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Jeudi 3 août 2006 à 11 h 21
Monsieur
García Márquez souffre d'un cancer lymphatique. Son
état s'aggrave de jour en jour. Il a adressé cette
lettre d'adieu à ses amis.
«
Si pour un instant Dieu oubliait que je suis une
marionnette de chiffon et m'offrait un morceau de vie,
je profiterais de ce temps du mieux que je pourrais.
Sans
doute je ne dirais pas tout ce que je pense, mais je
penserais tout ce que je dirais.
Je
donnerais du prix aux choses, non pour ce qu'elles
valent, mais pour ce qu'elles représentent.
Je
dormirais peu, je rêverais plus, sachant qu'en fermant
les yeux, à chaque minute nous perdons 60 secondes de
lumière.
Je
marcherais quand les autres s'arrêteraient, je me
réveillerais quand les autres dormiraient.
Si
Dieu me faisait cadeau d'un morceau de vie, je
m'habillerai simplement, je me coucherais à plat ventre
au soleil, laissant à découvert pas seulement mon
corps, mais aussi mon âme.
Aux
hommes, je montrerais comment ils se trompent, quand
ils pensent qu'ils cessent d'être amoureux parce qu'ils
vieillissent, sans savoir qu'ils vieillissent quand ils
cessent d'être amoureux ! A l'enfant je donnerais des
ailes mais je le laisserais apprendre à voler tout seul.
Au
vieillard je dirais que la mort ne vient pas avec la
vieillesse mais seulement avec l'oubli.
J'ai
appris tant de choses de vous les hommes… J'ai appris
que tout le monde veut vivre en haut de la montagne,
sans savoir que le vrai bonheur se trouve dans la
manière d'y arriver.
J'ai
appris que lorsqu'un nouveau-né serre pour la première
fois, le doigt de son père, avec son petit poing, il le
tient pour toujours.
J'ai
appris qu'un homme doit uniquement baisser le regard
pour aider un de ses semblables à se relever.
J'ai
appris tant de choses de vous, mais à la vérité cela ne
me servira pas à grand chose, si cela devait rester en
moi, c'est que malheureusement je serais en train de
mourir.
Dis toujours ce que tu ressens et fais toujours ce que tu penses.
Si
je savais que c'est peut être aujourd'hui la dernière
fois que je te vois dormir, je t'embrasserais très fort
et je prierais pour pouvoir être le gardien de ton âme.
Si
je savais que ce sont les derniers moments où je te
vois, je te dirais 'je t'aime' sans stupidement penser
que tu le sais déjà.
Il
y a toujours un lendemain et la vie nous donne souvent
une autre possibilité pour faire les choses bien, mais
au cas où elle se tromperait et c'est, si c'est tout ce
qui nous reste, je voudrais te dire combien je t'aime,
que jamais je ne t'oublierais.
Le lendemain n'est sûr pour personne, ni pour les jeunes ni pour les vieux.
C'est
peut être aujourd'hui que tu vois pour la dernière fois
ceux que tu aimes. Pour cela, n'attends pas, ne perds
pas de temps, fais-le aujourd'hui, car peut être demain
ne viendra jamais, tu regretteras toujours de n'avoir
pas pris le temps pour un sourire, une embrassade, un
baiser parce que tu étais trop occupé pour accéder à un
de leur dernier désir.
Garde
ceux que tu aimes près de toi, dis-leur à l'oreille
combien tu as besoin d'eux, aime les et traite les
bien, prends le temps pour leur dire 'je regrette'
'pardonne-moi' 's'il te plait' 'merci' et tous les mots
d'amour que tu connais.
Personne
ne se souviendra de toi pour tes pensées secrètes.
Demande la force et la sagesse pour les exprimer.
Dis à tes amis et à ceux que tu aimes combien ils sont importants pour toi.
Monsieur
Márquez a terminé, disant : Envoie cette lettre à tous
ceux que tu aimes, si tu ne le fais pas, demain sera
comme aujourd'hui. Et si tu ne le fais pas cela n'a pas
d'importance. Le moment sera passé.
Je vous dis au revoir avec beaucoup de tendresse ».
Monsieur García Márquez est écrivain et prix Nobel de littérature.
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