|
Il
y a quelques années encore, je croyais que les oiseaux,
à l'exception bien sûr des rapaces, étaient des
créatures innocentes, voire angéliques, n'existant que
pour agrémenter l'environnement par leur beauté et
ravir nos sens par leurs chants mélodieux et leurs
couleurs vives. Toutefois, la lecture d'un livre de Kit
et George Harrison, un couple reconnu de par le monde
pour ses écrits sur la nature, m'a permis de les
découvrir sous un nouveau jour. Grâce à leurs
observations personnelles et au travail d'une centaine
de chercheurs venant de tous les coins de la planète,
j'ai fait des découvertes bouleversantes sur nos amis à
plumes. Faisant fi de la méfiance légendaire des
scientifiques à l'égard de l'anthropomorphisme
(l'attribution de caractéristiques humaines aux
animaux), ils ont défié les conventions et révélé des
faits troublants sur la vie sexuelle des oiseaux, ceci
avec légèreté (c'est le cas de le dire, car il y a
beaucoup de frivolité extraconjugale de la part des
deux sexes) et humour. Presque toutes les formes de
comportements et de déviations sexuels des humains sont
également présentes chez nos amis à plumes :
saphisme, prostitution, domination du mâle par la
femelle, triolisme, harems des deux sexes, onanisme,
pédophilie, nécrophilie et même changements de sexe!
Commençons
par le lesbianisme. Les goélands d'Audubon femelles
forment des couples et construisent des nids et pondent
des oeufs comme les couples conventionnels. Ce
phénomène est le résultat d'une pénurie de mâles en
état de se reproduire. Voici qui fera plaisir aux
féministes pures et dures. Ces dames ne pouvant
fertiliser leurs propres oeufs finissent par faire la
rencontre de mâles déjà casés qui ne demandent pas
mieux que de faire des galipettes extramaritales afin
de fertiliser une ou même les deux disciples de Sapho.
Finalement, le sperme est la seule chose que peuvent
leur apporter ces mâles puisqu'elle se débrouillent
fort bien pour tout le reste.
Il
existe aussi des oiseaux gais qui vont jusqu'à tenter
de convaincre des mâles hétérosexuels qu'ils sont des
femelles. Il semble d'ailleurs que les parulines à
capuchon soient dignes d'un Oscar. Toutefois, une
précision s'impose. Il semble que le comportement
homosexuel des oiseaux sauvages mâles soit attribuable,
plus souvent qu'autrement, à une erreur quant à
l'identité sexuelle chez les espèces où les mâles et
les femelles se ressemblent beaucoup.
En
ce qui a trait à la bisexualité, les Talèves sultanes
se livrent volontiers à des partouzes impliquant leurs
soeurs, leurs frères, les demi-soeurs et demi-frères et
à peu près tous les membres de la famille y passent,
probablement même pépé et mémé. Ce sont de véritables
échangistes et quand on les observe pendant la saison
d'accouplement, on peut voir les mâles et les femelles
dominants faire l'amour ensemble, procéder à des
échanges de partenaires avec d'autres couples, puis le
mâle dominant d'un groupe batifoler avec un autre mâle
et enfin la femelle dominante couvrir une autre
demoiselle reproductrice.
Chez
les oiseaux, le changement de sexe ne requiert aucune
chirurgie et se produit occasionnellement sans le
consentement de Monsieur Lecoq ou Madame Lapoule. Des
scientifiques ont observé une poule de basse-cour
réputée pour être une pondeuse prolifique ayant couvé
de nombreux oisillons jusqu'à l'âge de trois ans et
demi. Puis, un matin, elle se lance dans un tour de
chant et se comporte de plus en plus comme un coq,
allant jusqu'à parader. Au bout d'une année, l'ancienne
pondeuse devient papa après avoir copulé avec une jeune
poule qui lui donne deux oisillons. Un examen posthume
de M. Lecoq a révélé qu'il était pourvu de deux
testicules en bon état de fonctionnement.
Le
cas de l'Accenteur alpin est assez particulier. Comme
chez la plupart des oiseaux, le mâle est dépourvu de
pénis (en revanche, l'autruche mâle possède une zézette
de bonne dimension), mais ses testicules comptent pour
7,7 pour cent de sa masse corporelle pendant la saison
d'accouplement. En comparaison, un homme pesant 77
kilos serait équipé d'un boulier pesant 6 kilos plutôt
que les 115 grammes approximatifs représentant le poids
habituel d'une paire de couilles parvenue à maturité.
Ceux
et celles qui se sont déjà livrés à une partie de
gens-en-l'air à bord d'un avion savent à quel point il
faut être doté de qualités acrobatiques pour consommer
un rendez-vous charnel à dix mille mètres
d'altitude. Chez les oiseaux, les martinets à gorge
blanche ont l'habitude de copuler en plein ciel, tout
en faisant gaffe aux caprices d'Éole.
La
femelle vacher est perçue comme une véritable
gourgandine par les uns, comme une dame émancipée par
les autres, mais tous s'accordent à dire qu'elle a
trouvé le moyen de jouir de la vie sans retenue. Les
mâles se soucient peu qu'elle se comporte comme une
garce et celle-ci compte habituellement une bonne
demi-douzaine d'admirateurs qui se disputent ardemment
ses faveurs. Quel est donc le secret de cette
courtisane aux mœurs légères? Figurez-vous que cette
pouffiasse dépose ses oisillons dans les nids d'autres
oiseaux et à chaque ponte, elle retire un oeuf du nid
d'une autre espèce, le jette et y substitue le sien..
Donc, libre de toute contrainte maternelle, sa
progéniture recevant les soins d'un bon foyer
nourricier, celle-ci est de nouveau prête à faire la
noce avec ces messieurs!
Les
cygnes de Bewick sont les oiseaux faisant preuve de la
plus grande fidélité envers leur partenaire. Ils
demeurent unis jusqu'à la fin de leurs jours et portent
même le deuil pendant quelques années lorsqu'un des
deux tourtereaux décède.
Les
phalaropes ont inversé les rôles traditionnels des
mâles et des femelles et chez ce couple, c'est le mâle
qui s'acquitte de toutes les tâches domestiques pendant
que la femelle se charge de la nourriture et des tâches
habituellement réservées à Monsieur.
Le carouge à épaulettes mâle a souvent un harem composé de plusieurs conjointes.
Les
buses des Galàpagos privilégient le ménage à trois,
partageant les responsabilités familiales et vivant
ensemble en parfaite harmonie. La femelle passe souvent
sa vie d'adulte en compagnie de deux amoureux.
Le
colibri mâle, ce petit volatile coquet qui fait la joie
des amateurs d'ornithologie et bouge comme un jouet,
est aussi un masturbateur impénitent qui assouvit ses
désirs sexuels, lorsque frustré, avec une feuille
poussant à un angle convenable.
Il
existe bien d'autres exemples d'anthropomorphisme, ceci
n'étant qu'une vue d'ensemble des comportements sexuels
aviaires. Et maintenant, continuez-vous de tenir les
oiseaux pour des créatures angéliques ou les voyez-vous
désormais comme des démons de perversité?
|