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Les dernières paroles de Sam sont des mots d'amour après avoir «regarder les gens pour les fixer
dans ma mémoire». Ses parents continuent son journal. Alors sont incorporés des flash-back du petit diariste espérant «Quelqu'un doit se souvenir de
moi de temps en temps» et les images de la cousine qui réalise la promesse qu'elle avait faite à Sam de planter un arbre du paradis au dernier endroit
où ils se sont embrassés.
Le film était projeté dans sa langue originale, l'anglais, et Martin Dion, assis au fond de la salle, en assurait la
narration simultanément. Les enfants ont écouté avec une remarquable attention dont les adultes parfois ne sont pas capables; il arrive que les grandes
personnes ne donnent pas le bon exemple en ne cessant pas de passer des commentaires ou en transformant les rangées en véritables autoroutes.
EN DÉFI
Puis, toujours au cinéma Beaubien, a eu lieu le spectaculaire «Défi têtes
rasées». Afin d'amasser des fonds pour Leucan, un organisme venant en aide aux enfants atteints du cancer et à leur famille; des employés ont
accepté de «mettre leur tête à prix». Les participants, se joignant à ceux de plus d'une trentaine de sites de rasage à travers le Québec, devaient
ramasser de l'argent en plus d'avoir le crâne tondu. La grande question restait : est-ce que Mario Fortin, directeur du cinéma Beaubien, allait
accepter de faire raser sa célèbre moustache en plus de ses cheveux? Les
employés remettaient plus de 4 000$ qui s'ajoutaient au 3 000$ donnés par
le Beaubien. Parmi les garçons s'est glissée, aussi émue qu'émouvante, Sabrina Moro, seule fille du groupe de ces gens appelés Héros. Sur la photo
avec moi, Mario exhibe le résultat de son implication.
EN ANALYSE
Ah! les gars de la construction! Au cinéma, ils incarnent parfois l'homme qui
révèle une femme à elle-même dans sa capacité d'aimer. Dans Mademoiselle Chambon (Stéphane Brizé, 2008 voir ma chronique de
décembre 2009), Jean, un maçon marié et père, développe une relation amoureuse avec Véronique, une institutrice célibataire. La scène de leur
premier baiser se déroule dans une pudeur flagrante, une douceur intense, une efficacité subtile. Jean renonce à rejoindre Véronique, le
couple ne continuera pas ensemble.
À cette relation impossible a succédé celle, plus actualisée, du couple Suzanne et Ivan dans Partir
(Catherine Corsini, 2009). Le film commence avec un flash forward : travelling vers la droite, allongée dans le
lit, Suzanne, les poings serrés, les yeux ouverts, entend les ronflements de son mari. Vue extérieure de
l'architecture cubique qui leur sert de domicile familiale luxueux. Rentissement d'un coup de feu.
Six mois plus tôt. Suzanne et son mari, Samuel, un médecin autoritaire, considèrent le chantier, à même la
maison, où Suzanne va installer sa clinique pour reprendre son travail de kinésithérapeute. Déjà, son mari
méprise tout le travail ménager qu'elle lui a consacré ainsi qu'à ses enfants et son talent professionnel en
disant : «T'as pas travaillé pendant 15 ans, tu peux attendre un mois de plus».
Le film commence donc symboliquement par un ménage, le débarras d'un atelier adjacent à la maison. Yvan,
l'ouvrier de chantier, et elle, entreprennent la tâche. Là encore, symboliquement, Yvan apporte de la lumière à
Suzanne en réparant une lampe. Tout de suite, il est fin psychologue car il comprend que Samuel a eu
besoin de le rabaisser aux yeux de Suzanne qui passe du temps avec lui.
Après une énervante et triste scène d'accident, Suzanne et Yvan se rapprochent. Il lui avoue avoir fait de la prison «pour des bricoles».
Rapidement, comme dans Une liaison pornographique (Frédéric Fonteyne, 1999), avec le même acteur, Sergi Lopez, la relation sexuelle
amène le développement de la relation amoureuse. Tout de suite, Suzanne parle à son mari. Samuel pleure, lui donne un cadeau, fait l'amour avec elle.
