same »
, il lui répond : « Maybe but you'll always be the one ».
Une situation infernale a aussi caractérisé le tournage d'un film qualifié de maudit et intitulé justement L'enfer. En
1964, le projet d'Henri-Georges Clouzot est devenu une suite d'expérimentations et d'exagérations interrompues par
la maladie et la défection de membres des équipes artistique et technique. Clouzot voulait filmer Marcel, un mari de
42 ans incarné par Serge Reggiani, qui, avec imagination, se convainc qu'Odette, sa femme de 26 ans, interprétée
par Romy Schneider, lui est infidèle. À nouveau, Clouzot transposait sa peur du lesbianisme de sa femme; il avait
déjà exprimée cette possibilité dans Quai des orfèvres (1947) à travers les personnages de Maurice et son épouse
Jenny interprétée par Suzy Delair qui était alors la compagne du réalisateur. Clouzot filmait ses essais de lumière
issue des déplacements de projecteurs, des reflets de paillettes, des chatoiements d'huile d'olive sur la peau. Il
utilisait la couleur pour le fantasme, le rouge à lèvres devenait bleu, la lumière était colorée et dessinait des formes
semblables aux tableaux de Vasarely. Clouzot contrôle compulsivement et excessivement, s'absorbe et est
absorbé par l'objet de son contrôle, à la fois la femme et le film; à la relation supplée la sujétion suivie de l'a-relation
(du préfixe «a» un privatif qui signifie sans, absence) il n'y a plus de développement dans l'altérité. Romy avait eu
le courage de participer aux essais de représentations de fantasmes violents jusqu'à 70 prises, Reggiani part pour
l'hôpital et Clouzot fait un infarctus. Après 3 semaines, impasse, le tournage est arrêté.
Il reste à l'institut Jean-Vigo, un dépôt de scénario de 173 pages annoté par l'assistant-décorateur, les
dessins préparatoires de la Bibliothèque du Film et, surtout, 185 bobines, 16 heures sans aucun son et 1
bobine d'essais sonores, des scènes de Romy sensuellement imaginative avec un jouet Slinky, des plans
rapprochés de son visage de face et de profil. Ces images sont particulièrement datées par l'influence de la
mode psychédélique. De ce délire devenu dérive, Ruxandra Medrea et Serge Bromberg ont fait un
documentaire de 1h34m. intitulé L'enfer d'Henri-Georges Clouzot Ils ont invité Jacques Gamblin et
Bérénice Béjo à lire des scènes, des fragments de dialogues originaux.
Élisabeth Wienner sera Josée en 1968 dans La prisonnière et deviendra à son tour la victime des
fantasmes cruels de Clouzot qui choisit Stanislas, le pervers impuissant, pour alter-ego, et qui s'intéresse aux lignes parallèles des dessins de
Gilbert fasciné par les fils électriques et des bandages qui recouvrent l'héroïne à la fin d'un film où se succèdent encore les essais formels de
couleurs, de formes et de lumière pour représenter une époque de recherches à la fois sexuelles et artistiques. Pour sa part, Emmanuelle
Béart a succédé à Romy Schneider, qu'elle admirait, auprès de 2 réalisateurs : avec elle Claude Chabrol a repris le sujet de L'enfer (1994) et
Claude Sautet l'a fait jouer dans Un cœur en hiver (1991) ainsi que dans Nelly et Monsieur Arnaud (1995).
EN SOUVENIR
Romy Schneider avait aussi fait preuve d'endurance lorsqu'elle tourna La mort en direct (Tavernier, 1979) et qu'elle
plongea dans l'eau glacée pendant un tournage de nuit. Fille de comédiens, elle devient vite célèbre en jouant une
version édulcorée et trompeuse de l'amère et malheureuse vie de l'Impératrice Élisabeth d'Autriche, dite Sisi; pour
en finir avec ce personnage, elle l'incarna pour une ultime fois dans Ludwig (Visconti, 1973). Avec l'acteur Alain
Delon, elle vécut une histoire d'amour qui se résumerait par le syntagme «Ni avec toi ni sans toi». Des années
après son tragique décès, lors d'un sondage pour désigner le couple mythique des Français, leur couple était
encore nommé. Elle était extraordinaire de talent et de beauté. Elle avait tourné 5 films avec Claude Sautet en
commençant avec le magnifique Les choses de la vie (1970) dans lequel elle chante merveilleusement La chanson
d'Hélène. Elle considérait le réalisateur comme le meilleur ami d'une femme. Yves Montand fut son partenaire dans
César et Rosalie (Sautet, 1972) et dans Clair de Femme (Costa-Gavras, 1979). Dans ce film, basé sur un roman
homonyme de Romain Gary, Michel rencontre Lydia à qui il déclare : «Un mouvement de hanches, un vol de
chevelure, quelques rides que nous aurons écrites ensemble, et je saurai d'où je suis. J'aurai toujours patrie
féminine. Vous êtes là, il y a clair de femme. D'autres hommes sont peut-être capables de vivre ailleurs, mais pas moi.»
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