|
Selon
les résultats d'une étude de Statistiques Canada, plus du quart des Québécois
avouaient avoir souffert d'un stress intense en 2005. Et voilà qu'en octobre 2008,
on confirme qu'un québécois sur 5 souffre de détresse psychologique. Quelle
révélation! Vraiment, cela méritait de faire la première page des journaux et de se
retrouver dans les bulletins de nouvelles!
Qui
aurait pu s'attendre à cela dans une société si évoluée, où tout le monde est au
dessus de ses affaires, où personne n'est à court ni de temps ni d'argent, où les
gens ne se sentent pas continuellement bousculés dans leurs valeurs. Bref dans un
monde où on vit à la mesure de l'humain?
Trêve de plaisanteries!
Il
faut se rendre à l'évidence que ces niveaux de tension accrue se transforment de
plus en plus fréquemment en burnout ou en désarroi personnel et professionnel, le
premier étant surtout tributaire de la définition de tâche alors que le second
résulte davantage de la nature de la fonction ou la culture du milieu dans lequel
on est appelé à évoluer, qu'il s'agisse de la vie professionnelle ou personnelle.
Ce
qui est tout particulièrement aberrant, c'est qu'on hésite encore, tant au niveau
corporatif que dans les médias, à amorcer le virage en faisant la promotion d'une
culture de prévention du burnout afin qu'il devienne socialement acceptable non
seulement d'en parler, mais aussi et surtout d'agir en amont de l'état
d'épuisement ; bref, avant que le congé de maladie devienne inévitable.
Évidemment,
cela impliquerait qu'on arrive à dépasser le syndrome « pas dans ma cour » qui fait
en sorte que personne n'ose s'avancer, pas plus les individus concernés que les
entreprises qui les emploient.
D'après
les statistiques, il y a présentement des milliers de gens au bord de l'épuisement
mais la majorité d'entre eux ne veulent pas prendre le risque de parler de leurs
inquiétudes. Premièrement parce qu'ils ne veulent pas se l'admettre à eux-mêmes et
surtout, de peur que cela soit interprété comme un signe de faiblesse, ce qui
pourrait se retourner contre eux et éventuellement nuire à leur chances
d'avancement.
Voilà
pourquoi les entreprises, qui ont de plus en plus à perdre à tous les niveaux avec
l'accroissement des cas de burnout (perte en productivité, coûts de remplacement,
coûts des soins, sans parler de la perte de dynamisme de l'individu qui vit cet
arrêt de travail obligatoire comme une douloureuse hypothèque à l'estime de soi),
auraient tout avantage à changer leur fusil d'épaule en cessant d'appliquer ici une
des stratégies de gestion très à la mode par les temps qui courent et qui veut
qu'on se limite à répondre aux besoins exprimés par la clientèle.
C'est
une erreur. Dans ce cas-ci, en matière de burnout, la clientèle qui aurait des
besoins à exprimer aux ressources humaines, c'est le personnel de l'entreprise. Or,
la majorité pense qu'il vaut mieux garder le secret. J'en parle par expérience pour
avoir moi-même reçu des gens en consultation qui préféraient défrayer entièrement
les honoraires professionnels plutôt de présenter la facture au bureau.
Alors,
puisque l'expérience démontre que les gens sur qui l'entreprise compte pour la
faire progresser hésiteront souvent trop longtemps avant de signifier leur besoin
d'aide, ne vaudrait-il pas mieux songer à devenir proactif en faisant de la
prévention au lieu de se limiter à leur offrir du support de manière réactive, une
fois que l'épuisement les aura atterrés ?
Évidemment,
cela nécessite que l'entreprise dépasse elle aussi son propre réflexe du syndrome «
pas dans ma cour » pour éviter de répéter les erreurs qu'on a vues au cours des 50
dernières années. Souvenons-nous qu'au milieu des années '60, aucun employeur
n'acceptait de s'impliquer dans un programme d'aide pour des problèmes d'alcoolisme
chez son personnel (pas même chez les cadres). Même si cela entrainait parfois de
sérieuses conséquences, on répondait qu'il s'agissait là de choses personnelles
dont le patron ne devait pas se mêler.
Or
voilà qu'aujourd'hui, non seulement tenons-nous un discours absolument contraire
mais on l'a même élargi à l'ensemble des problématiques de toxicomanie, y compris
le tabagisme. Et ce n'est pas tout, les entreprises ont tellement changé leurs
valeurs qu'elles agissent maintenant de manière proactive, allant même jusqu'à
faire de la prévention (en fournissant du support aux gens qui veulent arrêter de
fumer); c'est le monde à l'envers!
Il
est évident que rien de tout cela n'eut été possible sans un important changement
des mentalités au profit de valeurs telles que la santé et l'importance accrue
accordée à une certaine Qualité de Vie.
Or,
ces transformations ne nous sont pas tombées du ciel, pas plus qu'elles ont surgies
comme par magie de notre inconscient collectif ! Après de multiples débats sur la
place publique et nourris par les médias, nous avons collectivement fait certains
choix de société qui nous honorent.
Ensuite,
on a préparé le terrain à leur implantation en incitant tous les milieux à y
participer. Cela s'est traduit par la mise en place des campagnes de prévention
doublées de mesures législatives que l'on connaît maintenant. C'est donc en
valorisant socialement une culture de prévention et en l'appuyant d'incitatifs
clairs qu'on est parvenu à induire ce changement des mentalités, ce qui a incité
les entreprises à emboiter le pas. Alors, à quand la semaine anti-burnout ?
Car
le défi actuel est le même ! Il suffit de faire en sorte que dans l'esprit des
gens, il devienne «in » de se doter de moyens pour faire contrepoids au stress et
se prémunir du burn-out sans crainte d'être considéré comme un individu faiblard.
D'ailleurs,
au rythme où vont les choses, même les robots vont commencer à sentir le brûlé
bientôt et il nous faudra des organes en téflon pour éviter d'en faire autant!
On
mérite une plus belle qualité de vie que cela. Encore faudrait-il éviter de faire
comme l'autruche!
|