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Dans
une caverne sombre et humide, des fleurs de verre
coulées dans le roc sont figées sur leur tige pour
l'éternité et attendent la délivrance.
Il fait froid et mon coeur frissonne. La lumière solaire, si lointaine, se fait plutôt faible ici sur Uranus. Et le Verseau, où le destin a choisi de camper mes rêves vénusiens, fait fi du Capricorne ce soir et me fait fabuler.
De
temps à autre, je mets le nez dehors lorsque je vois
passer mon voisin dans la nuit : monsieur Saturne.
Lentement et sans bruit, comme une comète, il me frôle de ses beaux anneaux glacés, insensible, clinique, imperturbable. Je lui envoie la main, mais à quoi bon.....
Je
retourne à l'intérieur de ma caverne, m'accroupis sur
le sol rocheux, m'encercle les jambes à deux bras pour
me réchauffer et me berce sur mon séant, la tête sur
les genoux. Et je me remémore cette nuit
fantasque où, entre le direct et le rétrograde, l'astre
majestueux s'était arrêté, là, tout près. Je
l'avais su à la lueur inhabituelle qui avait alors
inondé l'orée de la caverne.
Les fleurs de verres s'étaient soudain agitées sur leur tige, mises à frémir et à rire comme des écolières.
Dans
mon euphorie, j'étais sortie en courant et avais aperçu
Saturne dans toute sa splendeur : comme un joyau
immense, son globe et ses anneaux s'étendaient d'un
bout à l'autre de l'horizon. Et dans la luminosité,
tout, absolument tout était d'un bleu
incandescent : les montagnes, les vallées
rocheuses, mes vêtements, mes bras, mes mains.
Voulant me rapprocher de la source, je m'étais mise à courir sur le roc qui m'écorchait les pieds. J'avais gravi la plus haute montagne et m'étais hissée jusqu'au plus haut sommet. Et lui ouvrant tout grand les bras, je m'étais mise à crier dans la nuit :
— Attend! Ne pars pas! Laisse-moi t'aimer!
Un
vent terrible fouettait mon coeur, soulevait ma robe et
entremêlait mes cheveux.
Je n'avais plus ni âge, ni raison et j'avais appelé, j'avais hurlé à fendre l'âme :
— Tu es moi! Je suis toi! Et qu'est-ce que
ça peut bien faire! Ne comprends-tu pas qu'on
peut s'aimer quand-même!
Et
comme si ces paroles avaient eu quelque effet magique,
je crus, pendant un court instant, voir les beaux
anneaux se resserrer autour de moi. Mais lorsque
je compris que la sphère déclinait sous l'horizon, je
m'écroulai sur mon rocher, moribonde.
* * * * *
Quiconque
a déjà recherché pareille complicité saturnienne aurait
sans doute mille histoires semblables à vous raconter.
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