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Déjà février, annonçant presque la fin de l'hiver qui fut doux et quasi sans neige.
-
À Kingston, les hivers sont bien différents de ceux de
Montréal, lui avait expliqué Tom, au début de l'hiver.
Étant dans une plaine, les vents font des mouvements
circulaires et sont plus doux. Les flocons ont le temps
de se réchauffer avant de toucher le sol et c'est
pourquoi il y a plus de grésil et de glace qu'il n'y a
de neige, par ici.
-
Je préférais lorsque nous habitions North Bay. Là au
moins, nous avions un vrai hiver avec plein de neige.
- Tu sembles oublier que tu pelletais tous les jours, lui avait-il rappelé, pour se moquer.
-
Tu saisi très bien que ça ne me dérangeait pas du tout!
lui avait-elle répondu, sur la défensive. J'adorais la
neige là-bas et par-dessus tout, on ne sentait jamais
le froid nous transpercer comme ici.
Ce
froid sec que l'on ne sent pas et qui, si on n'y prend
garde, brûle la peau, sans merci.
Ayant
compris que pour l'instant elle ne pourrait partir par
ses propres moyens, elle décida de continuer à se
chercher du travail.
-
Si j'y arrive, je pourrai rebomber mon compte en banque
et lorsque je serai prête, je retournerai chez moi,
dans la province juste à côté.
- Ça fait des mois que tu chantes la même rengaine.
-
Cette fois-ci, tu verras, c'est la bonne. Mais d'ici
là, je continuerai à jouer à celle qui ne voit rien,
n'entend rien, mais le jour viendra. Tant que mes nerfs
tiendront le coup, je trouverai la force de continuer.
Depuis
qu'elle avait découvert que la veille de Noël Tom avait
passé la soirée avec ses enfants et leur mère, il ne
lui permit plus d'ouvrir son courrier ni de faire le
ménage de son bureau. Elle y avait découvert de longues
conversations téléphoniques avec elle sur son relevé de
compte de cellulaire, ainsi que des appels en partance
de bien moins loin que le lieu où il devait se trouver,
pour son boulot.
-
Tu te fais des idées, White. Je n'ai d'amour que pour
toi, lui affirma-t-il. Crois-tu que j'aurais fait tout
cela sans amour pour toi? Je n'ai voulu que passer du
temps avec mes enfants et pour leur faire plaisir, à
leur demande, j'ai accepté que leur mère nous
accompagne au restaurant.
Elle
ne put néanmoins que se demander quelle était la part
de vérité dans ses propos et jusqu'à quel point un
homme pouvait jouer ainsi avec les gens.
-
Comment peut-il continuer à aimer deux femmes et jouer
ainsi au yoyo avec nos sentiments?
- Ne crois-tu pas que son désir ultime est de vivre avec ses enfants, et non avec elle?
-
Je crois qu'au début, il m'a aimé sincèrement, voyant
en moi celle qui aurait pu lui permettre de réaliser
son rêve.
-
Ouais mais maintenant, pour être avec ses enfants, il
tente de jouer toutes les cartes possibles, peu importe
le mal qu'il peut causer autour de lui.
- En éprouve-t-il du remord parfois? Croit-il que tout peut s'oublier?
-
Tu sais que Dannie et Carl sentent bien que rien ne va
plus et n'attendent que les mots magiques pour remplir
leurs cartons et enfin retrouver leurs amis! Tu les
fais souffrir par ton manque d'initiative!
- Je sais, ça crève les yeux, avoua-t-elle. Leurs amis leur manquent terriblement.
-
Cependant, tu sais qu'en attendant de trouver une
solution, tu dois t'appliquer de ton mieux afin de
persuader les enfants que tout va bien.
- Je sais… j'y veille.
