|
Le
dimanche soir, elle alla chercher les enfants à la
gare. Comme d'habitude, ils étaient grognons et sont
descendus à leur chambre l'air renfrogné. White sait
bien qu'ils espèrent ne plus avoir à revenir ici et que
cette situation leur demande beaucoup trop qu'ils ne
peuvent endurer.
Le
levé du lundi matin se faisait toujours plus
difficilement après ces retours, provoquant mauvaise
humeur et disputes jusqu'à l'arrivée de l'autobus
scolaire.
-
Je sais, mes amours…. je sais. Dès que je le peux, je
vous promets que nous partirons d'ici et de ne plus
jamais vous faire subir un pareil calvaire,
murmura-t-elle en leur faisant signe de la main en
voyant l'autobus disparaître.
-
Mon Dieu, je ne sais plus quoi faire ni comment vous
prier, je vous en supplie, envoyez-moi juste un petit
signe!
Elle
monta ensuite l'escalier menant à sa chambre avec son
café et s'installa à son bureau devant son ordinateur
pour visionner les nouvelles offres d'emploi. Un
courriel l'attendait. Croyant y lire un message
d'Hélène, elle l'ouvrit tout de suite pour réaliser que
le contenu du message avait une toute autre intention
qu'un simple bonjour de son amie. Il provenait de son
ancien patron.
Bonjour White,
J'espère que tout va pour le mieux pour toi.
Il
y a une belle opportunité d'emploi au sein de notre
entreprise et je crois que les tâches y étant reliées
pourraient fortement t'intéresser.
Je
te laisse mon numéro de portable et t'invite à
communiquer avec moi afin d'en discuter. Je souhaite
recevoir de tes nouvelles très prochainement.
James.
White décrocha le combiné sans attendre et téléphona à Hélène.
- Hé, Salut!
- Salut White, comment vas-tu?
- Hélène, je viens de recevoir un courriel de James!
- Je sais, dit-elle d'un ton taquin qu'elle reconnut facilement.
- Comment ça, tu sais?
-
J'ai dit à Marcel que tu voulais revenir dans le coin
et puisque James ne s'entend pas très bien avec la
nouvelle, je suis certaine que Marcel lui en a glissé
un mot.
-
J'aimerais tant accepter ce boulot tu sais?
s'enthousiasma White. Mais comment vais-je faire pour
revenir m'installer si je n'ai plus rien?
-
Prend les choses une à la fois White, lui répondit son
amie. Commence par discuter de ta situation avec James
et tu verras bien!
-
Tu as raison. Je vais lui téléphoner mais avant, je
vais me calmer un peu, dit-elle d'une voix tremblotante.
-
Tu m'en donneras des nouvelles, promis? lui
demanda-t-elle, ce que White s'empressa de faire.
Le bonheur est à ta porte White, furent les mots qui lui vinrent à l'esprit.
- Oui Metzaël, je sais, répondit-elle, le souffle court.
Elle
but le silex de café en entier et lorsqu'elle s'en
sentit le courage, elle téléphona à James pour discuter
de son offre. Il fut surpris qu'elle soit encore en
Ontario, la croyant déjà installée à Montréal.
Lorsqu'elle lui fit par des motifs de son hésitation,
il lui répondit que dans de telles situations, il n'y
avait pas de problème mais que des solutions. Et des
solutions, il en avait pour elle.
-
Si tu peux me confirmer que tu pourras reprendre ton
poste d'ici un mois, nous
te donnerons un petit coup de pouce financier pour t'installer et serons très contents de te compter à nouveau parmi nous.
Elle hésita à peine deux secondes avant de lui répondre qu'elle y serait sans faute.
Aussitôt
qu'elle raccrocha le combiné, White téléphona à Hélène
pour lui faire part de la merveilleuse nouvelle et au
timbre de sa voix, elle fut émue de réaliser à quel
point cela lui faisait plaisir, à elle aussi.
- J'ai hâte de te revoir, lui dit-elle.
- Moi aussi.
Elle raccrocha le combiné, tout sourire, les yeux ronds et le cœur battant la chamade.
- Tu avais raison Metzaël, je n'avais pas besoin de chercher du travail….il m'a trouvée.
Lorsque
les enfants revinrent de l'école, White leur annonça
que le week-end suivant, ils iraient se promener à
Montréal. À voir son sourire et son excitation à peine
contenue, ils sautèrent de joie et se mirent à crier.
Dannie lui sauta dans les bras et Carl l'agrippa de
toutes ses forces.
White les serra contre elle et ils se mirent à sautiller sur place comme de grosses grenouilles.
-
Il y a beaucoup à faire, voulut-elle les prévenir. Il
faut d'abord nous trouver un appartement, ce qui ne
sera pas facile en cette période de l'année,
tenta-t-elle de leur expliquer en hurlant presque pour
couvrir leurs cris de joie. Nous essaierons d'en
trouver un dans notre ancien quartier ainsi, vous
pourrez fréquenter les mêmes écoles, d'accord?
Elle
aurait bien pu leur annoncer qu'ils vivraient dans un
igloo, elle savait qu'ils s'en seraient foutu,
tellement ils étaient contents d'entendre enfin les
mots magiques qu'ils espéraient tant.
-
Nous allons partir d'ici, dit-elle encore une fois,
incrédule de s'entendre les prononcer.
Il
fut convenu que cela resterait un secret jusqu'à ce que
tout soit en place pour leur départ. Ne sachant pas
quelle serait la réaction de Tom en apprenant la
confirmation de leur sortie de scène, ils n'auraient
pas à s'inquiéter de mauvaises surprises de sa part,
s'il n'en savait rien.
- Vous êtes si beaux lorsque vous souriez ainsi!
- Je t'aime maman, lui dit sa Dannie en la serrant fort dans ses bras.
- Moi aussi, j't'aime m'man! ajouta Carl en imitant sa sœur.
- Enfin une étreinte……. Merci mon Dieu.
ette
nuit-là, White fit un rêve à répétition comme une mise
en scène que l'on pratique pour l'améliorer. Au début
de chaque répétition, elle entendit les mots :
Le bonheur est à ta porte.
Et
à chaque fois, elle voyait un être lumineux qui
attendait dehors devant la porte d'entrée et la scène
s'arrêtait là.
Puis,
à la fin du rêve, elle se voyait aux côtés de Metzaël
qui dirigeait une lumière vers elle.
Ensuite,
elle se vit, prête à ouvrir la porte d'entrée. Le
bonheur était là sous forme d'un être bleu entouré de
lumière. Sans même y penser, elle ouvrit la porte et
comprit ce qui allait se produire. La porte s'ouvrit et
l'être lumineux la serra dans ses bras, l'enveloppant
de sa lumière pendant que des feuilles d'arbres
multicolores tournoyaient autour d'eux.
|