Suzanne défie tout, elle choisit de «partir». Samuel la harcèle, lui assène des paroles énormes : «Sans moi t'es rien», «la bourgeoise et le
prolo» et il use de son influence pour qu'à travers la ville, ni Yvan, ni Suzanne ne puissent travailler. Elle est prête à tous les boulots, y
compris le travail des journaliers qui ramassent des fruits dans les champs. Dans La chamade (Alain Cavalier, 1968) Lucille quittait un
amant fortuné pour un jeune homme pauvre et acceptait de travailler jusqu'à ce qu'elle se lasse de la misère certes mais aussi de son
jeunot qui voulait changer sa personnalité. Dans Partir, Yvan révèle Suzanne à elle-même dans une capacité d'aimer qui représente son
ultime chance de vivre un épanouissement physique et amoureux, il est sa dernière possibilité d'être heureuse avec un homme, elle préfère
le bonheur du corps et du cœur dans une précarité matérielle à une sécurité financière sans amour.
Elle tente de faire entendre raison à Samuel : «Je viens faire la paix avec toi. Tu nous empêches de travailler. Tu nous affames.» Il refuse
tout compromis. Suzanne cambriole sa maison, vend sa montre mais, Samuel fait accuser Yvan lorsqu'il porte plainte. Pour que les
charges soient retirées, Suzanne accepte de retourner avec lui. Une nuit, un coup de feu retentit. Suicide ou meurtre?
Pour la trame sonore, Catherine Corsini a sélectionné des extraits des musiques composées par George Delerue pour des films de
François Truffaut dont La sirène du Mississipi (1969) et La femme d'à coté (1981). «Les gens heureux n'ont pas d'histoire» déclare-t-on
souvent, Catherine Corsini a su montrer que l'amour de Suzanne dépassait toutes les contingentes matérielles, elle et Yvan étaient
heureux ensemble; elle a tout enduré pour être avec celui qu'elle aimait jusqu'à renoncer à lui pour le sauver. Un tel drame ne pouvait
aboutir que dans le sang.
EN CONSÉCRATION
Le Festival du Nouveau Cinéma de Montréal avait programmé en octobre 2010 le film Vous
n'aimez pas la vérité 4 jours à Guantanamo (2010) de Luc Côté et Patricio Henriquez (voir
mes chroniques de septembre 2010 et de janvier 2011). La projection montréalaise avait eu
lieu en présence d'un des avocats d'Omar Khadr. Ce garçon a été le plus jeune détenu de
Guantanamo. En 2002, une caméra de sécurité a capté l'interrogatoire illégal mené par des
agents du Service canadien du renseignement de sécurité. Les bandes vidéo ont été obtenues par les avocats d'Omar.
Depuis son passage au FNC, le documentaire, refusé par plusieurs festivals dans l'ouest du
Canada, a été sélectionné par une trentaine de festivals internationaux. À Amsterdam, il a eu
le Prix spécial du jury au Festival International du documentaire. À Genève, la projection du
film a été suivie d'un débat intitulé Les droits humains ne sont pas négociables. À Paris, il
vient de remporter le Grand Prix du jury étudiant du Festival international du film des droits de l'Homme.
Selon le jury, le documentaire «a su nous faire entrer dans l'univers d'un enfant, condamné au
mépris des Conventions internationales, et emprisonné à Guantanamo. Il nous plonge dans
une position inconfortable, mal à l'aise, où l'on ressent toute l'émotion qui s'en dégage sans pouvoir s'en détacher».
Dans ce film, réunissant des extraits de 7 heures d'enregistrement, les interrogateurs
canadiens tentent de sympathiser avec le jeune garçon en lui apportant de la malbouffe
(junkfood). Comprenant que, contrairement à ses attentes et aux prétentions des agents
canadiens, il ne sera pas aidé, Omar se met à pleurer en appelant sa mère; il s'agit bien là
d'une réaction d'enfant, d'être démuni, vulnérable, impuissant. La reconstitution des faits dans lesquels il a été impliqué, par sa précision,
rappelle celle du film Rachel (Simone Bitton, 2009 voir ma chronique de février 2010).
À la fin du documentaire, la juxtaposition de deux portraits d'Omar, au début de son incarcération et plus récemment, met en évidence le
passage du temps, le fait que cet enfant est devenu un homme alors qu'il était emprisonné.