Étrangement,
elle réussit à tempérer ses échanges avec Tom, sachant
qu'il lui dissimulait constamment la vérité et imposait
sa volonté par les manigances, le silence et
l'indifférence. La majorité de ses problèmes reposant
sur le manque d'argent et la justification de ses
décisions, sur l'incompréhension des gens. Alors,
lorsqu'elle sentait son petit jeu de manipulation se
pointer, elle feignait de lui donner toute son
attention, ne lui posant aucune question et ne
réagissait pas. Lui, étant habitué à ses rebuffades et
à ses colères, en perdait contenance et ne trouvait
plus les mots pour provoquer une dispute avec elle. Il
ne lui était alors plus possible de justifier ses
manigances avec comme excuses, ses sautes d'humeur ou
ses crises à elle.
Il
l'ignora peut-être encore plus, ne sachant plus quelle
attitude adopter avec elle, mais ses sentiments et ses
émotions à elle demeuraient intactes. Elle n'eut plus à
se culpabiliser des conséquences de ses paroles ou de
ses moindres faits et gestes.
Lorsque
Tom se trouvait à la maison, White quittait dès le
départ des enfants pour l'école pour faire ses courses
et ensuite, se rendait près du lac avec ses lectures.
La vue du soleil plombant sur le lac gelé, d'une pure
merveille, l'apaisait agréablement, faisant taire ses
tourments et elle revenait à la maison calme et
souriante.
Lorsque
Tom était à l'extérieur de la ville, White méditait une
petite demi-heure l'après midi.
-
J'aimerais tant connaître le nom de ce guide qui me
fait vibrer si intensément à chacune de nos connexions.
-
Pourtant, tu dois savoir que pour certains, le moyen de
se faire reconnaître peut se faire de maintes façons et
qu'un nom n'est pas toujours nécessaire!
- Ne joue pas au prof, toi!
- Mais je ne joue pas, voyons! Elle a lu cela dans son livre!
-
C'est bien pour cette raison que je n'insiste pas mais
j'aimerais bien connaître son nom.
Lorsque
White voyait des tourbillons verts emplir sa tête et
ressentait ce frisson particulier qui lui donnait la
chair de poule et envie d'uriner, elle savait qu'il
était là.
Il lui arrivait parfois de la prendre par surprise.
Ce
matin, se trouvant devant le frigo, elle le sentit
soudain et dut s'arrêter, son corps vibrant avec une
telle intensité qu'elle s'était mise à pleurer
tellement l'amour ressenti la submergea toute entière….
il était 11h11.
Certains
petits phénomènes oubliés depuis longtemps ont
recommencé à se produire, ce qui l'amusa. Lorsqu'elle
se rendait au centre commercial, elle avait son
stationnement attitré. Peu importe l'allée dans
laquelle elle s'engageait, il se trouvait toujours une
place pour elle à sa gauche, au troisième ou quatrième
espace. Aussi, lorsqu'elle se posait une question, ses
voix ou son intuition la dirigeaient gentiment vers la
réponse.
-
Est-ce Tom est redevenu fidèle? Est-ce que ses
sentiments sont maintenant sincères pour moi, comme il
continue à me le répéter?
- Pourquoi n'irais-tu pas au casier postal pour prendre le courrier?
Une
seule enveloppe s'y trouvait, celle du relevé de
téléphone cellulaire de Tom qu'il n'avait pas pu
prendre avant elle, cette fois-ci. En ouvrant
l'enveloppe interdite, elle y découvrit des appels
effectués en pleine nuit. Il lui fallut peu de temps
pour découvrir que Monsieur faisait appel à des
services féminins lors de ses longues absences. Fautive
mais ravie de la réponse à sa question, elle jeta la
facture à la poubelle. Un simple appel au fournisseur
lui rendrait une copie de la facture s'étant
malencontreusement perdue dans le courrier.
Vers
19 heures, les enfants étant occupés à leurs travaux
scolaires, White alla frapper à la porte de sa voisine
d'en face pour une petite promenade. Dans ce quartier
snobinard aux trottoirs nettoyés avec tant d'attentions
par les propriétaires, elle s'en était fait une
précieuse alliée. Élisabeth, une femme dans la
quarantaine et d'une gentillesse désarmante, aimant se
dévouer pour les siens, suit depuis peu des cours
spécialisés afin de s'occuper des aînés. Ayant perdu
son emploi comme gérante dans une bijouterie qu'elle
occupait depuis plus de dix-huit années, la perspective
de cette nouvelle carrière lui redonne confiance en
elle.
