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Ce
matin-là, tout allait de travers. D'abord, Il S'était
levé en retard. Le chérubin chargé de Le réveiller
avait été pris dans un embouteillage sur la Voie
Lactée. Lorsque le chérubin de service finit par
L'extraire de Son oreiller, le ciel était d'un gris de
plomb. Le soleil, furieux de ne pas pouvoir Le saluer
au passage, s'était enfermé et boudait.
Le
déjeuner fut exécrable : le nectar était aigre, le
phénix trop cuit, la sirène pleine d'arêtes. Il
repoussa les assiettes encore pleines, enfila
rageusement Sa tunique et Se dirigea vers le garage. Il
devait présider la réunion des séraphins à dix
heures : Il avait juste le temps.
Quand
Il souleva la porte du garage, le spectacle qui
L'attendait faillit la Lui faire échapper. L'énorme
garage ne contenait plus qu'un minuscule nuage, tout
ratatiné, tandis qu'une demi-douzaine d'anges
voletaient fébrilement, à la recherche de la fuite.
Il
referma lentement la porte, et S'arrêta quelques
instants pour réfléchir. Dans un royaume placé sous le
signe de la perfection, il pouvait bien y avoir
quelques anicroches ici ou là, mais aujourd'hui cela
dépassait les bornes. Non, décidément, Sa longue
expérience ne Lui laissait aucun doute possible :
tout cela était bel et bien l'œuvre de Satan.
Il
rentra pensivement au château. Bien sûr, Il était le
mdaître, et n'avait pas à céder aux caprices de Ses
anges, surtout révoltés. D'autre part, Il avait
toujours voulu que Son royaume fût celui de la
perfection. Plutôt que de caresser le rêve chimérique
de faire cohabiter le Bien et le Mal, ne valait-il pas
mieux accorder au Mal son propre monde, et Se contenter
Lui-même d'un monde plus restreint, mais entièrement
voué au Bien ? De toute façon, les Marais Galactiques
ne servaient à rien.
Comme
Il arrivait à Son bureau, un ange blond vint
L'avertir : « Messire Satan demande à Vous
rencontrer ; il est dans l'antichambre.
— Faites-le entrer », répondit-il.
La
porte s'ouvrit, et Satan apparut. Le roi du Mal
s'inclina trois fois; mais, lorsqu'il relevait la tête,
on pouvait distinguer dans ses yeux une lueur de
triomphe. Après le troisième salut, il se tint le corps
droit, mais la tête légèrement inclinée de côté, comme
quelqu'un qui veut vérifier ce que sa magie lui a déjà
prédit.
Il
s'écoula un moment sans qu'aucun des deux ne prît la
parole. Chacun semblait réaliser qu'il s'agissait de
leur dernière rencontre, et, bien que ce fût pour
chacun d'eux un soulagement, ils étaient saisis de
l'importance historique de ce moment. Finalement, Il Se
ressaisit et S'adressa à Son visiteur :
« C'est bien, vous avez gagné. Je vous donne les
Marais Galactiques ; faites-en ce que vous
voudrez, et ne reparaissez plus dans Mon royaume.
— Sire,
les Marais Galactiques sont inhabitables. Il n'y a
aucun animal, aucune plante, aucune pierre. On ne
distingue pas les continents des mers. Il n'y a même
pas de lumière. Comment pourrions-nous y vivre, et
surtout, qui pourrions-nous y faire souffrir ?
— Je vais vous régler ce problème en sept étapes. »
Il
Se dirigea vers une fenêtre donnant sur les Marais
Galactiques, l'ouvrit, étendit les bras, et commença
ainsi :
« Premièrement, que la lumière soit… »
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