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Je
vous lance un défi. Posez cette question là autour de vous et je parie que la
grande majorité des gens vont spontanément répondre « oui ». Et
pourtant, il n'en est rien.
Holà,
un instant, minute papillon, ne me lancez pas tous des tomates en même temps !
Laissez-moi m'expliquer avant de sauter aux conclusions !
Tout
d'abord, entendons-nous sur un point. Il est évident que tous ceux qui ont la
chance de faire un boulot qui leur plaît jouissent d'un avantage extraordinaire.
Personne ne va dire le contraire !
Mais
de là à conclure que tous ceux qui ne sont pas dans cette situation idéale ne
peuvent aspirer au bonheur (relisez bien la question telle que formulée), il ne
faudrait pas charrier.
Pas juste une affaire de mots
Certains
d'entre vous protesteront qu'il ne s'agit en fait que d'une simple question de
mots.
Je
vous répondrai que les mots existent pour véhiculer nos pensées et que, si on se
permet de les utiliser à tort et à travers, on aura vite des difficultés à se
comprendre.
À
titre d'exemple, j'invite tous ceux ne verraient pas la nécessité de faire une
différence entre deux bouts de papier alors que l'un est un chèque tandis que
l'autre est une facture, à se tenir loin du monde des affaires ! Une simple
question de mots disiez-vous ? C'est vrai, mais ce serait l'envers du décor dans le
compte de banque ! Est-ce qu'on se comprend maintenant ?
Voilà
donc la première raison qui m'amène à répondre que non, il n'est pas absolument
nécessaire d'aimer ce qu'on fait dans la vie pour être heureux, et heureusement
d'ailleurs. Car si cela devait être le cas, il y a bien du monde pour qui le
bonheur deviendrait par le fait même un objectif inaccessible, un idéal impossible.
En
effet, prenez par exemple le bonhomme qui rêve de devenir astronaute ou médecin,
mais dont les conditions matérielles ou le quotient intellectuel rendent la chose
irréalisable. Vous conviendrez avec moi que si cette prétention était vraie,
l'individu concerné pourrait se sentir condamné à être malheureux toute son
existence, faute de pouvoir faire ce qu'il aime dans la vie. Or, il faut bien
admettre que ce n'est pas le lot de tout le monde !
On ne fait pas que ce qu'on aime dans la vie
Mais
alors, comment se fait-il que cette réponse soit si populaire ? D'une part, il y a
un peu de pensée magique là-dedans en ce sens qu'on aime mieux entretenir une image
plus proche de nos souhaits, quitte à se dorer la pilule avec quelques injections
de pensée positive.
Voilà,
en partie, pourquoi on s'efforce de dire qu'on aime ce qu'on fait comme travail.
D'autant plus que les protagonistes de cette maxime la présentent comme une
« condition sine qua non » du bonheur ; voilà où le dérapage s'accentue.
Premièrement,
est-il nécessaire de souligner que vous comme moi, on a tous été élevé en se
faisant répéter qu'on ne fait pas seulement ce qu'on aime dans la vie. Il existe
des choses telles que des obligations qui ne sont pas toujours un enchantement,
mais qui doivent quand même être remplies (songez à l'époussetage et autres
besognes du même genre). Personne n'en raffole. Mais il n'y a pas de quoi en faire
un drame; on n'en meurt pas !
Deuxièmement,
parce que ce vœu pieux est loin de correspondre à la réalité. En effet, plus de la
moitié des nord-américains sont insatisfaits de leur vie de travail
Plus de la moitié des nord-américains sont insatisfaits de leur vie au travail
On
sait maintenant, grâce à un sondage récent mené par l'une des plus grandes sociétés
de conseiller en management au monde (groupe Towers Perrin), que près de la moitié
des travailleurs en Amérique du Nord sont insatisfaits de leur vie
professionnelle ; soit qu'ils se sentent surexploités, sous-estimés ou encore
qu'ils sont inquiets face à leur avenir.
Donc,
ces travailleurs sont loin d'être dans un contexte où ils se décrieraient comme
étant heureux.
Et
plus près de vous, posez la question au comptable qui en a plein le dos de passer
ses journées dans des colonnes de chiffres, parlez-en avec le mécanicien qui en a
ras le bol de rafistoler de vieilles bagnoles.
Les
chances sont bonnes qu'ils vous disent que ce qu'ils font n'est pas vraiment ce à
quoi ils rêvaient quand ils ont choisi de se diriger dans cette voie.
Ils
sont déçus, mais voilà, ils se sentent coincés. Bien souvent, ce sont ces mêmes
gens qui, quand on leur demande: « Comment ça va ? »
répondent : « Ça va ! Il faut bien, on n'a pas le choix !» Une
réponse lourde de sens et qu'on entend de plus en plus souvent de nos jours. Et
pourtant, on parle ici de gens qui ont choisi leur travail.
Imaginez
maintenant la signification que prend cette phrase pour tous ceux qui ont un
gagne-pain qu'ils n'ont pas choisi mais dont ils doivent s'accommoder parce qu'il
faut bien gagner sa vie (n'allons pas trop vite avant de juger).
