|
Il
y a peu de chance que mon nom me survive et qu'on se
souvienne de moi dans un futur lointain: je
ne suis pas une chanteuse de réputation internationale
ni une personnalité sportive ou politique, je n'ai rien
inventé et je n'ai rien découvert…….je n'ai même pas
d'enfant.
Il
y a plus de trente ans, je suis tombée sur ce texte au
hasard de mes lectures et j'aimerais le partager avec
vous.
* * * * * * * * *
Un
jour viendra où mon corps, recouvert d'un drap blanc
soigneusement tiré aux quatre coins du lit, restera
immobile sur un matelas d'hôpital parmi la rumeur des
vivants et les affres des mourants.
A un moment donné, un médecin constatera que mon cerveau a cessé de fonctionner et qu'à tout égard la vie m'a quitté.
Quand
cela arrivera, n'essayez pas de me maintenir
artificiellement en vie au moyen d'un appareil.
Et ne parlez pas de mon 'lit de mort'. Dites plutôt 'lit de vie' et laissez emporter mon corps pour qu'il serve à donner à d'autres une vie plus riche.
Qu'on
donne mes yeux à celui qui n'a jamais vu le lever du
soleil, le visage d'un bébé ou l'amour dans le regard
d'une femme.
Qu'on donne mon cœur à celui dont le cœur n'a été qu'une cause permanente de souffrance. Qu'on donne mon sang à l'adolescent qu'on a sorti des débris de sa voiture afin qu'il vive assez longtemps pour voir jouer ses petits-enfants. Qu'on donne mes reins à celui qui doit recourir de semaine en semaine au rein artificiel. Qu'on prenne mes os, mes muscles, tous les nerfs et tous les tissus de mon corps et qu'on trouve le moyen, grâce à eux, de faire marcher un enfant paralysé.
Qu'on
explore tous les recoins de mon cerveau.
Qu'on en prenne la matière s'il le faut afin qu'un jour un jeune garçon privé de la parole soit capable de crier sa joie et qu'une petite fille sourde puisse entendre la pluie battre contre les vitres.
Qu'on
brûle ce qui restera de moi et qu'on répandre mes
centres à tout vent pour aider les fleurs à pousser.
S'il
faut mettre quelque chose en terre que ce soit mes
fautes, mes faiblesses et tous mes préjugés à
l'encontre de mes semblables.
Si
par hasard vous désirez conserver mon souvenir,
faites-le en aidant d'un mot ou d'un geste quelqu'un
qui en aura besoin.
Si vous faites tout ce que je vous ai demandé, je vivrai éternellement.
R.T.
* * * * * * * * *
En
attendant, je donne régulièrement du sang et, quand je
vois les jolis minois des enfants qui ont besoin de
sang pour se maintenir en santé , je me dis que c'est
une façon de m'assurer une certaine continuité et que
mon passage sur terre n'aura pas été vain.
|