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Ce
titre n'est pas un sujet fort prisé mais comme le mal
se manifeste de plus en plus et de mille et une façons,
à l'échelle individuelle et planétaire…, il devient
donc plus préoccupant, voire inquiétant… pour un
imaginaire débordant.
Un
jour, alors que Aspasia était en quête de travail
rémunérateur - le luxe de la création ne lui en
offrant pas - et fatiguée de putasser toute la journée,
comme Nelly Arcand, elle décida de répondre à une
petite annonce parue dans un quotidien du samedi et qui
l'alluma à onze heures du matin. " Cherche bonne
dactylographe rapide pour un manuscrit de cinquante
pages (domaine religieux), écriture lisible.
Rémunération ferme xxx ". En la lisant, elle se
dit : " Ah! Ça c'est pour moi, c'est facile, j'ai
besoin de cet argent tout de suite " et aussitôt
elle se précipita sur le téléphone. Elle remarqua que
les trois premiers chiffres du numéro étaient
identiques au sien, c'est donc qu'il n'habitait pas
loin…songea-t-elle. Elle tomba sur une boîte vocale qui
lui laissait entendre la voix tout aussi ferme du
présumé écrivain et elle laissa un long message
racontant qu'il était important qu'ils se parlent… mais
doutant de son exclusivité en matière de recherche
d'emploi fast food ; elle a tout de suite imaginé qu'il
trouverait facilement une autre candidate dans ses
relations, au cours du week-end... Enfin, c'est en se
martelant l'esprit de pensées positives (mantras)
qu'elle attendit impatiemment le retour de son appel…
Ce fut le lundi matin que la voix un peu éraillée se
fit entendre, comme s'il avait fait le party la nuit
précédente. Spontanément, elle lui dit : " Oh ! oh
! , la nuit semble avoir été courte… " Du tac au
tac, il la renvoya à elle-même : " Vous parlez
pour qui, pour vous ou pour moi ? ". Un peu
surprise, réalisant sa trop franche bévue, elle ajouta
d'une voix plus mielleuse : " Peut-être pour les
deux… ". Enfin, il lui exposa gentiment qu'il
était navré, mais qu'il avait reçu quarante-trois
appels sur sa boîte vocale et qu'il avait choisi de
donner le contrat à la première arrivée (première
servie) qui d'ailleurs demeurait dans les environs.
Lorsqu'il raccrocha le combiné, elle rageait car
n'étant plus jeune, elle savait qu'elle ne pognait
plus, trop vieille, dirait l'écrivaine N.A.… Non
applicable, c'est ça… Ah! les ravages du temps, quelle
putain de vacherie ! Même les meilleures crèmes de
n'y pouvaient plus rien. Le démon de la vieillesse - lui existe bel et bien - est entré graduellement dans sa chair pour s'y enfoncer jusqu'à l'os, et il ne faut pas s'illusionner disait Ronsard, dans ses Sonnets pour Hélène " Quand vous serez bien vieille… " Non, se disait-elle : " Ce n'est pas vrai…, il en a baisé une autre, pas possible… je n'ai vraiment pas de chance… ". Dans le calme, elle médita longuement sur le pressant besoin de ce bel argent frais comptant et salutaire… et tout à coup, elle eut le sentiment qu'il la rappellerait, elle sentit d'instinct que ça ne marcherait pas avec l'autre… que quelque chose d'occulte se tramait en sa faveur…
Ce
jour-là, Aspasia resta sur sa faim car le démon de la
solitude, l'abandon, rongeait son frein. Le matin
suivant, la faim la tenaillant, elle partit sur le
chemin de la purification, à la cueillette de maïs
frais perlé, bicolore.
Tout allait de travers ce matin-là, elle arriva avant la marchandise et dut y retourner à l'heure des démons (ou cochons) du midi… Ce n'est pas de la foutaise, une vraie comédie ou porcherie, hommes et femmes, pliés en deux, têtes baissées dans la grosse boîte placée au beau milieu de l'allée, se bousculant, jouant du coude, maugréant, tempêtant, s'injuriant, tout en s'emparant des épis comme si la manne qui venait de passer ne reviendrait pas…une vraie pêche miraculeuse. Certains prenaient un plaisir fou à déshabiller les épis un à un, empêchant ainsi les autres derrière qui frétillaient dans l'attente de prendre leur part dans la vie ; d'autres, à les examiner sous toutes les coutures avant d'en saisir un muni d'une forme plus généreuse. C'est comme si le démon de l'avidité s'était emparé d'eux. Une vraie orgie, foire humaine ! Peut-être est-ce à cause de sa réputation de légume riche en vitamine E, bonne contre la stérilité ? Va savoir... Aphrodisiaque, soutiendraient les vieilles légendes indigènes, à cause de sa forme ressemblant à un pénis ? Bref, tout ce monde de couleurs variées, venu de pays lointains, rassemblé autour semblait en manque… de vitamine et/ou de libido ? Certes, c'est vachement bon, mais qu'en est-il de son potentiel de spiritualité ? On dit que le maïs est aussi bon pour la vitalité du cerveau… alors quand le haut et le bas (yin/yang) sont en harmonie, ôtez-vous de là que je putasse à la manière d'un rustre et que ça saute ! Vite fait, on passe à la caisse, on vide ses poches devant les employés qui se mettent à deux pour les compter : même prix pour les habillés et les déshabillés, soyons généreux… Je t'en passe un sapin - les Québécois en sont tout aussi friands - c'est plus du " treize à la douzaine " comme au temps de La famille Trapp mais du deux pour un à cause des avortons.
