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Maintenant
qu'on connaît les effets du stress sur la sexualité, une question vient à l'esprit.
Y aurait-il un lien entre la dynamique des performants qui aiment fonctionner sous
pression et la présence chez eux de pulsions libidinales plus fortes, jumelées à un
besoin supérieur à la moyenne de passer à l'acte en flirtant avec le défendu ?
On
peut supposer qu'à force de composer avec le stress, les performants finissent par
avoir un seuil de tolérance au stress plus élevé. D'où leur recherche d'exutoires
qui seraient à la mesure des tensions dont ils veulent se soulager. Alors, de la
même manière que certains vont choisir de combattre le feu par le feu, quoi de plus
excitant pour plusieurs d'entre eux que de confronter les tabous, surtout ceux
concernant la sexualité. Mais bien sûr, cela ne vaut pas pour tout le monde.
catégories de performants
Des
performants, il en existe de tous les genres. Certains ont été choyés de talents
naturels et de capacités exceptionnelles. Qu'on pense à nos vedettes et aux succès
impressionnants qu'ils remportent, que ce soit au niveau sportif ou artistique. Ces
gens-là ont leur façon de composer avec le stress.
Par
contre, il y en a d'autres qui doivent mettre toutes leurs énergies et leur
dynamisme à contribution pour se frayer un chemin vers les sommets. Ils le font
avec détermination parce qu'ils sont convaincus d'avoir le potentiel pour le faire
et croient que ce serait de la médiocrité de leur part de ne pas viser de tels
résultats.
D'autres
enfin tiennent mordicus à « percer » parce qu'ils veulent absolument se
confirmer qu'ils sont « dans une classe à part ». C'est pourquoi ils
tiennent absolument à se prouver, d'abord à eux-mêmes mais aussi à tous leurs
proches, qu'ils sont capables de faire plus et mieux que les autres.
Pour
ces derniers, leur réussite est lourde de conséquence. Ce sont les mêmes individus
qui chercheront à faire flèche de tout bois et qui se disent prêts à tout pour
atteindre leurs objectifs, comme s'il en allait de la réussite ou de l'échec de
leur vie toute entière. Rappelons-nous de ce qu'on a dit des réactions des
personnes insécures face au stress. Plus la tension est forte,
moins elles pourront se permettre de faire preuve de souplesse dans leurs attitudes.
Comme
on peut le constater, l'atteinte ou non des résultats escomptés aura des
implications très différentes d'une personne à l'autre et les énergies vitales que
chacun devra y investir vont aussi varier considérablement selon les individus. Il
y a donc deux éléments importants à prendre en considération à savoir la
personnalité de l'individu sur laquelle viendra s'ajouter sa dynamique.
Les
« performants » ont souvent des comportements qui défient les règles
généralement observées par l'ensemble de la population. Plusieurs vous diront même
que c'est précisément parce qu'ils ne suivent pas le même chemin que les autres ou
qu'ils n'obéissent pas aux mêmes règles, qu'ils arrivent à se retrouver les
premiers. En fait, ils tiennent à se considérer à part des autres. En voici
d'ailleurs un exemple typique.
un cas typique
Pendant
près d'un an, j'ai reçu en consultation un patient qui, de façon régulière à ce
qu'il paraît, stationnait sa voiture en plein devant l'édifice où était situé mon
bureau. Or, il agissait ainsi en dépit du fait que c'était une zone de
stationnement interdit, ce qui lui valait une ou deux contraventions par semaines.
Amusé
de mon étonnement face à une telle attitude, il m'avait répondu qu'il n'avait pas
de temps à perdre à chercher une place sur les rues transversales. Tout compte
fait, il trouvait plus simple de se foutre des règlements municipaux et d'ignorer
les affiches.
Quant
au prix à payer (contraventions) pour s'offrir ce qu'il appelait sa tranquillité
d'esprit, il avait trouvé une solution astucieuse qui lui permettait de contourner
les désagréments reliés à l'acquittement des amendes en chargeant sa secrétaire
d'acquitter ses billets au fur et à mesure qu'il les déposait sur son bureau.
Payés
à partir du compte bancaire d'une de ses entreprises, il faisait inclure ces
déboursés dans les dépenses courantes pour lesquelles son comptable réclamait des
déductions fiscales.
Alors,
comme on le voit, non seulement notre bonhomme s'était-il trouvé une série de
rationalisations pour se justifier de transgresser aux lois mais il avait aussi mis
en place une stratégie qui contribuait à banaliser son méfait à ses propres yeux
puisqu'il s'évitait d'en ressentir les désagréments, ce qui lui permettait d'en
éprouver aucun remord.