EN RÉSULTATS DE RECHERCHE
Une attente à l'égard des femmes consiste en ce qu'elles s'appuient sur leur position de marginalité pour œuvrer de façon originale dans
les divers milieux où elles tentent de s'immiscer. Alice Guy a inventé le cinéma de fiction. Encore aujourd'hui son corpus est morcelé dans
les répertoires et certains de ses films sont attribués à d'autres; depuis des années, la réclamation que son nom soit donné à un prix, une
salle, un festival, un événement n'aboutit pas à un résultat. Comme Musidora, Germaine Dulac a été une pionnière de la réalisation; elle
s'intéressait aux techniques pour influer sur le langage même du cinéma. Elle a innové en utilisant le ralenti en tant que figure de style. Elle
a réalisé le premier film féministe La souriante Madame Beudet (1923). Pendant que les prostituées étaient représentées comme des
«filles de joie», Germaine Dulac, elle, exprimait leur désespoir dans Celles qui s'en font (1928). Avec ses gros plans sur les ombres dans
Arabesques (1928), elle a amené le cinéma à une forme d'art. Marguerite Duras a poussé cette esthétique de l'attention aux détails avec
India Song (1975) dans lequel tout le dialogue est en voix-off.
Alors que certaines contribuent aux renouvellements thématiques ou langagiers, des réalisatrices maintiennent et même renforcent le statu
quo dont Liliana Cavani avec sa violence sensationnaliste dans La Pelle (1981) et la 1e femme oscarisée Katryn Bigelow avec ses scènes
d'exhibitions féminines dans Point Break (1991) et Strange Days (1995).
Les résultats d'une recherche menée avec Réalisatrices Équitables ont été présentés
en conférence de presse et dans le document Encore Pionnières, parcours des réalisatrices québécoises en long métrage de fiction.
Nous finançons toutes et tous les programmes d'aide au tournage où les femmes sont
sous-représentées. Les dépôts de dépendent de l'assurance de la distribution.
Refusées avec des projets de films de fiction, les réalisatrices se maintiennent davantage dans le genre documentaire.
Or ce genre exige davantage la vérification des sources, l'obtention d'autorisations
alors que la fiction permet des affirmations recevables sous le prétexte d'être
imaginées. Après la censure d'On est au coton (1976) Denys Arcand s'est rabattu sur la fiction en considérant y trouver plus de liberté.
Le corpus du cinéma québécois regroupe davantage de films réalisés par des hommes
et dans lesquels 30% seulement des personnages sont féminins, réduits au rôle de
prétexte, d'alibis, ainsi que dans Détour (Sylvain Guy, 2009), ou de faire valoir, comme dans Le poil de la Bête (Philippe Gagnon, 2010).
Le monde gravite autour du travail rémunéré. La parentalité, principalement assumée
par les femmes, devient un obstacle et non une plus-value. Pour une base de
comparaison, l'étude s'est référée à un groupe-témoin de 5 réalisateurs. Ceux-ci sont
sollicités pour des projets de grande envergure et des publicités. Les réalisatrices
rencontrent encore du sexisme dans des trajectoires où les obstacles sont plus
insidieux donc plus difficiles à prouver. Puisque la condition des femmes est
infériorisée dans notre société, elle l'est aussi dans le milieu cinématographique
pendant que l'industrie et le gouvernement se déresponsabilisent d'une contribution aux changements.
Deux autres exemples de la discrimination qui accable les femmes, tant en amont qu'en aval : pour son 40e anniversaire, l'ACPAV n'a pas
mentionné que La vie rêvée (1972) de Mireille Dansereau fut le 1er film tourné en 16mm grâce à l'association coopérative et a prétendu que
c'était Bulldozer (1974) de Pierre Harel, Denis Desjardins, qui fait un film sur l'histoire du cinéma québécois, ne mentionne que 5
réalisatrices sur 80 cinéastes. Le réel est peu reflété dans de telles conditions.
La réalisatrice Leni Rifenstahl (qui avait innové par ses prises de vue et ses montages, dans Les dieux du stade (1938)(les plongeurs
olympiques semblent s'envoler vers le ciel) avait déjà cédé au documentariste Ray Müller qui, pour The Wonderful, Horrible Life of Leni
Riefenstahl (1993), exigeait qu'elle marche en parlant alors qu'elle lui disait que ce serait désastreux de tourner ainsi; le résultat prouvait
que le cinéaste aurait dû faire tel qu'elle lui suggérait. L'autorité, la vision et l'expérience des réalisatrices sont contestées aussi au
Québec. À la page 78 du document Encore Pionnières, on peut lire «certaines stratégies développées par les réalisatrices relèvent
davantage du contournement d'obstacles que de la transformation des manières de faire»; est ensuite citée une cinéaste qui a dû tourner
deux fois la même scène, une fois pour plaire au directeur photo et une fois de la façon dont elle voulait la faire originalement.