Pensez
au gardien de nuit qui passe son temps à faire ses rondes ou encore à ces préposés
aux marchandises qui doivent, nuits après nuits, remplir les tablettes du
supermarché afin que les étalages soient attrayants et les produits disponibles
pour la clientèle dès le lendemain matin.
Cependant,
pour tous ceux qui croient bon de garder au moins un pied sur terre, il faut se
rendre à l'évidence qu'il est possible d'être heureux dans la vie sans pouvoir
toujours faire à sa tête, ni uniquement ce qui nous plaît. Il en va de même du
travail et il n'y a pas de quoi en faire un drame; c'est la vie comme on dit !
Autres temps, autres mœurs
Nous
ne sommes plus à l'époque où un individu pouvait entreprendre des études puis
travailler dans le domaine de son choix et progresser sans aucun dérangement dans
son plan de carrière tout en étant assuré d'une retraite en toute tranquillité
d'esprit, grâce à la stabilité et à la reconnaissance de l'entreprise pour laquelle
il a oeuvré.
Depuis
nombre d'années déjà, plusieurs diplômés (à l'exception de ceux qui ont été dirigés
dans un secteur technologique de pointe) n'ont qu'une infime chance d'œuvrer dans
le secteur de leurs études. Plusieurs d'entre eux doivent composer avec les postes
disponibles, souvent très différents de ce qu'ils souhaitaient faire comme travail.
Et que dire de ceux qui n'ont pas fait d'études universitaires? Dans bien des cas,
ce n'est ni pire, ni mieux !
Aimer son travail ?
Alors,
comment pensez-vous que ces gens réagissent intérieurement quand on leur répète à
tort et à travers que pour être heureux dans la vie, il faut aimer son travail ?
Comment
voulez-vous, par exemple, que l'individu qui passe ses journées à colmater des
"nids-de-poule" pour la voirie municipale tombe en amour avec son travail à moins
qu'il ne soit en pâmoison avec le bitume ?
Et
que dire à cet autre qui doit continuellement faire des démarches pour trouver de
nouveaux clients à qui il pourrait offrir ses services en assurances quand on sait
que la majorité d'entre eux n'aiment pas faire de la "prospection" ?
Comment
pensez-vous qu'il se sent quand, pour le motiver, on lui parle de l'importance de
s'impliquer et d'aimer ce qu'il fait ? Dans bien des cas, chaque modèle de
performants qu'on lui présente ne fait qu'accentuer sa déception devant la distance
qui les sépare. Voilà une pratique très courante dans certains milieux qu'on aurait
avantage à réviser et même abandonner.
L'important, c'est d'y croire
Évidemment,
il est
facile de dire que tous ces gens-là n'ont qu'à changer d'emploi s'ils ne sont pas heureux dans ce qu'ils font. Ce serait tellement plus simple. Cependant, convenons que dans bien des cas, ces gens en sont déjà à leur deuxième ou à leur troisième choix et qu'il faut tout de même composer avec ce qui est accessible.
Malgré
ça, il n'y a absolument pas lieu de démissionner pourvu qu'on arrête de répéter ces
formules déconnectées et qu'on redevienne réaliste. On ne fait pas uniquement ce
qu'on aime dans la vie et cela n'a jamais fait mourir personne.
Alors,
il est bien possible qu'un assureur n'arrive jamais à aimer cette partie de son
travail, et c'est correct.
Ce
qui est important pour lui donner la motivation nécessaire à passer pardessus son
agacement et à faire son boulot avec dynamisme, c'est qu'il croit en l'importance
et la valeur du service qu'il rend.
Prenons
par exemple le cas d'une jeune mère monoparentale dont le budget est très serré et
qui donnerait toutes sortes de raisons pour refuser de rencontrer notre assureur.
Il n'est pas vraiment évident d'aimer revenir à la charge au risque d'essuyer
encore des refus.
Cependant,
son énergie et sa détermination seront beaucoup plus concrètes si l'individu en
question est convaincu que cette cliente a un besoin réel d'assurance, qu'elle
sous-estime les risques qu'elle prend en n'ayant pas de protection adéquate
advenant une malchance. S'il arrive à lui faire voir la réalité telle qu'elle est,
il lui aura vraiment rendu service. Et s'il est convaincu de cela, il sera motivé à
aller de l'avant.
Il
en va de même de tous les domaines qui nécessitent efforts et constance. Quand les
affaires vont bien, c'est facile d'aimer ce qu'on fait !
Toutefois, quand les choses prennent une allure moins facile, on a besoin de se raccrocher à du solide et c'est alors que nos convictions ont plus d'impact que nos souhaits.
D'où
l'avantage de cultiver les convictions personnelles et les valeurs des gens quand
on songe à de la formation. On touche alors au cœur de ce qui nous incite à
performer, soit le goût d'être fier de soi, de se sentir satisfait et de vibrer.
Or, n'est-ce pas justement ce qui se produit quand on agit par conviction ?
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