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Ah,
la loterie! On y gagne à peu près jamais et on continue
pourtant d'y jouer, au cas où... Toutefois, sans même
te connaître, je peux affirmer que tu as déjà gagné une
sacrée loterie : je veux parler de la loterie de
la vie.
L'ÊTRE –
Remonte loin en arrière, au moment de ta conception,
c'est-à-dire à l'instant même où le spermatozoïde de
papa s'est lové dans l'ovule de maman pour former ce
petit être qui allait devenir 'toi'. Qu'en serait-il
si, au lieu de ce spermato, c'était son petit voisin ou
l'un des milliers d'autres qui avait gagné la course?
Quelqu'un d'autre serait-il en train de lire ces lignes
à ta place? Tes chances étaient plutôt minces et
pourtant, le hasard a voulu que ce soit toi qui
naisses. Un premier gain à la loterie de la vie...
L'ESPACE –
Puisque tu lis ces lignes, confortablement assis devant
l'ordinateur, c'est que tu vis dans un pays
industrialisé où règne un confort et une abondance
relativement enviables. La distribution des richesses
dans le monde est absolument disproportionnée :
15 % de la population possèdent 80 % des biens de
la planète, alors que 85 % doivent se partager les
20 % qui restent. Plus précisément, la moitié du
globe doit survivre avec moins de 2 $ par jour, et
un être humain sur quatre vit carrément dans la misère,
évaluée à 1 $ par jour (365 $ par année).
Réalises-tu la chance que tu as d'être né ici et
combien tu l'as échappé belle?
LE
TEMPS – Tu aurais également pu naître à une époque
où ta survie était loin d'être assurée. Songe à la
forte mortalité infantile chez nos ancêtres, à la
malnutrition, aux conditions insalubres des derniers
siècles, aux chirurgies à froid (même nos
grands-parents ont connu les extractions dentaires sans
anesthésie), à l'exploitation des travailleurs et des
enfants, à l'analphabétisme, aux persécutions
religieuses; tous des fléaux que nous tentons de plus
en plus d'endi-guer. La moitié d'entre nous qui portons
des verres n'aurions pas survécu au Moyen-Âge; une
infirmité physique et nous étions condamnés à la
mendiance. Et que dire des libertés sociales et du
confort matériel dont jouit monsieur tout-le-monde et
qu'on prend pour acquis? Ils sont relativement nouveaux
dans l'histoire de l'humanité : les plus pauvres
d'entre nous peuvent à présent compter sur l'aide
sociale, la protection civile et même l'aide juridique
en cas de besoin, sans compter les soins médicaux
(parfois gratuits) qui contribuent à une longévité
toujours croissante. Le hasard, une fois de plus, a
voulu que tu naisses à une époque où tu n'as pas à
trimer quinze heures par jour, sept jours par semaine
et ce, jusqu'à ce que tu sois mûr pour la tombe.
Certes,
la vie au XXIe siècle ne comporte pas que des
avantages. Et les repas surgelés, le lave-vaisselle
automatique et le chauffage central ne garantissent pas
le bonheur; ils libèrent toutefois de certaines corvées
l'être humain qui peut ainsi songer à améliorer sa
qualité de vie, luxe que n'a pas le natif des pays en
voie de développement quand il doit faire des
kilomètres à pied pour simplement s'approvisionner en
eau potable.
Ok
: tu dois quand-même gagner ta croûte pour survivre et
ce n'est pas toujours facile. Quand tu entends dire
qu'un athlète gagne plus de fric lors d'un match que tu
ne gagnes en un an, tu ne peux t'empêcher de crier à
l'injustice. Quand tu vois ces magnats de la finance
qui investissent des millions afin de gagner encore
plus, tu ne peux t'empêcher de soupirer « Ah, si
seulement il me tassait un p'tit deux mille ou cinq, ça
ne lui ferait pas grand mal et pour moi, ça ferait
toute la différence ». Songe toutefois que c'est
exactement ce que pense de toi l'Indien ou l'Africain
qui n'a pas eu ta chance. Comme toi, il aimerait bien
que quelqu'un de mieux nanti lui tasse un petit deux,
un petit billet de cinq de temps à autre et qui, pour
lui, ferait toute la différence.
À bien y penser, ce qu'on appelle « gagner à la loterie » est parfois bien relatif...
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