|
J'ai
parcouru la Grèce d'île en île, de ruine en ruine, et
me suis arrêtée au théâtre de Delphes pour y contempler
la scène du monde.
A l'aube, dans le brouillard, j'osai interroger longuement les oracles et j'appris que la nuit du dernier jour du dernier mois de l'an 2001, Perlina sortira des rapides glacés pour se baigner dans des eaux pures et calmes, avec des sensations universelles.
Je
désire me laver et me guérir de tous les maux des
hommes, ainsi aurais-je l'impression qu'à nouveau le
pacte du respect sacré de la vie a une valeur plus
grande que celle d'un simple grain de sable.
Je
voudrais ressentir la JOIE qui m'unit aux eaux des
quelques sources naturelles non polluées et convier
tous les hommes à danser en cercle lors de la grande
fête consacrée à la célébration d'un heureux événement: l'ère du Verseau, appelant la venue d'une conscience nouvelle, telle, entre autres, la volonté commune de préserver la pureté de ce qui est essentiel à nos vies, l'
eau.
O
homme de peu de foi, je t'ai envoyé sur cette terre non
pas pour accomplir le miracle du «bonheur» tant espéré par tes frères/soeurs, mais pour te sauver toi-même.
O
toi, femme, qu'attends-tu de moi? Moi qui, au
fond du gouffre, entends tes gémissements coulant le
long de la Roche Pleureuse dont ta voix mielleuse en assourdit les cris. Me donneras-tu seulement l'occasion de revivre dans une oasis où séjourne la paix?
Je
rêve, j'invente des images encore inconnues et qui
battent en moi. Il me semble qu'en face de toi
l'horreur de mes blessures s'efface car je pardonne à
ceux qui m'ont bafouée et agressée par leurs paroles ou
leurs gestes.
Je me sens libre de créer un regard neuf et coloré, un espace rempli de fraîcheur et une atmosphère de douceur, où je peux camper et me reposer à la lueur d'un feu dans cet univers intime que j'aime car tu me permets de voir la lumière qui est profondément enfouie toute en moi. Je veux retrouver l'être simple, passionnément humain...
Quelque
part au fond du silence de la nuit, j'écoute battre nos
coeurs à l'unisson après avoir participé à ma joie
d'exister où la chair mendiante d'amour nous a permis
de créer des moments de chaleur intense, fugitifs, mais
dont nous jouissons. Je suis attirée par la magie
de l'Art de vivre, celui qui se crée et ne
s'enseigne pas - c'est ainsi - et nous sommes le 31
décembre 2001. Entre l'extase et l'ennui, je n'ai
qu'une soif, celle d'aimer et de danser sur cette terre
au rythme de mon élan qui se nomme créativité.
Pieds nus, comme une esclave, je marche à mon tour à
côté de l'ombre de ta souffrance qui s'est immiscée
entre nous et dont nous partageons secrètement le lourd
fardeau, en te promettant d'extraire la beauté divine
qui rayonne en toi, tout en espérant l'apparition de la
fin de cette épreuve sociale. M'accorderas-tu
seulement une danse (sans me piler sur les pieds) lors
de cette fête ... ou encore un simple geste de
générosité non calculé, tout comme le poète Marcel
Dugas qui, après avoir vendu que neuf exemplaires de
son petit recueil exquis publié à compte d'auteur,
distribue le trop plein au gré de sa fantaisie, à une
personne croisée sur son chemin, dans la rue,
l'autobus, dont le visage lui plaît.
Je
vis à une époque étonnante de folle liberté. Je
me débarrasse des faux-semblants, des préjugés, des
conventions, je peux dire non à ce qui ne convient plus
à mon âme en évolution. Je suis tout comme toi,
embarquée dans l'aventure de la vie, cette vilaine
galère. Je suis entourée de rêveurs, de chômeurs
en quête d'emploi et de dignité, de réfugiés venus des
quatre coins du monde qui émettent des sons
incompréhensibles à mes oreilles non polyglottes et qui
achètent leurs billets de loterie, de gens qui
souffrent et s'en remettent aux -logues, tels
allergologue, psychologue, sexologue et j'en
passe. On ne sait trop pourquoi...
L'homme serait-il devenu allergique à lui-même? A force de courir après sa queue peut-être finira-t-il par la mordre? Tout aussi difficile de comprendre pourquoi on s'accroche un anneau au nombril ou au sourcil. I
like it, dit-elle et je veux qu'on m'aime ainsi.
Je
me réveille et regarde par la fenêtre s'opacifiant de
givre, surprise de voir un changement subit de décor,
le sol est recouvert de son manteau blanc et moi vêtue
d'un pyjama de velours bleu de chine de ma soeur, je
m'émerveille encore de tant de fraternité, d'amour
inconditionnel et, m'inquiète du lendemain. Cela
s'appelle vivre sur «le fil du rasoir»... et toi
tu es là qui me regardes et m'écoutes... tout en me
faisant partager les cris/rires de ta précieuse petite
Laurie qui viendra ce week-end encore se blottir entre
nos corps chauds dans nos draps froissés et qui
ajoutera des onces d'amour aux ingrédients du gâteau de
fête que nous préparerons. J'entends les pas
feutrés de la chatte dont la couleur se confond avec la
neige et qui, par son ronronnement, nous signifie son
désir de se joindre à nous et tout cela suffit à me
distraire de mon état nébuleux.
Je
mourrai seule au bord des eaux limpides où je t'ai
connu, toi qui m'as initiée à la splendeur touchante de
la beauté. Regarde-toi dans le miroir transparent de la
source d'où jaillira la Naïade qui ne demande qu'à t'aimer de manière authentique. D'entre toutes les femmes, le Hasard t'a conduit vers cette infatigable nageuse, à la longue chevelure rousse, aux formes apparentes fermes mais barbotant dans des eaux fragiles et agitées. Attiré par son magnétisme et son «sex-appeal» tu t'es penché vers elle, en laissant sur le bord du rivage tes vieilles nippes, présage d'une renaissance.
Entièrement
nu devant elle, le désir jaillit en toi de te purifier
avant de te présenter à elle: «Me voici, je suis l'enfant de l'air, un sylphe, moins qu'un rêve...»,
mais j'aspire à la lumière.
Approche-toi,
dit-elle, vois ton visage dans mon miroir qui reflète
l'abandon et regarde la transparence de mon
désir. Je veux que nous goûtions, dans les
grandes eaux de la vie, une joie réelle du temps qui
coule, au ralenti. En puisant dans les
profondeurs où nous plongerons, un diamant doit jaillir
de la plus belle eau.
O
toi ami, en cette nuit de poésie, lève ton verre, même
si ce n'est pas du grand cru, et buvons à la sainte
coupe de la vie car nous avons encore une traversée
avant d'atteindre l'autre rive. D'ici là, offrons
le meilleur de nous-mêmes et cela malgré le fait que tu
t'acharnes à me marteler les oreilles en répétant sans
cesse que tu n'as rien à m'offrir... ton coeur
serait-il pauvre à ce point?
Écrit à l'Ile-Verte (Notre-Dame-des-sept-douleurs)
|