Qui
plus est, grâce à son entourloupette, il pouvait se féliciter non seulement d'avoir
transformé une source potentielle de frustrations en farce mais surtout en une
autre victoire sur le système et ça, c'était très flatteur pour lui.
le jogging sexuel
Ce
monsieur avait fait fortune dans la construction et la gestion d'immeubles
résidentiels. Il en possédait d'ailleurs dans tous les coins de la ville et même en
province.
Comme
c'était un chaud lapin, il n'engageait comme concierges que des femmes qui se
montraient réceptives à ses avances dès la première entrevue de sélection. Il les
choisissait donc en fonction de leur « disponibilité » mais aussi de ses
préférences, c'est-à-dire des femmes dans la trentaine, aux petits seins mais avec
des fesses dodues.
Pardessus
tout, elles devaient se montrer vicieuses et inventives au lit car ce qu'il
attendait d'elles, c'était qu'elles le provoquent et de l'excitent et non pas de
l'émouvoir. Il cherchait des sensations fortes suscitées par des scénarios de plus
en plus osés parce qu'on finit par s'habituer aux situations
« spéciales » qui deviennent par le fait même un peu moins excitantes.
D'ailleurs,
dès que les parties de jambes en l'air prenaient des allures de déjà vu avec l'une
d'elles, il perdait tout intérêt à son égard et faisait en sorte de la remplacer ;
résultat, comme il disait, il y avait souvent une petite nouvelle à initier.
En
plus du plaisir que lui procurait le caractère vénal de ses parties de fesses avec
ses employées, il savourait ce sentiment de puissance que lui procurait sa capacité
d'avoir ces femmes « à sa disposition ».
Comme
il était continuellement stressé, il allait presque tous les jours passer quelques
instants chez l'une ou l'autre pour se défouler. Le mot peut sembler bizarre mais
c'est exactement ainsi qu'il le décrivait. Il espérait trouver dans ses activités
sexuelles un défoulement, une véritable décharge d'adrénaline dans tous les sens du
terme.
C'est
tellement vrai qu'il m'expliquait qu'au moment d'éjaculer, en position de levrette
(la femme penchée vers l'avant et l'homme la pénétrant par l'arrière ), il
sautillait sur place dans le but de d'augmenter sa tension corporelle, espérant par
le fait même décupler la vigueur de son orgasme. C'était d'ailleurs cette
insatisfaction qui l'avait amené à consulter parce qu'il se plaignait de ne jamais
vraiment en arriver à se sentir satisfait, vidé, vraiment rassasié. Et d'après lui,
c'était pour cela qu'il en voulait toujours plus, à tous points de vue.
Convenons
que cet agir sexuel ressemblait davantage à une épreuve d'endurance, une manière de
jogging sexuel, qu'à une rencontre érotique, avec ou sans charge émotive. Les
femmes n'y figuraient que comme objets d'assouvissement, ce qui le protégeait,
disait-il, de toute forme d'attachement émotif, chose qu'il craignait comme la
peste.
Car
pour rien au monde, il ne voulait se retrouver dans quelque forme de dépendance que
ce soit. D'où son mode de comportement.
On
est donc en présence d'un individu centré sur lui-même et qui se fait un point
d'honneur de défier les règles, quelles qu'elles soient, quand elles viennent
contrecarrer ses désirs. Donc, faire le contraire de ce qui est prescrit par les
lois et qui plus est, le faire en flirtant avec les tabous, voilà un stimulant
doublement jouissif dans son cas.
En
fait, c'est un peu le même genre de transgression des interdits que l'individu
ressent lorsqu'il pique un cendrier au sortir du grand hôtel ; c'est illégal et
immoral. Bien que le geste n'ait pas la même gravité, pour celui qui n'a jamais
volé, la montée d'adrénaline peut être aussi forte que pour l'autre qui passe son
temps à défier les us et coutumes.
Fidèle
à son système de valeurs centré sur ses seuls intérêts, il aborde toutes ses
relations interpersonnelles en termes de rapports de forces. Il n'a donc aucun
scrupule à utiliser les gens à ses fins comme on l'a constaté avec ses concierges
en leur « faisant des offres ($) qu'elles ne pouvaient pas refuser ».
Mais
voilà, comme il est la preuve vivante que des gens peuvent en manipuler d'autres,
son propre comportement vient renforcir sa méfiance envers tout le monde. D'où son
incapacité viscérale à se laisser aller et l'absolue nécessité qu'il éprouve de
toujours être en contrôle à propos de tout. Or, avec les pulsions sexuelles qui le
mènent par le bout du nez, pas surprenant qu'il panique !
(Propos
tirés de mon volume : Les gens épanouis.. réussissent mieux ! Quebecor, 2003
disponible directement auprès de l'auteur, par le courriel, via mon blogue ou via
mon site web)
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