Aspasia
se rappela le film de Bunuel La Voie Lactée, où l'on
voit des pèlerins marchant dans la campagne sur le
chemin de Saint Jacques de Compostelle, et s'imagina
ajoutant cette scène burlesque : les pèlerins voient un
paysan en train de verser un sac de perles sur le sol
devant ses cochons, ce qui aurait permis à un des
pèlerins de citer ces paroles de la Bible : " Ne
jetez pas vos perles aux pourceaux; ils pourraient bien
les piétiner, puis se retourner contre vous pour vous
déchirer. ".
Au
retour de son épuisante pour ne pas dire traumatisante
expédition, elle alla voir si un
bienheureux-bienfaiteur pensait à son petit bien-être
ou à sa précieuse personne, en laissant un message à
son fidèle perroquet, le répondeur. Une fois de plus,
son intuition ne l'avait pas trahie, c'était bien lui,
la voix encore plus écorchée que la fois première… À
son tour, il était devenu urgentissime qu'elle le
rappelle, comme si c'était une question de vie ou de
mort… Elle se précipita immédiatement sur le téléphone
et avec une voix de contentement : " J'étais sûre
que vous me téléphoneriez... " - " Ah! oui,
dit-il d'une voix cassée, l'autre s'est fait mettre
dehors… " - " Par son boss, interrogea-t-elle
? " - " Mais non, par son mari… "
(silence), et il ajouta : " Elle n'a plus
d'ordinateur pour faire les corrections, pouvez-vous
m'aider, c'est assez urgent ? " Ah! curieux
pensa-t-elle… et ajouta : " Elle a vite fait le
travail... " - " Mais oui, elle a travaillé
tout le week-end ". Avec lui à ses côtés,
sans doute, pensa-t-elle, il aurait ainsi semé la
zizanie dans le couple nébuleux, qui branlait déjà dans
le manche. Elle imagina la scène… Enfin, il reprit :
" Quand puis-je passer chez vous, dans une heure
est-ce que ça vous irait car j'ai une rencontre à
l'Oratoire avec un ami qui va relire le document
corrigé... ". Ah! oui, se rappela-t-elle, nous
sommes dans le domaine religieux… et nous nageons en
plein mystère… À son arrivée, elle trouva le mec plutôt
bizarre, l'air déprimé ou troublé…
Enfin, une fois entré et assis à son bureau de travail, il lui fit ouvrir le fichier contenu sur la disquette et en apercevant le titre, une peur silencieuse apparut sur son écran imaginaire. Subitement, il l'interroge : " Est-ce qu'on entend les voisins à travers les murs ? " alors que le texte portait sur le démon… Elle imagina : " Il est venu pour m'étrangler, me tuer et me violer… ". Surtout pas de panique devant la marginalité, on en a vu d'autres, pensa-t-elle même si le démon venait d'entrer chez elle… Elle n'allait pas se laisser avoir… Elle prit une respiration, se ressaisit afin qu'il ne détecte pas son inquiétude intérieure et d'un regard spectral, elle lui signifia qu'ils étaient, ici et maintenant, en business et que, dépourvue de ses atouts, elle n'était pas du genre à putasser ! Une fois le message silencieux passé et admis, il se pencha à nouveau sur ses corrections. Que le temps lui paraissait long, elle avait hâte qu'il en finisse… et qu'il disparaisse aussi vite qu'il était entré… mais au bout, elle a eu son chocolat. Un vrai branle-bas d'émotions qui a duré le temps de l'accompagnement jusqu'à l'accouchement chez l'éditeur et, comme prévu, à compte d'auteur… puisqu'il s'agissait du premier… et que ça saute, même s'il faut en payer le prix ; et après avoir consulté ses guides : gérant de banque et psychanalyste, les deux lui insufflèrent illico : " Allez, carte blanche, mon ami " ! Ce n'est pas de la blague mais du vécu... et fort heureusement, on ne meurt pas tous des suites d'une idylle secrète, comme ce fut le cas dans l'histoire pathétique et intrigante de l'actrice Marie, incarnant Colette. Peut-on comprendre pourquoi un pauvre mec - dont le nom de son groupe rock dévoilait déjà la face obscure - a osé l'acte maléfique dont il connaissait la portée qui allait la plonger dans le Noir… et se permettre d'écrire la dernière scène de la vie de Marie, en l'abandonnant... Si j'étais cinéaste, on le verrait déguisé en gros chat noir, rôdant sournoisement derrière la scène, les griffes bien aiguisées, attendant impatiemment de pouvoir y jouer son rôle diabolique, allumé par le feu de la passion et de la jalousie puisque le jeu de la séduction était réservé à l'acteur principal, s'élançant au moment où l'ange protecteur de Marie vient de s'absenter et soudainement, lui saute au cou pour ensuite frapper à la tête jusqu'à la mortelle saignée. Malheureusement, nous sommes à des années-lumière des Amours de Marie… c'est de la folle violence… et comme notre planète en est infectée, il faut la dénoncer. Alors, les grands esprits qui aspirent à l'équilibre et l'harmonie : philosophes, religieux, psychologues, et autres logues, à la table, avant la foire finale de l'humanité ; mais encore là, restez vigilants car un démon pourrait bien être tenté d'y foutre sa merde… tout comme il est écrit dans Le livre noir…
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