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Combien de fois le dit-on ou le souhaite-t-on.
Tu te lève d'une courte nuit de sommeil parce
que tu n'as fait que repenser à ta journée, à ce qui
reste à faire, à ce que tu souhaiterais faire, à ce qui
s'en vient.
Tu te douches en vitesse, regarde
constamment l'heure, juste pour la satisfaction d'avoir
récupéré une ou deux minutes pour pouvoir prendre ton
temps pour manger ton déjeuner au lieu de le gober. Tu
regardes encore l'heure et vite, tu vas t'habiller, tu
prends un second café et regardes les nouvelles en
vitesse et tu regardes encore l'heure pour ne pas rater
le bus.
Tu arrives au métro, tu presses le pas
pour ne pas avoir à attendre le second train, attrapes
le journal 24 heures et le lis debout en te tenant du
mieux que tu peux parce que tu n'as pas de siège.
Tu sors du métro en vitesse, pas le temps d'arrêter
prendre un autre café au Tim Horton, la file d'attente
est trop longue.
Tu arrives au bureau et déjà,
les dossiers t'attendent, tu cours toute la journée,
répond aux demandes et exigences de tous. En fais le
plus possible afin de ne pas en laisser à la fin de la
journée car sinon, ça en fera encore plus pour demain
matin. Et tout ça, tu le fais en souriant et tu fais
vite, toujours plus vite et puisque tu fais vite, on
t'en donne encore plus car on sait qu'on peut se fier à
toi. Tu le feras sans chigner, rapidement,
sur-le-champ. Tu ne veux pas les faire attendre alors
tu te concentre et hop, on passe au suivant.
Tu
finis ta journée au bureau et fais le même trajet que
ce matin en sens inverse, vers la maison.
Dans
le bus, tu penses à ce que tu feras pour souper, il te
reste de la lessive à faire, il faut aller acheter du
savon pour la vaisselle. Tu n'es pas encore arrivée à
la maison et déjà, tu te dis… si j'avais juste un peu
de temps, je pourrais peut-être aller faire du vélo,
aller marcher au parc… mais non, ce sera pour demain,
tu as trop à faire ce soir. Mais surtout, tu espères
que demain, tu ne feras pas du temps supplémentaire car
tu devras te coucher tard pour ne rien laisser derrière
toi.
Ta copine te téléphone et te demande si ça
t'intéresse de t'inscrire au gym. Tu y penses deux
secondes et demi et lui réponds que tu ne peux pas.
Non, tu ne peux pas car ça prend trop de temps. Se
préparer, s'y rendre, se changer, s'entrainer mais
aussi, attendre après les machines car tu ne seras pas
seule, il y aura beaucoup de monde. Prendre ta douche,
te rhabiller, revenir… deux heures partie pour
s'entrainer 30 minutes. Non, pas le temps.
Ce
weekend, tu voudrais aller faire du vélo ou tu rêves de
faire une ballade en voiture vers un « no
where » mais non, il y a la pelouse à couper, la
clôture à peinturer, la porte du cabanon à réparer.
Tu te dis.. si j'avais juste un peu plus de temps…
Tu recommences encore et encore, tu cours, tu
t'essouffles avec le sourire parce que ça parait mieux
mais tu cours. Oui, tu cours après le temps.
Parfois, il t'arrive d'avoir du mal à te concentrer et
tu commences à douter de tes compétences alors, tu te
relis et vérifies, revérifie ton travail avant de le
remettre. Non, il ne faut pas faire d'erreur. Tu y
arrives mais tu t'essouffles, tu as mal à la tête.
Lorsque tu arrives à la maison, lorsque tu vas te
coucher, tu ne fais que penser au travail que tu as
remis en te demandant si tu as bien fait. Si tu n'as
pas oublié quelque chose.
