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Le
samedi suivant, Tom partit très tôt pour passer deux
jours avec ses enfants. Auparavant, Tom les amenait à
la maison mais depuis que White avait découvert qu'il
lui faisait des cachettes, il préférait louer une
chambre d'hôtel pour être avec eux.
Au
début, il disait que c'était sa faute s'il avait décidé
de changer ses habitudes, mettant sur son compte les
disputes causées par les appels de sa femme qui avait
recommencé à la harceler. Lors d'un de ces appels,
White apprit qu'ils n'étaient pas divorcé mais
seulement séparés légalement. Ce qui la mit hors
d'elle…. un mensonge de plus à digérer.
- Cela dérange le plaisir des enfants que tu te disputes avec leur mère.
-
Comment peux-tu dire cela? s'indigna-t-elle avec force
de ses accusations. Jamais, je ne prononce un mot de
travers à propos de leur mère devant eux, jamais! Et
lorsqu'ils sont ici, je réponds à leurs moindres
caprices, ramasse ce qu'ils laissent traîner, nettoie
les dégâts, les nourris, les amène au parc pour les
amuser. Ils ont du plaisir avec moi et ne sont que
sourire lorsqu'ils sont ici. C'est toi qui ne veux plus
que je les vois! l'accusa-t-elle.
Elle
comprit rapidement que comme d'habitude, afin de
justifier ses faits et gestes, il préférait la rendre
coupable de la situation mais elle savait qu'il
préférait jalousement garder ses moments avec ses
enfants pour lui. Comment aurait-elle pu lui reprocher
de vouloir se retrouver avec ses enfants? Mais tout le
temps, c'était une autre affaire.
Cependant,
elle savait que l'une des raisons de ce changement
d'habitude était dû au fait que ses deux filles,
croyant normal de tout lui raconter, échappaient
parfois, par mégarde, des moments passés en famille
avec maman et papa, que Tom ne voulait pas justifier.
-
Si tu as peur que les enfants me disent ce que je ne
dois pas entendre et préfères les éloigner de moi, ce
n'est pas ma faute, petit Tom. Ce sont tes manigances,
pas les miennes!
Juste
avant qu'il ne quitte ce matin-là, White l'informa que
puisque cela faisant longtemps qu'elle n'avait vu ses
parents, les enfants et elle se rendraient à Montréal
pour le week-end.
- Moi aussi je manigance espèce de menteur!
Avant
de se rendre chez ses parents, ils firent le tour de
leur ancien quartier en voiture, afin de repérer les
appartements ayant une affiche de location. La famille
fut surprise de les voir arriver sans prévenir et
pendant qu'ils discutaient à la cuisine, White prit le
journal local. C'est à ce moment que sa mère remarqua
la rubrique qu'elle parcourait du regard et comprit sa
mission. White préféra ne pas s'étendre sur le sujet et
ne pas allonger ses explications pour l'instant. Elle
prit donc quelques rendez-vous avec des proprios et
déposa ensuite les enfants chez leurs amis.
Les
appartements libres pour le mois de mars se faisaient
rares et l'état de ceux qu'elle visita ne l'enchanta
guère, mais elle ne se découragea pas. Pendant deux
jours, elle fit visite après visite mais ne trouva
rien. Le seul appartement qu'elle vit qui fut situé
dans leur ancien quartier était en piteux état et
terriblement sale.
Ce
furent donc trois têtes penaudes qui reprirent la
route, le dimanche soir, vers le château maudit.
De
retour à la maison, elle tenta de trouver une solution
et la pression du mois à rebours pour le retour au
boulot lui fit prendre sa décision. Le lendemain, elle
téléphona à nouveau au propriétaire de l'affreux
appartement et lui dit qu'elle serait là, mardi midi
sans faute, pour signer le bail.
Dès
que les enfants furent partis pour l'école, elle prit
la route et revint le soir même pour l'heure du souper
avec le bail en main.
- C'est parti les enfants! leur annonça-t-elle en brandissant le bail en l'air.
Ensuite,
White téléphona à Julie pour lui demander son aide.
Julie, une petite fée dont elle fit la rencontre lors
de son retour aux études, venait faire le ménage chez
elle. White, n'ayant plus de temps pour elle et encore
moins pour nettoyer, avait décidé d'engager une dame
pour faire le ménage. Julie devint rapidement une bonne
copine. Elle fut ravie d'avoir de ses nouvelles et
accepta volontiers de l'aider à retaper l'appartement.
Selon les dates de la remise des clés du 8 mars et le
14 mars, date promise à James, elle n'aurait que
quelques jours pour tout nettoyer et s'installer avant
son retour au boulot.
Mais elle y arriverait.
Lorsqu'elle
annonça leur départ à Tom, il ne parut nullement
surpris et proposa même de les aider à s'installer.
- Tu es content à ce point, petit Tom?
White
aurait pu refuser son aide mais préférant se dire qu'en
déménageant ici avec lui, elle s'était départie de la
grande partie de son mobilier, lui qui préférait
acheter du neuf, elle décida d'accepter l'aide, peut
importe quelle en serait la nature.
Une
semaine avant le grand jour, des dizaines de cartons
encombraient le premier et Tom resta à la maison. Il
lui prodigua ses plus belles attentions des premiers
jours et fut gentil à l'extrême, allant même jusqu'à
lui dire qu'elle allait lui manquer.
- C'est ton choix White. Moi, je n'ai pas voulu cela.
- Tu veux rire, n'est-ce pas?
- C'est toi qui as décidé de me quitter, que veux-tu que je te dise?
-
N'essaie pas de jouer avec mon coco! Il y a des
médecins spécialisés pour ton cas, tu sais ça? C'est
fini tes petits jeux de culpabilisation frénétiques. Si
tu veux faire pitié et que l'on te plaigne de ton
malheur comme tu as l'habitude de le faire, va raconter
ton histoire malheureuse remplie de tes mensonges aux
autres!
Durant
cette dernière semaine, même si les propos de Tom la
rendirent parfois confuse, elle surprit assez de
conversation entre lui et sa femme pour s'éclaircir les
idées et partir la tête haute.
Le
matin du 7 mars, ils quittèrent l'Ontario avec leurs
effets personnels, le reste devant arriver quelques
jours plus tard par camion. De petites larmes de
tristesse et un peu d'appréhension pour l'étape
suivante, bien sûr, mais avec un énorme soupir de
soulagement sans aucun dernier regard en arrière, ils
quittèrent, espérant ne plus jamais y remettre les
pieds.
Lorsque
White sentit un petit serrement au cœur et se
questionna sur ce qui les attendait, un message de Marc
lui vint à l'esprit, telle une bouée.
Les vrais combats se mènent à froid, White.
L'important c'est ce que tu vaux et ce que tu veux.
Deviens un rouleau compresseur.
Un
rouleau compresseur ne court pas après les lièvres (les
méchants), mais rien ne l'arrête ni ne le dévie de son
chemin.
Apprends à dire, JE VEUX… (pas je devrais) c'est un exercice à faire constamment.
Tout
transformer ce que tu veux dire en JE VEUX CECI OU
CELA. Tu verras si on veut te suivre.
On verra ensuite si tu veux un mec qui suive, mais cela c'est après, tu comprends?
- Oh oui, je comprends! se dit-elle en posant le pied sur l'accélérateur.
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