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De la fenêtre arrière de ma
maison, le soleil déclinant m'inonde de ses rayons. Assis devant mon évier,
sur mon tapis et adossé à l'armoire de cuisine, je profite de ces moments
privilégiés.
Je contemple la neige tardive et exceptionnelle de fin avril qui, hier encore, écrasait de ton son poids mon lilas, aujourd'hui cassé. Il rapetisse à vue d'œil, comme peau de chagrin, ce manteau blanc; découvrant ainsi le vert gazon, contrastant avec lui.
Tout est si calme ici et si
silencieux, du moins, sauf pour le ronronnement régulier de mon frigo, devenu
pour moi inaudible. Je viens souvent profiter en fin d'après midi des derniers
rayons de la journée; d'autant que les arbres sont encore pour la plupart
défeuillés.
Oh le téléphone qui sonne et
que j'ai oublié sur mon bureau. C'est mon ami Michel qui me parle de son fils
qui lui a donné son emploi du temps pour la soirée. Il l'assure qu'il sera de retour avant 23h00 selon leur entente mutuelle; ce qu'en doute Michel. Bien sûr, il passera sa soirée avec sa toute nouvelle amie : tennis, devoirs et travaux lui dit-il, omettant sans doute l'essentiel de leurs retrouvailles désormais régulières. Ils vont finalement l'annoncer sur Face book, lui confirme-t-il; un grand passage pour lui. Une histoire à suivre semble-t-il.
Oui ce soleil et ses
rayons font grand bien à mon corps, mon cœur et à mon âme; un bain
naturel vivifiant. Certes, je communie avec la nature de ma fenêtre, un pis
aller, pour une vraie immersion que je pratique souvent en été dans les sentiers
pédestres de la montagne; mais aussi en hiver alors que je pars de la maison
sur mes skis de fond.
Mais, tout de même, ce soir je
regarde la nature et je
la goûte par cette chaleur solaire sur ma peau. Mais où en sommes-nous désormais, nous humains, dans notre rapport avec la nature? Il semble bien que nous l'apprécions davantage à travers nos fenêtres de maison et d'auto et même en moto; ces motocyclistes nous disent communier, eux aussi, avec elle sur leur bolide; le vent, les odeurs…
A tout considérer, notre
rapport à bien changé avec le temps. Déjà nos aïeux, encore davantage nos ancêtres
de la campagne, y vivaient plus proches sans doute mais ce n'est rien à coté des premiers habitants de ce continent. Ils étaient, eux, toujours avec et dans cette nature, et, ce sans fenêtres aucunes. Et les premiers hommes alors… Somme toute, que de chemin parcouru et d'éloignement en si peu de temps. En effet, il est tout de même intéressant de constater que l'humanité a vécu, depuis ses débuts, 99.9% de son temps en nature. Mince consolation certes car selon l'horloge du temps humain, notre régime de vie actuelle date de très peu de lunes.
J'entends au loin un bruit
d'avion, sans doute commercial. Les passagers s'y trouvent, eux aussi,
en rapport avec la nature mais à travers leurs hublots, au-dessus des nuages, isolés tout de même dans leur carlingue et ce, grâce à ces fantastiques développements technologiques. Et oui ces avancées techniques nous sont fort utiles, ici rapprochant les continents, là, sauvant des vies. Mais que devient la nature dans tout cela, pour ne pas dire la nature humaine.
Tout va de plus en plus vite;
vite au travail, vite à l'épicerie et oui vite en fin de journée pour ne pas rater
le début dernier film « Les Avatars ». Il paraît que les paysages sont si
magnifiques, les iles flottantes,
si superbes, tout un exploit cinématographique! C'est, dit-on, plus beau que nature. Mais quoi, c'est un peu le monde à l'envers. Nos écrans nous projettent désormais ces images d'une nature fabriquée de toute pièce, en trois dimensions s'il vous plaît, plus magnifique que la vraie, comme la chirurgie plastique fait mieux que l'original. Reste à voir si les effets seront bénéfiques à long terme; en attendant je préfère encore les rayons traversant ma fenêtre et mieux encore sans cette dernière. Oui j'aime ce soleil, mais d'autres parfois moins.
A ce fichu soleil, il
m'aveugle et m'empêche de bien travailler, rage ce chauffeur de taxi. Et le
fils qui chicane d'être assis en arrière et du mauvais côté de l'auto, aveuglé par
ce maudit soleil. Voilà parfois le traitement cavalier qui lui est réservé.
Il dérange souvent, sauf notamment les adonis qui s'y dorent jusqu'a s'en
rôtir la couenne, la semaine durant, dans les pays chauds. Sinon,
les salons de bronzage font bien l'affaire. Mais les études récentes
condamnent cette pratique, jugée trop dangereuse pour la santé. Et qui d'autres
encore en veulent à ce soleil ?
Il y a sans doute certains
agriculteurs qui certes le réclament à cor et à s cris, le printemps venu, mais le
maudissent en juillet, devenu trop insistant et brûlant : « Tu me
gâches toute ma récolte, sacripant », ronchonnent-ils! Comme quoi chacun et
chacune y trouvent une fois leur intérêt et une autre fois, leur inconfort.
