|
En analyse
Après les projections estivales dont celles d' Everlasting moments de Jan Troell, captation grandiose de
l'infime chargé d'humanité aussi fugace que pérenne rappelant l'existence d'une mère battue qui, sans
changer son destin, embellit la vie grâce à ses photos affirmant la valeur d'un instant, cet automne, deux
cinéastes québécoises, avec leur premier long-métrage respectif, prouvent leur envergure lors de tournages et leur audace dans la charge thématique.
Pour les panoramiques des séquences aériennes de Les pieds dans le vide, Mariloup Wolfe manifeste une
grande maîtrise de la caméra avec des angles de prises de vue variés et originaux rappelant les innovations
de cadrage et de montage de Leni Riefenstahl (Les dieux du stade, 1936); ses parachutistes romantiques
s'envolent vers le ciel (et non du ciel) et vivent une alternance de sensations fortes et de sentiments complexes à travers les coups bas de
ces adeptes des hauteurs. Guillaume Lemay-Thivierge, intense dans ses regards et ses silences, relaie le scénario de Vincent Bolduc. La
solidarité et le partage dans la scène du «base-jump» nous fait retrouver la planification et l'enthousiasme de Man on a wire (James Marsh,
2008). Wolfe exprime la profondeur de la tragédie dans l'instant ténu des regards échangés par les deux conducteurs, Raf en moto et Charles
en auto, quand s'imbriquent la mort de la mère et la grossesse de la fille. En définitive, dans son rythme basé sur des plans brefs et avec ses
personnages tiraillés par des enjeux relationnels, le film demande : qu'est-ce qui est le plus dangereux : la circonstance ou la façon de la vivre
?
En s'attaquant à un des derniers tabous sociaux (une femme plus âgée que son amoureux) et cinématographiques (50% des acteurs ont plus
de 35 ans pour seulement 8% des actrices), Sophie Lorain dans Les grandes chaleurs présente Gisèle, une travailleuse sociale de 52 ans,
que ne cesse de relancer Yannick, un jeune délinquant de 19 ans. La réalisatrice réunit la métaphore visuelle dans la récurrence de la scène
du baiser en auto et le choc ponctuel de révélations telles que l'identité de la maîtresse du défunt mari de Gisèle. Son rythme anecdotique
s'appuie sur le symbolisme (le jonc dans le caniveau) et la minutie (la rouille de l'auto). Le travelling saccadé du trajet en vélo quand Yannick,
en habit, transporte une abondance de fleurs dans son sac à dos, confère à cette scène le pouvoir de l'image poétique. Dans son scénario,
Michel Marc Bouchard démontre que la légèreté et la cocasserie peuvent côtoyer la méchanceté et la cruauté davantage exprimées envers
les femmes (la scène du party). Le film Les grandes chaleurs souffle un vent de fraîcheur quand le beau kleptomane déclare à sa belle
quinquagénaire (sans lifting) : «Je voulais juste te voler à ta petite vie plate».
Fidèle à sa thématique écologique à travers des personnages féminins dont la force est déterminante, Hayao Miyazaki a créé le film
d'animation Ponyo sur la falaise en montrant la gravité de la pollution. «Le cycle de l'humanité destructrice prendra fin» grâce à Ponyo,
poisson devenue fillette courant sur les vagues, et à Sôsuke, gamin de 5 ans, qui seul peut sauver le monde par son amour inconditionnel
pour Ponyo symbolisant la sauvegarde de la nature. Puisque «le malheur plane sur nos têtes», le message de Miyazaki s'adresse à tous,
individus et industries, adultes et enfants, dans l'espoir d'une réconciliation nécessaire avec l'environnement menacé.
En souvenir
Marcel Carné a été pour Arletty ce que John Cassavetes a été pour Gena Rowlands et Claude Sautet pour Romy Schneider : le réalisateur
qui donne à une actrice l'occasion d'exceller. En l'amenant à interpréter des personnages totalement différents, de la prolixe prostituée à
l'épouse laconique, en passant par l'androgyne fille du diable et l'amoureuse qui se sacrifie, Carné a favorisé l'actualisation du talent de
l'interprète qui a le plus contribué à sa renommée de cinéaste. Dans Les enfants du paradis (1945), désigné meilleur film de tous les temps
par un ensemble de critiques en 1995, Arletty, jouant Garance, apporte au texte de Jacques Prévert un charme intemporel lorsque, sublime
d'éloquence et de dignité, elle déclare : «Je suis comme je suis. J'aime à plaire à qui me plaît. C'est tout. Et quand j'ai envie de dire oui, je ne
sais pas dire non.»
|