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Léa Pool rappelle que l'ancien président américain Ronald Reagan, en matière de santé, a transféré
la responsabilité du gouvernement à l'industrie. Le marketing social est particulier au capitalisme. 80% des achats courants sont faits par les femmes,
il faut les influencer.
Or, elles sont aussi utilisées. Pour restaurer l'image d'une équipe de footballeurs, une campagne rose a été organisée.
Au nom de la solidarité, des marches, des levées de fond, des sauts en parachute, des ventes se multiplient. Des femmes marchent, suent, grelottent,
érigent des tentes, y passent des week end, s'épuisent, pleurent, se blessent, aux pieds, aux jambes, boitent. Pour les yogourts, breuvages, sacs et
autres produits qui leur sont alors distribués, il s'agit d'une visibilité payante; plusieurs nouveaux produits sont d'ailleurs testés lors de ces
événements.
où va tout cet argent?
En 1940 1 femme sur 22 mourait du cancer; aujourd'hui 1 femme sur 8 en meurt. Toutes les 23
secondes, 1 femme est diagnostiquée cancéreuse, toutes les 69 secondes, 1 femme en meurt.
L'évocation du cancer génère des millions de dollars.
Samantha King déplore : «Le public ne se montre pas critique». Les compagnies utilisent des composants cancérigènes dont des formaldéhydes, du
plomb, du pétrole. Les utilisatrices de rouge à lèvres appliquent du plomb sur leur bouche, les employées d'usine respirent des formaldéhydes; aucune
loi ne protège les clientes, ni les travailleuses.
Les compagnies qui réclament que l'on consomme leurs produits, en prétendant verser une
partie de l'argent récolté, utilisent des composants cancérigènes et augmentent leurs profits.
En 2002, American Express incitait à la
consommation en déclarant verser un montant pour chaque achat fait avec la carte; des femmes ont dénoncé cette campagne après que fut découvert le fait
que la compagnie versait 1 sous par achat.
L'argent versé pour la recherche sur le sida a été plus profitable parce que la maladie avait d'abord
touché une majorité d'hommes. Malgré un plus grand nombre d'années de recherches, la cause du cancer reste inconnue. Le cancer est complexe et nous ne
savons pas pourquoi nous développons des cancers.
Des femmes malades témoignent. Dao Tran mentionne qu'elle soignait sa santé, tel que prescrit,
elle a développé un cancer. De plus, elle a subi tous les traitements et le cancer est revenu, elle fait partie de celles qui souffrent du cancer au
stade 4, le stade final.
Toutes ces femmes du groupe IV league l'admettent, le cancer est la chose la plus terrible qui leur soit arrivée. Mais
ce discours est éradiqué des campagnes. Lorsque Léa Pool est revenue de filmer la marche Revlon présidée par Halle Berry à New York, elle avait
remarqué : «je n'ai jamais vu le mot cancer. Ils ne veulent même pas montrer que c'est du cancer dont il s'agit. Tout est effacé pour contribuer à
donner un sentiment d'espoir. C'est une image falsifiée.»
Les principaux pollueurs améliorent leur image et leurs profits en participant aux
campagnes roses. La nocivité des procédés de fabrication, de transformation, propage le cancer. Des plastiques oestrogéniques imitent l'hormone,
jusqu'à récemment le RbGH, l'hormone bovine était autorisée, plusieurs produits contiennent des perturbateurs endocriniens. Eli Lilly vend des produits
cancérigènes et des médicaments contre le cancer. Pour Léa Pool, «cela représente la quintessence du cynisme : que vous profitiez de quelque chose
qui rend les gens malades, pour ensuite profiter de quelque chose qui traite la maladie. Je n'avais pas réalisé à quel point on profitait des femmes».
Un chercheur de Windsor, le Docteur James Brophy a prouvé le lien entre le développement du cancer du sein et le travail en agriculture, dans
les soins de santé et dans la fabrication des automobiles. Janet Collins, qui a contribué à organiser la 1e
Conférence mondiale sur le cancer du sein tenue en juillet 1997, s'insurge contre le fait que les femmes pauvres ne peuvent manger bio ni acheter de la viande rouge maigre, elle réclame que les composants cancérigènes soient retirer des produits de consommation.
La solution de l'argent n'est pas la véritable réponse puisqu'il n'y a pas d'amélioration certes et il n'y a pas de concertation,
d'infrastructure. La Docteure Olufunmilayo I. Olopade, qui fait des recherches sur les interactions complexes entre les gènes, le mode vie et
l'environnement liés au cancer du sein, s'insurge : «il n'y a pas de recherche fondamentale donc on ne peut légiférer».
