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Tout
le monde en parle, c'est presque devenu la mode. On a tous, soit une connaissance
ou un membre de la parenté qui a été forcé de prendre du repos parce qu'il s'est
retrouvé crevé, vidé comme s'il avait brûlé toutes ses forces ("burn") et
qu'il n'avait plus son énergie habituelle ("out") pour remonter la pente.
N'oublions
pas qu'il ne s'agit là que d'un état passager résultant d'un déséquilibre, d'une
défaillance personnelle temporaire. D'ailleurs, la grande majorité des gens
s'en sortent au bout de quelques mois à condition évidemment de se soigner mais
surtout, et c'est probablement ici l'aspect à la fois le plus important et le moins
bien compris, qu'on se traite pour la bonne affaire ! car ce ne sont pas tous les
épuisements professionnels qui sont des "burn-out".
Cela
peut sembler élémentaire à priori mais, de la même manière qu'on ne soigne pas une
pleurésie comme on traite une simple grippe, on ne devrait pas aborder la cure
d'une personne aux prises avec un désarroi personnel et professionnel (DPP) de la
même manière qu'un individu qui vit un "burn-out" (BO).
Bien
qu'ils souffrent tous les deux de ce qu'on pourrait appeler une "écoeurantite
aiguë", les causes de leur état respectif et surtout leurs avenues de guérison
sont bien différentes.
Une comparaison...
Pour
résumer en deux mots (sic) la différence entre le "burn-out" et le DPP,
je dirais que le BO est relié au travail comme tel, à la fonction alors que le DPP
provient de la culture corporative, de l'ambiance du milieu professionnel dans
lequel on évolue.
À
titre d'exemple, on pourrait facilement concevoir qu'un policier qui est
constamment confronté à la violence et à la bêtise humaine puisse au bout d'un
certain temps se sentir épuisé, son système nerveux étant souvent mis à rude
épreuve par les conditions mêmes de ses fonctions.
D'autres
seront autant sinon plus affectés par l'impression qu'ils ont de ne plus savoir sur
quel pied danser dans l'exercice de leur fonction et de marcher sur des oeufs quand
vient le temps de faire respecter la loi et l'ordre. Sans compter que leurs efforts
se trouvent parfois ridiculisés par une mode qui se préoccupe davantage des droits
des contrevenants que des moyens de les empêcher de nuire.
Avoir
l'impression qu'on t'empêche de faire ta job, c'est frustrant ! Mais sentir qu'en
plus de cela, tu es le dindon de la farce, c'est plus qu'insultant... c'est
démoralisant !
La meilleure façon de tuer un homme....(Félix)
En
fait, dès qu'un individu normalement intelligent cesse de croire dans le bien-fondé
des gestes qu'on lui demande de poser au travail et quand on le prive d'une saine
marge de manoeuvre ou qu'on ne lui donne pas l'occasion d'agir selon ses
convictions et de se faire respecter, dès lors cet individu est amené à placer un
sérieux hypothèque sur son estime de soi.
Comment
pourrait-on, dans les circonstances, le blâmer de chercher à se protéger
mentalement? C'est d'ailleurs ce qu'il fera en se construisant une carapace
d'indifférence face à tout ce qui déborde de ses intérêts strictement personnels !
C'est
une attitude que nous connaissons bien; on dira qu'il redevient raisonnable, qu'il
va prendre de l'expérience et cesser de s'emballer comme un adolescent. C'est ainsi
que nous nous retrouvons en pleine situation cornélienne comme dirait le Capitaine
Bonhomme ! Et quel drame, vous le voyez bien !
Car
on se retrouve désormais en présence d'un adulte qui utilise un langage que nous
avons pris l'habitude de valoriser comme un signe de maturation (soit de ne pas se
laisser emporter par son enthousiasme) pour se justifier de s'ériger une carapace
d'indifférence destinée à étouffer ses élans d'enthousiasme, de créativité et
surtout à se protéger des déceptions ou des insécurités qui pourraient en résulter.
Plus sournois que le burn-out
Combien
de cadres intermédiaires et supérieurs bien sûr, mais aussi combien d'excellents
ouvriers ont décidé de se taire et de garder leurs suggestions pour eux ?
C'est
dommage quand on pense aux tonnes de bonnes idées qui dorment dans la tête des gens
et qui pourraient possiblement redonner des ailes à certaines entreprises.
Ce
qu'on ne réalise pas, c'est que si la personne réussit à se bâtir une carapace pour
se rendre moins vulnérable, elle sera en fait parvenue à se rendre un peu plus
terne, moins zélée comme on dit. Tu parles d'un idéal !
Quelle
désolante façon de consolider son propre équilibre que de sabrer dans ses ambitions
et d'étouffer sa créativité. On choisit de se diminuer soi-même, ce qui est loin
d'être une attitude saine et constructive autant pour l'individu que pour son
environnement sans oublier que c'est en contradiction directe avec le discours sur
la Qualité.
Mais,
comme dans notre société on associe stabilité à maturité, les gens n'ont pas le
réflexe de demander de l'aide thérapeutique parce qu'ils ne perçoivent pas ou ne
réalisent pas qu'ils sont en train de se démotiver, ce qui est loin d'être une
attitude saine.
Voilà
comment le désarroi personnel et professionnel est un malaise beaucoup plus
sournois que le "burn-out" car les gens ne réalisent pas vraiment ce
qu'ils vivent et, par conséquent, ne vont pas consulter.
Or
dans le contexte des nombreux bouleversements vécus à l'occasion des mesures de
rationalisation décrétées pour le mieux-être des entreprises, il faudrait voir
combien de gens parmi ceux qui sont appelés à diriger le personnel pour stimuler la
relance ont eux-mêmes senti la nécessité de se munir de telles carapaces.
Comment alors ne pas croire qu'un jour, les sceptiques seront con-fon-dus !
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