-
Bonjour toi! l'accueillit Élisabeth. Donne-moi une
petite minute que je sorte Sammy du bain et j'enfile
mon manteau.
Elle laissa White dans l'entrée et remonta l'escalier en vitesse.
-
Pas de problème, prends ton temps, la rassura White,
comprenant l'empressement de son amie qui s'occupait de
sa plus jeune.
Seule
dans l'entrée, elle s'adossa à la porte pour écouter
les rires de Sammy et Kevin se montra le bout du nez,
du pas de la porte de sa chambre.
- Salut! lui dit-il en s'en retournant dans sa cache lorsqu'elle lui eut répondu.
Élisabeth
revint, essoufflée, tout en s'assurant que sa plus
vieille s'occuperait de sa cadette pendant son absence.
Elles
prirent la direction du parc d'où elles pourraient
s'engager sur la piste piétonnière.
-
Tu parles d'une belle soirée! s'exclama Élisabeth en
prenant une bonne bouffée d'air frais.
- Tu crois que ce froid va persister encore bien longtemps? lui demanda White.
-
Pour un mois de février, cela me surprend beaucoup mais
tu verras, d'ici deux ou trois semaines, ce sera chose
du passé.
Elles
marchèrent en silence pendant un moment, admirant le
ciel dégagé et profitant de ce moment de quiétude.
- Et tes cours, comment ça se passe? lui demanda White pour briser le silence.
-
Très bien et tu sais quoi? Sous les encouragements de
mon professeur, j'ai commencé à postuler dans les
hôpitaux de la région.
-
Je suis contente pour toi, la félicita
White. On dirait que plein de belles choses s'annoncent, en fin de compte!
- C'est vrai, l'assura son amie d'un sourire.
-
Tu auras bientôt un nouveau boulot, tu as perdu du
poids et es radieuse, tes enfants vont bien, tu as un
mari merveilleux qui t'encourage dans ta démarche… que
pourrais-tu demander de plus?
-
Tu as raison. Moi qui craignais voir mon monde
s'écrouler lorsque j'ai perdu mon emploi, je suis une
femme comblée,
l'assura son amie. Et toi, quelles sont tes intentions? lui demanda-t-elle, consciente des soucis de White qui lui en avait touché mot.
-
Pour l'instant, pas grand chose, admit White. Comme tu
le sais, j'espère trouver du boulot pour amasser des
sous avant de partir mais je n'en trouve pas, c'est
décourageant.
- Tu as discuté avec Tom de tes intentions?
- Il ne le sait pas encore.
- Tu souhaiterais que les choses s'arrangent, hein? lui dit son amie avec un clin d'œil.
-
Peut-être, admit White. Ce serait la solution la plus
simple mais aussi, je suis consciente que ça resterait
tendu entre nous encore bien longtemps.
- Tu espères que sa femme vous laissera tranquilles, c'est ça?
- Peut-être aussi, mais non… cela n'arrivera jamais, dit White en accélérant le pas.
-
T'ai-je dit que Christie a été acceptée par une agence
de mannequins? lui lança son amie, ravie d'annoncer
quelque chose de joyeux pour faire diversion.
- Elle doit être si contente! lui répondit White, fort contente de la nouvelle.
- Ça, il n'y a pas à en douter. Elle flotte, ma grande, dit fièrement son amie.
Le
silence s'imposa à nouveau entre elles mais l'exercice
les satisfaisant à lui seul, elles en profitèrent pour
accélérer encore le pas.
- Tu as pensé à prendre contact avec tes amis de Montréal?
La question surprit White.
- Peut-être auraient-il des suggestions de boulot pour toi, là-bas! ajouta Élisabeth.
White secoua la tête.
- Je ne sais pas mais j'y penserai.
White
reprit contact avec son ancienne compagne de travail,
Hélène, qui fut ravie de recevoir de ses nouvelles et
fort peinée que son beau rêve n'ait pas fonctionnée. Sa
conversation avec Hélène lui fit prendre conscience de
son ennui pour son ancien boulot, laissé pour venir à
Kingston. Ses patrons et compagnons de travail, des
gens gentils, lui manquent énormément.
