- J'ai tout essayé!, dit-elle, baissant les épaules, lasse.
Impossible de trouver du boulot et les gens lui semblaient même, aucunement vouloir démontrer un minimum de politesse pour discuter en français avec ses
enfants qui eux, faisaient des efforts afin de s'en faire comprendre.
- Ils sont tout petits, voyons! laissa-t-elle échapper.
Depuis que Tom avait perdu sa cause afin d'obtenir la garde de ses enfants, il lui faisait des cachettes. Il voyait sa femme, celle qu'il avait voulu faire passer
pour folle et inapte à s'occuper des trois petits.
** Si tu n'y prends pas garde, tu risques de perdre la raison encore une fois.
- Je ne sais plus que croire, dit White, tourmentée. Je n'ai pas été stupide au point de suivre un homme qui m'a menti! Il y a sûrement une explication,
voulut-elle se convaincre.
White avait déménagé en vitesse, laissant boulot et amis en croyant qu'il avait
besoin de son aide et qu'il l'aimait. Il avait acheté cette maison pour elle, qu'il disait.
- Il n'a pas pu faire tout cela seulement dans le but de gagner contre sa femme ou pour la punir de ne pas être assez forte!
* Et qui te dit qu'il n'a pas fait tout cela et n'avait besoin que d'une autre femme pour s'occuper de ses enfants pendant ses absences? Et toi, stupide et naïve
comme tu es, tu es tombée dans le panneau, hein!
- Ne dis pas cela… Tom m'aime mais pour une raison que j'ignore, il…
* Foutaises, espèce de tête de linotte! Ne comprends-tu pas que c'est lorsqu'il a eu la confirmation que ses enfants ne vivraient pas avec lui en permanence,
que tout a changé!
** Cesse de la tourmenter…
* Tu sais que j'ai raison alors ferme-là, minus de bonne conscience! Toi aussi,
depuis des semaines, tu as commencé à percer ses petits jeux égoïstes!
** Nous ne sommes pas là pour juger, laisse-là tranquille, elle peut bien penser
à tout cela par elle-même.
* Mais de quoi tu parles! Tom la repousse, il l'ignore et en plus, il ne fait que jouer avec elles!
- Pour une rare fois, je te donne raison. On dirait que nous sommes deux femmes prises dans ses toiles de mensonges empoisonnés. Des toiles de
folie, ajouta-t-elle avec tristesse.
- Tant de manigances! Pourquoi n'ai-je pas compris, avant?
* Ouais… tu as passé trois longues années de tourments, de peine et de
désaccords avec ta famille pour un homme comme ça.
- Pourquoi n'ai-je pas compris auparavant les vrais desseins de Tom? J'étais si forte avant lui.
Elle aurait voulu plus que tout s'en aller loin d'ici, mais n'en avait pas la force ni les ressources. Il lui sembla avoir perdu sa fierté, elle qui depuis quelques
années ne baissait plus les bras. Cette fois-ci, elle aurait tant voulu demander de l'aide mais la honte du jugement lui scellait les lèvres.
- Que vais-je faire maintenant? Où vais-je aller? dit-elle tout haut. Quelle vie vais-je offrir à mes enfants?
* Lorsque les enfants reviennent de l'école, tu feins de vaquer à tes occupations, tu tentes de donner l'impression que vous menez une vie normale.
- Je sais mais que puis-je faire d'autre?
* Ne te rends-tu donc pas compte qu'obstinément, il se troue constamment
quelque chose pour vous rappeler que votre peine empeste l'atmosphère, que la tension dans cette maison devient de plus en plus lourde à supporter pour tout le monde!
** C'est vrai White… tes enfants ne sourient plus, on dirait qu'ils cherchent sans cesse à tester tes limites de patience qui te font de plus en plus défaut et
cela te projette vers un monde de crises de larmes silencieuses mais.. ils ne sont pas dupes. Ils savent que tu pleures souvent.
- Vous savez… lorsque je les regarde, un mal profond me serre la poitrine et la culpabilité d'avoir perdu leur confiance me ronge à petit feu.
Les voix ne semblèrent n'avoir rien à ajouter et White accueilli ce moment de silence avec reconnaissance. Elle regarda autour d'elle et respira longuement.
- Comment donner l'espoir à mes enfants que la vie ici deviendra douce, que leur vie sera peuplée des rires et des jeux qu'ils auront avec leurs nouveaux
amis qu'ils se feront avec le temps? Comment les faire sourire en leur affirmant qu'ils finiront par aimer cet endroit isolé des quartiers francophones?
* Tu n'y crois même pas toi-même!
Lorsque tout le monde allait au lit, elle pouvait enfin se défaire de son armure et
laisser couler ses larmes. Tous les matins, au réveil, elle essaie encore de se dire que les choses vont s'arranger et qu'ils ne sont pas venus ici en vain.
* Crois-tu réellement que Tom va se réveiller et courir vers toi comme il le faisait autrefois?
- …
Que pouvait-elle répondre à cette question? Tous les soirs, lorsqu'elle tente de le joindre au téléphone avant d'aller au lit afin de lui souhaiter bonne nuit, il
s'obstine à ne pas lui répondre et ce sont ses larmes qui l'accompagnent jusqu'au moment de sombrer d'anéantissement dans le sommeil.