Allez donc y comprendre quelque chose. Même le couple en voyage de noces dans
le sud, l'un voulant être au soleil, l'autre à l'ombre. Je n'ose même pas imaginer
l'aboutissement et les
disputes avec ses conséquences sociopolitiques graves des recherches en cours pour modifier le climat et provoquer la pluie. Imaginez, l'un heureux, l'autre frustré du résultat. Ce serait plus rassurant si, au moins, nous agissions comme les Amérindiens, qui eux, au besoin, tous ensemble, exécutaient la danse de la pluie.
Mais ce soir, le soleil,
poursuit sa randonnée, non pas sa course comme disent certains car, lui, n'est
guère moderne, ancien qu'il est, trop vieux aussi pour accélérer le pas d'autant
qu'aucun dernier film ne l'attend. Mais il est, lui, parfois sujet de cinéma;
il est d'autres fois objet de prose, de poésie et parfois même d'histoires
catastrophiques. Mais en fin de compte, il
est bien sage même s'il tempête parfois assez fort pour nous effrayer. Souvenez-vous de ces explosions solaires qui ont bousillé les circuits d'Hydro Québec il y a quelques années.
Et moi, je ne sens plus sa
chaleur sur mon corps, une différence nette pour mon plaisir et mon bien
être; les réactions biochimiques s'estompant avec
la disparition de ses radiations. Près de l'horizon, il projette encore sa lumière désormais affaiblie qui se faufile plus difficilement entre les quelques nouvelles feuilles printanières. Je peux maintenant le regarder en face, yeux dans les yeux. Il semble me dire au revoir, avant de passer de l'autre côté de la terre.
Ici, je comprends fort
bien pourquoi les anciens le faisaient, comme moi,
tourner autour de notre planète; et non l'inverse comme l'ont démontré, il y a quelques siècles et au péril de leurs vies, les Copernic, Galilée et Newton. Et notez qu'il est resté plutôt neutre et impassible, notre astre céleste, durant toute cette péripétie et ce débat à son sujet. Il a tout de même fallu du courage pour avancer cette nouvelle théorie héliocentrique devant l'hostilité des grands et l'incrédulité des petits de ce monde. Et, lui, il est resté muet comme une carpe, réchauffant par ailleurs tout aussi bien les protagonistes que les adversaires acharnés de cette avancée scientifique, tout de même grandiose, un pas de géant pour notre humanité. Certes, Galilée s'en est plutôt bien tiré avec une seule rétractation, résultat sans doute de ses relations privilégiées en haut lieu; son collègue italien, Bruno, lui, a dû compléter ses expériences scientifiques bien au chaud sur un bûcher, certes plus brulant que les rayons solaires qu'ils épiaient tous les jours. Rien à voir avec nos bien cuits de juste pour rire. Triste sort, tout de même, pour un scientifique compétent, honnête et déterminé mais pas assez convaincant pour les dirigeants de l'époque. Icare, ce personnage mythique grec, aurait peut-être pu témoigner en sa faveur devant le tribunal inquisitoire, s'il ne s'était pas, grisé par son vol céleste et par orgueil, tant approché du soleil; celui-ci faisant fondre la cire retenant ensemble ses ailes et provoquant ainsi sa chute fatale au sol.
Que d'histoires pour notre
unique soleil. Et il pourrait sans doute nous en conter encore de plus belles et
même de plus dramatiques, s'il osait ajouter un langage verbal à son langage
éclair. Car il existe depuis fort longtemps, selon notre temps terrestre, des
milliards d'années à fabriquer notre système. Mais à mémoire
et à hauteur d'homme, il va toujours bon train, avec le même trajet et ce, sans rechigner trop trop. Tout de même un modèle de discipline à faire envier les capitalistes grands et petits. Il est toujours à l'heure, même sans montre aucune ni horloge grand père dont il est pourtant l'illustre parton. Il ne parle ni ne rouspète et il est tout à fait équitable et non discriminant envers tout et tous peu importe la religion, le sexe, les convictions politiques et même les races. Non il n'est pas raciste du tout et certains disent même que c'est ainsi car il aurait lui-même contribué à les façonner.
Mais bon, trève de
commentaires, de palabres et de réflexions solaires plus ou moins éclairées. Je
doute fort qu'il nous écoute, déjà qu'il
illumine et réveille l'autre monde de la terre. J'imagine très bien ces gens bénéficier de ses premiers rayons encore timides pour se lever et eux aussi se précipiter au travail; mais je préfère de loin ma situation actuelle car ma journée s'achève et je peux dès lors commencer à rêvasser et ni lui ni personne ne peuvent m'empêcher de me réfugier désormais chez sa sœur, la lune. Car le soleil donne sans condition, d'une générosité sans pareil, inconditionnelle. Il ne fait jamais, ni le jaloux ni le difficile, un père, une mère, un ami et même un conjoint plus que parfait dans un monde pourtant bien imparfait. Serait-ce là un modèle éclairé de comportement pour nous? A chacun de nous d'y répondre!
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