Hélène
lui dit aussi avoir peine à s'entendre avec celle qui
occupe maintenant son ancien poste et que leurs
échanges animés lui manquent beaucoup. White lui fit
part de son intention de revenir dans la région et
promit de la revoir le plus tôt possible afin de
discuter devant un bon café.
Après
la fin des classes des enfants, White irait les
reconduire à la station de train pour un week-end à
Montréal afin de visiter leur papa. Tom serait à
New-York jusqu'à la fin de la semaine prochaine, alors
White avait bien l'intention de profiter des deux
prochains jours.
Au
réveil, White regarda dehors et vit le soleil briller.
Elle se leva, pris son café et fit l'incontournable
ménage de la maison.
La
journée s'annonçait douce et elle décida de prendre ses
gants pour se rendre en forêt au lieu d'aller au parc
pour oxygéner ses poumons. Lorsqu'elle stationna sa
voiture sur le bas côté de la route, elle constata ne
pas être la seule à avoir eu cette fabuleuse idée. Près
de dix voitures y étaient déjà stationnées et des gens
s'engageaient sur les sentiers. À cet endroit,
entretenu par les autorités gouvernementales, il était
possible de se balader durant des heures sur les
nombreux sentiers de la forêt, où y courre une petite
rivière dont White adorait entendre la musique. Un
endroit calme et enchanteur pour les amoureux de la
nature comme elle.
De
retour à la maison, un peu étourdie du plein d'oxygène
et de sa longue marche en compagnie des petits oiseaux
de la forêt, elle décida de faire une petite sieste.
-
Alors petit guide, as-tu quelque chose à me dire
aujourd'hui? dit-elle en souriant avant de s'étendre
sur son lit.
Metzaël!
- Quoi? dit-elle en se relevant d'un trait.
White
n'eut pas le temps d'en demander plus. Elle fut frappée
par une lumière verte qui l'aveugla et dû se protéger
les yeux de son bras, tellement la lumière fut vive.
Metzaël,
Metzaël, se mit à chanter la lumière, en dansant
maintenant derrière ses yeux clos.
- C'est ton nom? demanda-t-elle le cœur gonflé de joie.
Oui petite fleur, Metzaël, ajouta-t-il encore.
Et elle vit son visage.
Un
homme avec de belles grosses joues, aux cheveux blancs
et souriant, se présenta à elle.
-
Je reconnais ce visage….. oui, je t'ai vu toi lorsque
j'ai reçu cette boule blanche en cadeau, murmura-t-elle
ravie.
- C'était toi?
Oui, Metzaël… l'histoire du bisou, ajouta-il encore, tout sourire.
- Bisou? demanda-t-elle, intriguée.
Il
lui envoya un baiser et elle sentit son énergie la
faire vibrer, passant d'abord par son dos pour la
parcourir d'un long frisson, lui donnant une envie
familière… cette envie irrépressible d'uriner. Puis il
disparut, amenant avec lui cette belle lumière verte.
Elle
se leva d'un bond, tout excitée et se mit à danser au
pied de son lit. Elle leva les bras et remercia le ciel
pour ce cadeau.
-
Metzaël, répéta-t-elle sans cesse en envoyant des
baisers à travers la pièce. Merci, mille fois merci,
Metzaël!
Le cœur léger, elle descendit à la cuisine pour faire une razzia dans le frigo.
- J'ai une faim de loup!
Le
soir venu, elle se connecta sur le forum et ses doigts
se figèrent son clavier, la laissant pantoise, la
bouche grande ouverte.
Marc,
un nouveau membre, avait posté un nouveau message dont
le titre était…. L'histoire du bisou.
L'histoire du bisou
Maman a le droit d'aimer gratuitement et dit à son fils :
D'abord, je t'aime et maintenant, tu fais ce que tu veux.
Et personne ne voit mal des bisous d'une mère.
Papa,
sur lequel repose le poids de l'éducation (société),
pense qu'il n'a pas le droit de donner des bisous
gratuitement et donc, il dit à sa fille :
D'abord,
tu ranges ta chambre et après, tu as un bisou. Tu fais
la vaisselle et après, tu as un bisou.