Où va tout cet argent?
15% va à la recherche et 5% à la recherche sur les causes environnementales.
Une des
participantes du groupe IV league considère : «Pour moi voir un ruban rose c'est comme lire Made in China». Les membres du groupe sont excédés par
le manque d'intégrité des compagnies.
Mais d'où vient ce ruban?
Dans les années 1990, Charlotte Haley, suite aux cancers du sein ayant affecté sa fille, sa soeur,
sa grand-mère, commence à distribuer des rubans de couleur saumon avec l'inscription : «Le budget annuel du National Cancer Institute est de 1,8
milliards de dollars; seulement 5% de cet argent va à la prévention du cancer. Aidez-nous à réveiller nos législateurs et la population américaine en
portant ce ruban.» Son
but était donc clairement politique et social. Elle a toujours refusé d'être que son ruban soit utilisé dans des entreprises commerciales. Hélas, rapidement, il allait être récupéré. Le magazine Self et la compagnie de cosmétiques Estée Lauder ont engagé des avocats et il leur suffisait de changer la couleur du ruban pour pouvoir l'utiliser. Dans le documentaire, l'intervention de la mannequin et actrice Elisabeth Hurley lors d'un lancement d'accessoires de maquillage dans le cadre d'une campagne rose de la compagnie Estée Lauder consiste à énumérer les produits à vendre.
Maintenant, il existe un mouvement «Think before you pink. Réfléchissez avant d'acheter rose». Léa Pool reprend ce message du Breast Cancer
Action : «Je ne veux pas dire qu'il ne faut absolument pas recueillir de l'argent. Réfléchissons un peu plus aux actes que nous posons et sur le
fait qu'en agissant avec une conscience politique, nous réussirons davantage à faire changer les choses».
Fallait-il s'étonner que le corps des
femmes soit encore utilisé pour faire vendre, pour amasser de l'argent, pour faire vivre des personnes qui n'améliorent rien mais prétendre beaucoup en
ce qui concerne la santé, la sécurité, la qualité de vie des femmes? Or, le cancer du sein atteint les femmes dans leur identité sexuelle et
maternelle, dans leur féminité; l'utilisation de la couleur rose traditionnellement girlie, féminine, est un message contradictoire car, pour une
femme, le cancer est tout sauf doux, réconfortant, affectueux et féminin. Nous ne vivons pas sur une planète rose, nous vivons sur une planète polluée,
guerrière, capitaliste où la majorité des analphabètes, des victimes d'homicides contre la personne, des pauvres et des malades incurables sont des
femmes
Pour les femmes malades du cancer, et elles sont de plus en plus nombreuses, le parcours reste le même après toutes ces marches
auxquelles, en toute bonne volonté, des milliers de leurs consoeurs, et des hommes compatissants, participent; la Docteure Susan Love constate les
mêmes options en matière de traitements qu'il y a 40 ans : la chirurgie, la radiation et la chimiothérapie «cela équivaut pour les femmes à se
faire : charcuter, brûler et empoisonner». Pas de quoi voir la vie en rose.
EN EXPOSITION
À Montréal (Québec, Canada) à la Place Pasteur se tient jusqu'au 13 mars
l'exposition Plan Large 2. Six photographes exposent à l'extérieur les photos de 12
films représentants la production québécoise. Les Rendez-vous du cinéma québécois
ont organisés à nouveau cette vitrine qui s'ajoute à l'événement annuel se tenant du 15 au 26 février 2012.
Les photos sont extraites des films : Monsieur Lazhar (Philippe Falardeau), Une vie
qui commence (Michel Monty), Starbuck (Ken Scott), Pour l'amour de Dieu
(Micheline Lanctôt), Jo pour Jonathan (Maxime Giroux), Le vendeur (Sébastien Pilote)
, Marécages (Guy Édoin), Coteau Rouge (André Forcier), En terrains connus (Stéphane Lafleur), Gerry (Alain DesRochers) Nuit #1 (Anne Émond); quant aux
amants dénudés de Café de Flore (Jean-Marc Vallée), ils contrastent avec le froid hivernal dans lequel ils apparaissent.
Exposées l'an dernier, les photos de Plan Large 1 sont à nouveau accrochées, cette
fois, dans la salle d'exposition de la Place des Arts et ce, jusqu'à la mi-février.
