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Le
lendemain matin, Julie vint la rejoindre à sept heures
à l'appartement et lorsque White ouvrit la porte, elle
ne put en croire ses yeux.
Des
ordures étaient éparpillées sur le plancher du salon,
le linoléum de l'entrée était en morceaux et les murs
troués à plusieurs endroits. L'odeur qui se dégageait
du logement les fit suffoquer.
-
Je suis désolée de te demander cela Julie, lui dit
White, honteuse. Lorsque j'ai visité, je savais qu'il y
avait beaucoup à faire mais je te jure que je n'ai pas
vu tout cela.
White se mit à pleurer en silence devant l'ampleur de la tâche mais Julie lui sourit.
-
Ne t'en fais pas, nous y arriverons. J'ai vu pire que
cela, n'oublies pas que j'ai l'habitude de nettoyer des
maisons sinistrées, dit-elle pour l'encourager. Allons
plutôt chercher ce dont nous avons besoin pour nettoyer
tout cela et acheter de la peinture pour redonner vie à
ces murs.
Dans la voiture, White explosa.
-
Comment est-ce possible que des gens puissent vivre
dans de telles conditions? demanda-t-elle à Julie.
-
Que veux-tu que je te dise, répondit cette dernière.
Tout ce que je sais, c'est que ces gens me permettent
de gagner ma vie, ajouta-t-elle en éclatant de rire.
-
Je suis certaine que le plancher de cuisine n'a jamais
été lavé tellement il est graisseux et glissant, ajouta
White, prise dans ses pensées, semblant oublier la
présence de son amie.
Ce qui la fit rire de plus belle.
-
Tu as vu la toilette? Une vraie honte! enchaîna White.
Comment peut-on se laver dans une douche aussi sale et
pleine de moisissure?
Elles achetèrent les galons de peinture et le nécessaire pour nettoyer.
Les
amis de Dannie vinrent en renfort et ils travaillèrent
sans relâche durant deux jours à nettoyer, réparer,
peinturer.
Ils
durent arracher les bandes de silicone autour des
fenêtres noires de moisi, elles aussi. Ils n'en
finissaient plus de ramasser la mousse sur le plancher
des chambres à coucher. À la fin du deuxième jour,
malgré la forte odeur de la peinture fraîche, une autre
odeur, dont ils ne purent trouver la provenance,
persistait à leur agresser les narines.
Un
des amis de Dannie, Samuel, constata que les corderons
près des murs du passage du salon à la cuisine étaient
pourris et mouillés. Lorsqu'il commença à les arracher,
il lâcha tout, ne pouvant supporter l'odeur qui s'en
dégageait et se mit à courir vers le balcon arrière
pour prendre l'air.
- Que se passe-t-il ici? lui demanda White après l'avoir rejoint sur le balcon.
- Du pipi, voilà ce que c'est!
- Quoi? cria White, épouvantée.
- Les corderons sont imbibés de pipi, White!
Elle rentra en vitesse et arracha frénétiquement le linoléum du corridor.
- Il y en a partout, regarde! cria-t-elle à Julie.
-
Maintenant, je comprends pourquoi l'appartement
continuait à sentir si mauvais malgré nos efforts!
répondit Julie en balançant la tête de gauche à droite.
Ils
constatèrent qu'il y en avait partout sous le
revêtement du corridor, de la cuisine et du salon.
White prit son cellulaire et téléphona au concierge,
lui ordonnant de venir tout de suite.
Les
anciens locataires, de jeunes morveux fainéants,
avaient deux chiens qui se soulageaient à l'intérieur,
faute d'attention de leurs maîtres, et le plancher en
était imbibé.
-
Il faut arracher tout cela immédiatement! lui ordonna
White, prête à n'accepter aucune réplique.
- Je vais d'abord en discuter avec le propriétaire, répondit le concierge d'un ton morne.
- Pardon? lui répondit-elle d'un ton brusque.
- Ce n'est pas moi qui décide, madame.
-
Eh bien je vais décider, moi! hurla White, rouge de
colère. Dites-lui que ce soir, j'arrache tous les
revêtements et que je vais tout nettoyer à l'ammoniaque
afin de faire disparaître toute trace d'urine de chiens
et cette odeur affreuse. Dites-lui aussi que j'exige
qu'il fasse installer de nouveaux revêtements demain
sans faute! Je reçois mes meubles dans deux jours et je
veux que tout soit terminé, compris? cracha-t-elle, aux
yeux horrifiés du concierge.