Lundi matin, tu penses
au bureau et tu as mal au cœur, tu es étourdie, tu
trembles. Un autre rhume peut-être, ce serait seulement
le 4ième depuis le début de l'année ou le 5ième. Mardi,
encore malade et mercredi, tu décides d'aller voir le
médecin car ça ne va vraiment pas.
« Vous
êtes épuisée madame. Deux semaine de repos pour
commencer et revenez me voir pour un suvi. »
Après deux semaines, ca ne va pas mieux et là,
c'est un congé d'une durée indéterminée qui t'attend.
Fatigue générale, burn-out pour ne pas dire le terme
honteux… dépression majeure.
Tu pleures en te disant que ca ne peut pas t'arriver à toi, mais oui.
Et là, tu en as du temps mais…
Pas
d'énergie, pas de force, tu dors tout le temps et tout
ce que tu veux, c'est ton lit. Tu prends ta douche et
ça t'épuise. Sécher tes cheveux, oublie-ça, t'as les
bras morts. Se faire à bouffer? Trop long et trop
épuisant. Tu attrapes le « vite fait », le
mets au micro-ondes et retournes sur le divan te
reposer. Tu as du ménage à faire mais à peine
commences-tu à passer le balai que ton dos te fait
atrocement mal. Tes bras deviennent lourds et tu
renonces. Tu oublies tout, faut faire des listes. Pas
question de conduire l'auto, trop étourdie et tu n'as
pas confiance en toi car ton corps ne t'écoute plus,
tout est au ralenti et tu as peur de prendre le volant.
Lorsque tu te lèves le matin, tout ton corps te
fait mal, tes articulations craquent presque, tu as mal
à la tête. Tu manges et retournes te coucher car déjà
épuisée. Tu dors devant la télé, le téléphone sonne et
tu voudrais le briser. Ça cogne à la porte et tu
voudrais te cacher pour ne pas que l'on te voit dans
cet état. Tu te sens obligée de sourire lorsque tes
parents viennent prendre un café pour prendre de tes
nouvelles mais tout ce que tu veux, c'est la paix.
Tu en as du temps mais pour faire quoi? Dormir et
faire des crises d'angoisse parce que tu sais que tu ne
peux plus rien faire. Tout s'accumule et tu ne peux
même pas passer le foutu balai. Tu ne peux pas lire les
romans qui t'attendent dans la bibliothèque depuis des
mois car tu n'arriverais même pas à retenir une ligne
et un paragraphe au complet, faut même pas y penser.
Plus rien ne te fait sourire, tu t'énerves toi-même et
tu déteste le temps qui passe car il te rappelle que tu
le perds à dormir, au lieu de le combler comme tu l'as
rêvé si souvent.
Juste un peu de temps, dites-vous?
Pourquoi ne pas le prendre au lieu de courir après, constamment?
Juste un peu de temps, dites-vous?
À
courir après, on oublie que nous sommes des humains. On
se dit constamment qu'il faut travailler fort,
performer pour gagner sa vie mais dites-moi donc…
Est-ce erroné de croire que la vie est un cadeau?
Naissons-nous seulement pour être éduqués et ensuite travailler et performer?
Devons-nous seulement rêver au temps, aux bons
moments, aux voyages, aux moments à ne rien faire juste
pour le plaisir?
On entend souvent qu'il faut profiter de la vie. Pourquoi oublie-t-on de le faire?
Est-ce parce que nous ne savons pas comment?
Pourquoi se sent-on souvent coupables de profiter du
moment passé à ne rien faire en pensant, bien souvent,
qu'on aurait pu prendre ce temps pour faire autre
chose? Lorsqu'on a du temps, notre esprit est pollué
parce qu'il reste à faire et on en profite pas.
On souhaite avoir du temps mais lorsqu'il se présente,
on le comble à faire encore plus et on se dit qu'on
prendra le temps la prochaine fois.
Juste un peu de temps dites-vous?
Au lieu d'en
rêver ou de courir après, prenez-le donc pendant qu'il
en est encore temps!
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