Si un père embrasse trop sa fille, on se méfie de son comportement.
Par
la suite, le garçon devenu un homme, demande un bisou
(amour) sans rien offrir et s'il ne le reçoit pas, il
fait grève.
Et
la fille, devenue femme, pense qu'elle doit d'abord
fournir une prestation pour avoir le bisou
(reconnaissance) et donc, elle se plante, car on ne lui
donne pas le bisou après son travail.
Alors,
elle fournit encore plus, pensant que là, elle va
l'obtenir et on ne lui donne toujours pas le bisou et
là, elle s'écroule sans comprendre pourquoi.
Apprend
que le seul fait d'exister devrait suffire à justifier
l'amour que l'on a pour toi, et fais grève si on ne te
le donne pas, même sans rien donner en échange.
Tout
de suite, White lui envoya un message privé, lui
demandant d'où il tenait cette histoire et par hasard,
il vint se connecter lui aussi au même moment.
Elle attendit donc sa réponse avec impatience qui arriva quelques minutes plus tard.
- Je suis bien content que tu aimes ma petite histoire, White Flower.
Mais pour répondre à ta question, je t'écrirai ceci :
Cela
fait plusieurs jours que je viens lire vos messages et
j'ai remarqué que la plupart des membres ici sont des
dames. De gentilles dames qui pour la plupart, ont
toutes une histoire malheureuse à raconter sur les mecs
qui ne savent pas les écouter ou qui en ont souffert.
Moi,
qui côtoie et rencontre de nombreuses femmes durant
une journée, suis le premier à les écouter dans l'exercice de mes fonctions. Lorsqu'elles me racontent leurs tourments et ont du mal à identifier leur place en ce monde, je leur raconte cette petite histoire à titre d'intro avant que ne commence le vrai travail.
Alors
ce soir, avant d'aller au lit, j'ai pensé à vous et ne
trouvant pas le sommeil, pour je ne sais quelle raison,
je me suis levé afin de vous l'écrire.
Je
retourne me coucher mais avant de faire, je vais
t'avouer que depuis hier, tu occupes beaucoup mes
pensées. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ainsi.
Ici,
il est six heures de plus que chez toi chouchou alors,
je te laisse là-dessus et te souhaite bonne réflexion.
Bisous,
Marc.
- Une histoire comme intro avant le vrai travail! Mais qu'est-ce qu'il raconte?
-
Il dit raconter cette histoire en travaillant alors il
doit être thérapeute ou psychologue, quelque chose du
genre en tout cas.
- En plus, il pensait à moi, moi qui habite en décalage horaire de six heures.
-Wow! Tu parles d'une farce!
- Ben quoi, tu ne trouves pas cela super, toi?
- Tu ne vas pas tomber dans le panneau d'un tombeur encore une fois?
- Hé, il a écrit l'histoire du bisou dont Metzael a fait mention aujourd'hui!
- Et puis quoi encore!!!
- Dis ce que tu voudras, moi, je trouve ça fabuleux!
-
C'est bien joli tout ça mais n'as-tu pas remarqué que
depuis un certain temps, tu discutes avec nous à haute
voix? Tu devrais perdre cette habitude, petite fleur.
- Tu as raison, je ferai attention.
White
imprima son histoire avant de fermer son ordinateur et
la relut plusieurs fois, assise sur son lit.
-
Question bisous d'une maman ou d'un papa, je ne m'y
connais pas vraiment, admit-elle. Je n'en ai pas eu
beaucoup, même qu'on arrive même pas à se frôler
l'avant bras sans frémir. Mais je peux tout de même
comprendre le raisonnement de l'histoire de Marc.
- Comment cela?
-
Je lis des histoires et regarde la tété comme la
plupart des gens alors… si je m'imagine le scénario en
suivant son histoire, je peux facilement concevoir que
selon ce genre d'éducation, un homme puisse tendre à
faire de même avec sa compagne.
Elle réfléchit un moment, l'index posé sur son menton.
