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Il
y a 5 ans, par un bel après-midi d'automne, au retour
d'une randonnée pédestre fort plaisante dans l'Estrie
avec le groupe Jass
,
nous prenions la direction de Longueuil pour aller
souper en groupe au Relais Terrapin, une ancienne
taverne de la rue St-Charles, recyclée en brasserie.
Comme c'est la coutume au sein de ce club social pour
célibataires, nous avons fait du covoiturage. Le
conducteur, un homme au tempérament festif, appelons-le
M. Bellehumeur, ne cessait de chanter Macarena, ce qui
était bon signe pour l'atmosphère du trajet, à
condition bien sûr de ne pas se mettre à la danser avec
le volant dans les mains (comme il m'est déjà arrivé
avec un chauffeur de taxi Jamaïcain). Arrivés les
derniers, nous avons tout juste eu le temps, en nous
précipitant vers le buffet, de goûter à la
spécialité-maison, soit le rôti de boeuf dont il ne
restait que quelques portions. Le repas fut agréable,
la conversation animée et la dame qui nous accompagnait
durant le trajet et qui avait laissé son auto près du
métro Longueuil, articulée et d'agréable compagnie,
semblait plaire à M. Bellehumeur, un homme de taille
moyenne à la chevelure frisée noire qui se proclamait
en toute modestie le meilleur danseur de macarena du
Mile-End. Bref, rien ne laissait présager un dénouement
dramatique. Une fois la facture acquittée, nous sortons
du resto, souriants et repus. Mes deux compagnons
poursuivent la conversation sur le trottoir. Puis,
pendant que les éventuels tourtereaux (j'aurais parié
sur un éventuel échange de microbes) échangeaient
anecdotes sur anecdotes, j'ai aperçu au loin un homme
hirsute qui venait dans notre direction. Selon toute
évidence, il s'agissait d'un clochard. M. Bellehumeur
était à raconter une de ses folles aventures de
jeunesse quand, le dos tourné à l'inconnu qui venait
vers nous, il se retourna et l'autre lui posa une
question. Je pense qu'il voulait simplement avoir
l'heure, mais M. Bellehumeur, apercevant le colosse,
d'une dimension avoisinant celle du séduisant Grand
Antonio, est pris d'effroi et nous regarde, les yeux
exorbités. L'homme lui demande autre chose et notre «
lift » recule de quelques pas, puis de quelques autres
pour finalement se lancer dans une imitation improvisée
de Bruny Surin. Interloqués, la dame et moi décidons
d'un commun accord de courir derrière M. Bellehumeur,
sous peine de regagner notre domicile à pied. Le plus
drôle, c'est que le balourd s'est mis à courir derrière
nous. Nous avions l'air de trois ahuris pourchassés par
le yéti. Finalement, après avoir semé l'inconnu qui
avait terrifié notre conducteur, nous avons regagné le
stationnement et l'auto et pris place à l'intérieur.
Deux rues plus loin, nous avons aperçu l'énorme
mendiant qui regardait dans toutes les directions et
nous avons rigolé comme des mouettes (car il était gros
et lent...). Avec tout ça, la dame avait récupéré son
auto dans le stationnement du métro et moi et M.
Bellehumeur avons ri durant le trajet de retour vers le
centre-ville. Le lendemain, j'ai raconté notre aventure
à un ami qui demeure à proximité de la rue St-Charles
et il m'a dit en riant qu'il s'agissait d'un itinérant
un peu attardé et tout à fait inoffensif. L'histoire ne
dit pas si mes deux compagnons de route se sont revus
pour danser la Macarena...
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