Une réalisatrice a réclamé une meilleure répartition des fonds publics par l'imposition d'une limite d'une subvention par année par cinéaste :
«Je trouve ça aberrant qu'on donne deux films la même année à une personne. Que ce soit une femme ou un homme. Je trouve que ça
devrait déjà, là, être plus réparti. Puis si Podz a un film, bien il en fait un, cette année là. Puis son autre projet, qu'il le présente l'année
d'après.».p.81
Les résultats de l'étude d'Anna Lupien et Francines Descarries sont disponibles sur le site des réalisatrices équitables. Puisque les
femmes constituent 52% de la population mondiale, si nous pouvions voir des films selon la version de la moitié du monde, l'imaginaire, la
vision, le talent, spécifiquement féminins, des réalisatrices, loin de les défavoriser, idéalement, représenteraient des avantages.
EN SOUVENIR
L'actrice française Nicole Calfan a accepté de témoigner pour une campagne d'Amnistie Internationale contre les femmes battues : «Il ne
faut pas se voiler la face. J'ai été maltraitée plusieurs fois par des hommes. Insultée verbalement avec une force monstrueuse. Oui, je fais
partie de celles qui ont été battues et je ne m'en remettrai jamais. J'aurais tendance à dire qu'avant nous connaissions le phénomène de
l'alcoolisme mondain et que maintenant nous découvrons celui des cogneurs mondains.» L'actrice Régine aimait un homme «charmant» et
alcoolique, «il me donnait des coups». Pour le tournage du film Dernier tango à Paris (Bernardo Bertolucci, 1972) l'actrice Maria Schneider
n'avait pas été prévenue des conditions de tournage d'une scène de sodomie qui l'a traumatisée devant toute l'équipe «Je me suis sentie
violentée. Oui, mes larmes étaient vraies». L'actrice Lio a constaté que son conjoint a redoublé de violence quand elle est devenue
enceinte. L'actrice Marie Trintignant a été battue à mort par celui qu'elle aimait; elle représentait la femme qui n'agit qu'en fonction de
l'amour, elle avait des enfants avec les hommes qu'elle aimait, elle a donné naissance à 4 fils de 3 pères différents avec lesquels elle
continuait d'entretenir des relations affectives et professionnelles.
La minimisation des faits, le déni de la réalité, la pression sociale, les complications juridiques et de nombreux autres facteurs contribuent
à taire la violence vécue de façon psychologique, économique, physique, sexuelle dans une relation à caractère conjugale. Cette violence
concerne aussi des couples de même sexe, des adolescentes de 12 ans avec leur copain, des aînées avec leur conjoint et des hommes
battus. Ainsi que des actrices qui pourraient sembler protégées par leur célébrité.
Basé sur des faits réels, le film américain The Donna Yaklich story (Armand Mastroianni, 1994) et le film canadien Life
with Billy (Paul Donovan, 1994) montrent des femmes battues et désespérées qui tuent leur mari. Le film québécois
Traverser la peur (2007) transmet qu'il y a une issue. À partir des paroles exactes de victimes et de leurs enfants, ce
docu-fiction a été scénarisé et réalisé par André Melançon (La guerre des Tuques, Bobine d'or 1985). Dans le film,
Sandrine relate que son conjoint incitait son fils à se suicider et il se disculpait en disant que c'était juste des mots.
Charlotte était nommée par son conjoint «ma pourriture». Marcelle rappelle une phrase dite par son fils : «Maman t'as
droit au bonheur toi aussi» et ajoute «J'ai accepté que ce soit difficile. Je suis retournée à l'école. Ça pas toujours été rose.».
Des femmes et des enfants se confient dans un décor blanc, le long de couloirs, près de fenêtres, contexte qui suggère la lumière, l'espoir,
la vie, la possibilité imminente, la chance saisissable, la tentative esquissée puis actualisée de s'en sortir pour soi, pour ses enfants et
même pour l'autre aussi. Pour que les mots et les maux de la violence soient des souvenirs et non des appréhensions, Sophie, déclare :
«J'ai appris à me donner du pouvoir. Je rêve d'être respectée dans la façon dont je suis moi en tant que femme, qu'un homme soit fier
d'être en ma compagnie, qu'il se découvre, qu'il apprenne ce qu'il vaut».
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