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Quand
j'étais petit et que je regardais la télé avec mon
père, celui-ci ne manquait jamais de déclarer, un
sourire moqueur à la commissure des lèvres, chaque fois
que Simon Templar dit Le Saint, Lemmy Caution (Eddie
Constantine), Le Gorille (personnifié par Lino
Ventura), James Bond, le justicier masqué connu sous le
surnom de Lone Ranger ou Zorro la fine lame, se
trouvaient dans des situations impossibles et venaient
à bout d'une ribambelle d'ennemis féroces armés
jusqu'aux dents : C'est arrangé avec le gars des vues!
Ennemi juré des Canadiens de Montréal (sans doute par
esprit de contradiction), il croyait que chacune de
leurs conquêtes de la précieuse coupe Stanley était
également arrangée avec le gars des vues. Quand Johnny
Rougeau rivait les épaules d'Abdullah le boucher au
plancher, c'était bien sûr le gars des vues qui en
était responsable. Un corniaud joué par Jerry Lewis se
méritait les faveurs d'une magnifique actrice
hollywoodienne au détriment du séducteur chantant Dean
Martin? Cherchez pas plus loin, c'était encore le gars
des vues! Le grand Antonio tirant un camion avec ses
cheveux? Le gars des vues, voyons! Décidément, il avait
les épaules larges, ce gars des vues!
Mon
père est décédé il y a 8 ans, mais le gars des vues,
lui, sévit toujours. Tenez, par exemple, lors des
avant-dernières élections fédérales, je me suis dit :
Paul Martin va gagner, c'est arrangé avec le gars des
vues… et c'est arrivé (si le gars des vues avait su!)
Mais là, j'ai un problème. Après avoir suivi le déroulement de la commission Gomery, je ne sais plus qui est le gars des vues, on dirait que tout le monde a participé aux manigances et plus ça va, plus je me dis que j'aimais mieux le gars des vues. Vu?
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