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Un
jour, alors que je travaillais à la galerie Clark, je
remarquai un homme immobile devant la vitrine et qui
semblait fasciné par un tableau représentant une jeune
femme seule dans une prairie et si aérienne. Il entra
et me demande d'un regard pénétrant si je pouvais
l'aider à retrouver le modèle du peintre signataire. Un
peu surprise, je luis dis sur le vif que je ne
connaissais ni le modèle, ni le peintre, mais lui
suggérai de me téléphoner dans une semaine, le temps de
rejoindre le patron à son retour de vacances et de lui
poser la question. La semaine suivante, je revis
l'inconnu et le surpris toujours en contemplation
devant cette même toile. Je l'invitai à entrer et lui
expliquai que le tableau avait été acheté d'un autre
marchand, et lui donnai les coordonnées.
Un
mois plus tard il revint à la galerie, la mine
tourmentée; il m'expliqua que le peintre séjournait à
l'étranger et qu'il fallait attendre son retour. Les
semaines passèrent, puis les mois avant que mon inconnu
réapparaisse. Il entra et en soupirant profondément,
m'avoua qu'il avait finalement réussi à parler au
peintre. Seulement, le modèle n'existait pas: l'artiste
cherchait toujours lui-mème cette femme car elle était
l'objet de ses fantasmes, la femme dont il avait
toujours rêvé et qu'il n'avait jamais rencontrée! Pour
le consoler, je lui dis d'une voix douce et maternelle,
tellement il me paraissait songeur, "venez, je
vais vous en montrer d'autres, plus réelles les unes
que les autres". L'air décontenancé, il me demanda
le prix du tableau qui lui souriait, paya, et emporta
précieusement, sous son bras, l'unique, celle qui l'avait fasciné dès le premier regard...
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