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Il
est minuit passé, je viens d'éteindre la télé et me
prépare à aller dormir.
Nous sommes à la mi-janvier et dehors, le vent rugit, soulève la neige en bourrasques et cogne à ma porte. Mais je suis bien, ici, au chaud dans mon salon, dans mon pyjama de flanelle, les orteils enfouis dans la toison de la moquette, et je déambule jusqu'à la fenêtre une dernière fois avant de lever le cap pour la nuit.
Véritable
fresque de fougères givrées, la vitre scintille sous
les reflets d'une lune minuscule mais d'une brillance
extraordinaire. Perché bien haut dans le firmament,
l'astre est si petit qu'on le croirait rapetissé sous
l'effet du froid. Dans la douceur de mon home, je
frissonne d'aise et bénis le ciel d'être née en ce
siècle où le commun des mortels jouit d'un confort
auquel les tout-puissants et les princes d'antan ne
pouvaient que rêver.
Mais
dans ce pays au climat impitoyable où le simple fait de
sortir dehors peut vous tuer, il y a encore des hommes
qui, ce soir, dormiront dans des abris de fortune.
Cette pensée me trouble profondément et pourtant, c'est
à toi que je pense en ce moment.
Car c'est toi qui, tous les soirs, viens te blottir sur mon balcon, contre la chaleur bienfaisante de la cheminée.
Je
jette un coup d'oeil par la fenêtre et vois, à la lueur
incandescente de la lune, ta forme recroquevillée dans
un coindu balcon : une touffe de poils gris enroulée
sur elle-même, un tout jeune chat, un petit mammifère à
sang chaud comme le mien, qui lutte pour sa survie et
se méfie de l'engourdissement mortel qui le guette. Tu
as beau être armé contre le froid, je suis sûre que tu
grelottes; à moins 28º Celcius, impossible ne pas
grelotter.
J'aurais tant envie de recouvrir ton petit corps d'un édredon, de te servir un bol de lait chaud ou encore de te t'ouvrir ma porte; mais la seule vue de ma silhouette de bipède suffirait à t'effaroucher.
Non, ne pas troubler ta quiétude...
Fais
dodo, petit chat-à-la-lune, petit bum, courailleur de
ruelles et chasseur de souris. Fais dodo et
tandis que la neige recouvre peu à peu ton dos, rêve au
soleil chaud du mois de mai et aux jardins fleuris où
bientôt tu chasseras le mulot, les oiseaux et les
papillons foufous. Fais dodo, p'tit chat-chat, et rêve
au printemps.
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