- Je vais voir ce que je peux faire, madame.
-
Je n'ai pas envie de discuter, c'est ce que j'ai décidé
! Dites-lui aussi que je n'accepterai aucun refus
sinon, je sors d'ici et lui réclamerai tous les frais
que j'ai engagés, compris? ajouta-t-elle, folle de
rage, pendant qu'il se pressait de sortir, la tête
basse.
- Tu as un problème? demanda une voix familière derrière elle.
-
Qu'est-ce que tu fais ici toi? demanda-t-elle à Tom, se
demandant depuis combien de temps il était là.
- Je suis venu voir si tout allait bien.
Elle
fut insultée et choquée de le voir à l'appartement, ce
que remarquèrent Julie et les amis de sa fille, qui
décidèrent de ce moment pour quitter, ne pouvant lui
être d'aucune utilité pour ce soir.
White se retint jusqu'à ce qu'ils furent seuls et se rua sur lui.
- Tu n'as rien à faire ici, Tom!
Elle lui demanda de partir mais ignorant ses propos, il fit le tour de l'appartement.
-
Je reviendrai demain installer du tapis, si tu veux. Il
m'en reste de gros rouleaux que je n'ai pas utilisés
lors de mon exposition à New York.
- Pas question! refusa-t-elle catégoriquement, lui montrant la porte.
-
Écoute White, je ne suis pas venu ici pour
t'importuner, ok? Je vois bien que tu as besoin d'aide,
même si tu refuses la mienne, mais ce tapis ne sert à
rien dans l'entrepôt et ici, il pourrait t'être utile.
Le
concierge revint à ce moment, ce qui permit de faire
diversion à leur conversation. Ce dernier l'informa que
le propriétaire était prêt à payer pour de nouveaux
revêtements pour le plancher et que tout serait terminé
le lendemain soir.
Elle se tourna vers Tom.
- Il est gros comment ton rouleau de tapis? demanda White le nez en l'air.
- Assez pour couvrir le salon, le corridor et ta chambre, si tu veux, lui répondit-il.
-
Dites au propriétaire que je n'ai besoin que d'un
nouveau linoléum pour la cuisine et que je veux que de
nouveaux corderons soient installés dans toutes les
pièces.
Durant
la journée, la bande avait déjà lavé les planchers des
chambres des enfants qui paraissaient maintenant tout
neufs. Après le départ de Tom, elle arracha tout ce qui
était imbibé d'urine, alla acheter deux gallons
d'ammoniaque, ouvrit toutes les fenêtres et fit
disparaître toute trace de pipi de chien chez elle.
Le
lendemain, tel que convenu, Tom vint installer le
tapis, le concierge installa un revêtement de plancher
tout neuf ainsi que les corderons, tel que promis par
le proprio.
Lorsque Tom s'apprêta à partir, il voulut la prendre dans ses bras pour l'embrasser.
- Qu'est-ce que tu fais?
-
White, je suis désolé de la tournure des événements
mais il n'y avait pas d'autre solution.
-
Ça, je le sais! rétorqua-t-elle, surprise qu'il se
sente obligé de commenter les événements.
-
Écoute….. laissons les choses se tasser et dans
quelques mois, je t'achèterai une maison ici où nous
serons bien.
White n'en crut pas ses oreilles et son cœur cessa de battre.
-
Tu as perdu l'esprit ou quoi? Tu ne sembles pas
comprendre que je t'ai quitté, c'est fini Tom!
-
Ne dis pas cela voyons! dit-il en essayant encore une
fois de la prendre dans ses bras. Je sais que ce n'est
pas facile mais tu sais que nous sommes faits pour
vivre ensemble, ajouta-t-il. Je sais maintenant que ta
vie et celle de tes enfants est ici. Laisse-moi régler
mes choses avec ma femme et nous trouverons une
solution.
Celle-là, elle savait l'avoir déjà entendue et secoua la tête en signe de refus.
-
Tu ne sais plus ce que tu dis, dit-elle, incrédule, lui
tournant le dos en se frottant les tympans.
Il essaya à nouveau de s'approcher d'elle mais elle le repoussa de toutes ses forces.
-
Je te remercie pour ton aide Tom mais maintenant, je te
demande de sortir de chez moi. Ici, c'est ma vie et tu
n'y as aucune place, va-t-en.
Cette
nuit-là, White pleura, croyant ne plus pouvoir
s'arrêter et s'endormit sur le tapis de sa chambre,
épuisée.
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