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- Pourquoi cette gueule d'enterrement? demande-t-il
- Parce que..., dit-elle.
- Parce que quoi?
- Parce que... parce que... Est-ce que je sais, moi?
- Ah, je vois. T'as pas vidé ton sac depuis un bon bout de temps, hein, c'est ça?
- Ah, tu m'énerves avec ça.
- Montre-moi ton sac. Allez, allez, montre-le moi.
Elle
pousse un soupir et lui ouvre son sac à main.
En effet, il est plein jusqu'au bord, constate-t-il. Bourré de bibittes vertes, jaunes, rouges et mauves; de cafard, de ressentiment, de rancoeur, d'amertume.
-
Je le savais, dit-il, ça se voyait à ton air
d'enterrement. Mais pourquoi diable tiens-tu tant
à ces bibittes?
- Je ne sais pas, moi, ça s'accumule sans que je m'en aperçoive.
-
Je te le répète, il faut vider ça au moins une fois la
semaine, sinon ça devient insupportable.
Allons, il faut tout de suite jeter ça, hein?
Se
traînant jusqu'à la salle de bain, elle y trimballe son
sac à main et en déverse le contenu dans la cuvette
puis elle tire la chasse. Englouties dans le
tourbillon, les couleuvres multicolores disparaissent
au fond de la cuvette.
- Voilà! Ne te sens-tu pas plus légère, à présent? demande-t-il.
- Si.
- Maintenant, viens avec moi. On va aller faire provision de belles choses.
- Où est-ce qu'on va, cette fois?
- Suis-moi, dit-il en lui souriant tout en lui prenant la main.
Il
l'amène dehors, dans le petit parc aux écureils qu'elle
aime tant. C'est un rare après-midi de novembre
ensoleillé. L'air est frais, ça sent bon les
feuilles mortes et des chiens gambadent avec leur
maître.
Elle aperçoit un écureuil et regarde aussitôt son ami.
Devinant
ce qu'elle va lui demander, il fouille son sac en
bandoulière et en ressort une poignée de cacahuètes.
- Donne-les moi, dit-elle en les lui arrachant des mains.
Elle
les lance en direction du petit rongeur qui se rue
aussitôt dessus.
Et comme à un signal donné, d'autres écureuils arrivent à sa suite. Notre couple est bientôt entouré d'une demi-douzaine de petites queues rousses frémissantes.
Elle rit à gorge déployée et lui, il la regarde, amoureux fou comme aux premiers jours.
Combien
de temps encore demeurera-t-il son magicien?
Il s'en fout en ce moment car elle est là et c'est tout ce qui lui importe. Quoiqu'il advienne, il aura toujours dans son sac une provision inépuisable de souvenirs heureux, de rires et de chansons. Et il ne demandera jamais rien en retour.
C'est ça, l'amour.
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