-
Au début d'une relation, je crois que la question ne se
pose pas vraiment puisque l'un et l'autre font
attention et tout ce qu'ils croient nécessaire afin de
plaire à l'autre mais ensuite, l'histoire du bisou
prend place et devient une habitude.
- Et comment crois-tu que cette histoire puisse avoir un rapport avec toi?
-
Combien de fois ai-je voulu plaire, faire plaisir à mon
homme afin d'obtenir un sourire, un câlin, un bisou?
- Ben ça, faut avouer que c'est l'histoire de ta vie, hein?
- Lorsqu'il ne venait pas, que faisais-je pour essayer d'en avoir un?
- Tu chialais comme un gros bébé la couche pleine, voilà!
- C'que tu es bête, toi!
-
Mais il a tout de même raison! Je chialais et j'en
faisais encore plus et lorsqu'il ne venait pas malgré
mes surgentillesses et mes surcasse-têtes imaginatifs,
j'en venais à douter de moi.
-Et eux, ils te laissaient tout le travail, hein?
-
Vrai, admit-elle. Eux, ils n'avaient pas besoin de
faire des prouesses pour que je veuille leur en donner
un, j'en donnais volontiers. Je leur pardonnais à
chaque fois jusqu'au jour ou ma banque de pardons
s'épuise et que je pète ma crise.
- Ben là, on le sait tous que tu es une criseuse née!
-
Hé, n'oublies pas que depuis un certain temps, on n'a
plus droit à des crises de larmes de notre grande
fille, dit la voix d'un ton réprobateur relativement à
l'intervention du trouble tête.
-
Mais par le passé, combien de fois en suis-je venue à
la péter ma crise et ensuite m'effondrer?
White
se leva de son lit pour prendre la photo de ses parents
sur son bureau et se regarda dans la glace.
-
Je ne me souviens pas d'une fois avoir reçu un tendre
bisou de maman ou de papa. Pourtant, je faisais ce
qu'on me demandait…. mais il ne venait pas,
marmonna-t-elle en faisant la moue, comme une enfant
que l'on vient de gronder.
Elle
retourna sur son lit, posa le papier sur ses genoux et
se mit à soupirer, le regard tourné vers la fenêtre
d'où elle put voir le croissant de la lune qui brillait
en solitaire, un petit sourire triste dessiné à sa base.
-
Ton histoire me rend triste Marc, très triste. Tu me
fais réaliser que depuis toute petite, on me dit
gentille, prévenante et agréable. Qualités que je me
suis toujours efforcée et appliquée à présenter, peu
importe, croyant qu'ainsi on m'aimerait, dit-elle en
s'adressant au texte devant telle. Combien de fois
ai-je crains qu'on ne m'aime pas si je n'étais pas
gentille? Combien de fois ai-je tue mes propres désirs
pour plaire aux autres afin d'être appréciée? Combien
de fois me suis-je éloignée volontairement des gens par
peur de leur jugement, me punissant moi-même?
- Tu as toujours agis ainsi.
-
Oui et pourtant, même si les gens ont leur petit
caprice et ne sont pas toujours gentils, je leur trouve
toujours un petit quelque chose et continue de les
aimer!
- Bof… pas tous mais en général, oui.
-
Alors, tu dis que je peux faire grève si on ne me donne
pas de bisous? Tu dis que le simple fait d'exister est
sensé suffire afin que l'on m'aime et que je reçoive
des bisous?
- J'aimerais bien voir ça.
-
Oui, j'aimerais bien que l'on m'apprécie et que l'on me
couvre de bisous pour ce que je suis et non parce que
je m'efforce de faire plaisir.
- Oui, j'aimerais bien voir ça… Dans la semaine des trois lundi et cinq vendredi, ouais!
- Ferme-là, toi! Tu ne vois pas qu'elle est triste, notre petite Whitie?
- Merci pour ton histoire Marc, chuchota-t-elle avant d'aller au lit.
-
Toi, Tom, fini les bisous! Si tu n'arrives pas à
m'aimer sans que je t'en donnes, tant pis pour toi,
lanca-t-elle les larmes aux yeux.
-
Et toi, Metzaël, je t'en donne sans que tu n'aies à en
demander parce que j'en ai envie.
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