EN SOUVENIR
La réplique du mois s'inscrit dans un hommage mérité par un cinéaste qui mêlait doucement les affres de l'amour à la quiétude de
l'admission exigeante. Les personnages de ses films ont toujours été transfigurés par leurs sentiments. Son œuvre fondamentalement
psychologique a le goût de l'eau, la force tranquille de la brise fraîche sur la peau brûlante, l'impact fracassant du reflet fugace qui révèle
l'immensité du bouleversement; l'effondrement de l'être qui se reconstruit en payant de sa vie.
Romy Schneider disait qu'il était le meilleur ami d'une femme. Pour des actrices telles que Romy, Léa Massari, Sandrine Bonnaire et
Emmanuelle Béart, pour des acteurs dont Yves Montant, Patrick Dewaere, Michel Picoli, Daniel Auteuil, et plusieurs autres, il a été le
réalisateur qui donne à l'interprète l'occasion d'exceller. La Cinémathèque Québécoise (située à Montréal) consacre à Claude Sautet une
rétrospective du 2 février au 15 avril 2012.
Claude Sautet (1924-2000) a d'abord su allier sentiments et suspens dans des films qui lui permettaient l'intrusion dans des milieux
louches avec Classe tous risques (1960) et L'arme à gauche (1965); il retrouvera le genre policier avec Max et les ferrailleurs (1971). Mais,
c'est avec Les choses de la vie (1969) qu'il se démarque et qu'il commence l'affirmation de choix qui le caractériseront : sa patiente
insistance dans ses plans sans dialogues, son élégance langagière dans ses répliques, ses rires sur fond de musique grave.
Bien que dévoué à l'évolution intérieure de ses personnages, il ne lésine pas sur la technique, la célèbre scène de l'accident d'auto dans
Les choses de la vie comporte 66 plans et reste exemplaire de lyrisme et de précision. (Deux réalisateurs avaient refusé d'entreprendre le
film à cause de la nécessité d'inclure cette scène; Sautet l'a traitée de façon symbolique, charnière dans le récit et dans l'histoire.)
Peintre des portraits intimistes, Sautet révèle des sentiments à la limite du supportable; César dans César et Rosalie (1972), incarne
premièrement l'amoureux malhabile avec l'expression de sa peur quand il craint de perdre Rosalie puis, dans la scène finale, David,
regarde en direction de César lorsque Rosalie revient, de l'un à l'autre la peur a transité autour de cette femme aimée qui n'a pas hésité à
les quitter pour mieux retourner vers eux.
Sautet a peint finement des portraits de groupes, familles, amis, tous mêlés autour des tables dont
celle de la maison estivale dans César et Rosalie mais celles aussi de Vincent, François, Paul… et
les autres (1974). Il a observé les trios amoureux dans Les choses de la vie, deux femmes pour un
homme, César et Rosalie, deux hommes pour une femme, Un cœur en hiver, deux hommes pour une
femme. Puis, il s'est concentré sur une dissection métaphorique des sentiments individuels, ressentis
par des hommes Un mauvais fils (1980) Garçon! (1983), éprouvés par des femmes Une histoire simple (1978) Un cœur en hiver (1991).
Dans l'ampleur de l'émotion ciselée, Sautet est le maître de la nuance et du ravage. La vie n'est
jamais plus massacrée que lorsqu'elle continue son cours impeccable alors qu'elle a pris un tournant
extraordinaire, irrémédiable. C'est la finale de Les choses de la vie, différente du roman de Paul
Grimard : un homme avait décidé une rupture mais aucune des deux femmes de sa vie n'en souffrira,
les deux garderont le souvenir intact de l'amour de cet homme, parce que Sautet a utilisé le texte et l'image dans leur éloquence.
Il a achevé sa filmographie avec Emmanuelle Béart dans Un cœur en hiver (1991) et Nelly et Monsieur
Arnaud (1995) réexprimant la difficulté masculine à accepter le déterminisme amoureux. Dans Un
cœur en hiver, Stéphane comprend le trouble qu'il cause à Camille quand il remarque que l'accord sur
lequel la jeune violoniste achoppait est exécuté après son départ. Dans Nelly et Monsieur Arnaud, film à la trame sonore très parisienne,
alors que Pierre Arnaud, incarné par Michel Serrault, dicte ses mémoires à la jeune Nelly, il découvre l'Amour. «On veut l'amour mais
quand il se montre, on freine, on a peur d'y aller». Le sentiment n'étant pas partagé, il choisit de tout quitter, sans amertume, avec
tristesse, après avoir changé sa vie, après avoir admis : « Il y a des débuts tardifs».
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