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Je suis sortie dehors pour que les chiens fassent leurs besoins.
J'ai lancé le ballon de foot afin que Loulou aille
le chercher puis me suis mise à rire parce qu'elle
n'était pas encore sortie des brumes de son dodo du
midi sur le divan. Elle courait croche la Loulou.
Le vent souffle en cette fin d'après midi et je le
laisse me caresser. L'air est frais, le ciel est
couvert, il fait frisquet et je serre mes bras, l'un
contre l'autre.
Déjà l'automne qui s'annonce.
Il me semble qu'hier, je regardais ma cours et
élaborais des projets pour faire en sorte que cette
année, les fleurs soient belles, que ma cours soit
pleine de couleurs. J'attendais avec impatience le
moment où je pourrais sentir le doux parfum des fleurs
de mes pommiers. Mais c'est fini.
Ca va trop vite.
Je vois la piscine que l'on a
fermée hier, papa et moi, pour l'hiver. Il me semble
qu'hier, il faisait soleil et que papa était là pour
m'aider à la partir pour la saison d'été. Elle est déjà
prête pour affronter l'hiver… Il me semble qu'hier, je
regardais la toile sur la piscine et attendait avec
impatience le moment de l'enlever, de la nettoyer pour
pouvoir m'y baigner enfin.
J'ai fait quoi depuis
l'ouverture de la piscine? Quoi de neuf depuis
l'ouverture de la piscine?
Bientôt, j'irai
acheter du fumier pour préparer mes vivaces pour le
printemps prochain. Lorsque la neige fondra, le fumier
se rendra jusqu'aux racines et ravigotera mes plants
qui me donneront de belles fleurs. Ces fleurs qui n'ont
pas fleuri assez longtemps à mon goût et dont j'ai déjà
élaboré des projets pour qu'il y en ait encore plus,
avec des couleurs plus vives, un peu partout. Pourtant,
j'en ai près de 400 dans la cours arrière. Mais pas
encore assez. Des fleurs à bulbes, oui, il y en aura un
peu partout entre celles qui existent déjà.
L'été est déjà terminé et je pense à endormir ma cours
pour l'hiver. J'ai l'impression de ne pas avoir profité
de mon été… n'avoir rien accompli, avoir perdu mon
temps.
Pourtant, lorsqu'on a ouvert la piscine,
il faisait beau, il faisait chaud. Je voyais déjà ces
après-midi durant lesquels les enfants se feraient
dorer au soleil avec leurs amis, les barbecues animés,
les bouteilles de vin, les rires, les bouteilles vides
à ramasser. Et moi qui m'aurait fait un copain avec qui
discuter le soir à la lueur de petites chandelles à la
citronnelle pour éloigner les maringouins.
C'est déjà fini et ca passe trop vite.
Depuis
qu'on a ouvert la piscine, ma fille est partie, elle a
pris un appartement et s'en va comme une grande. Mon
cœur de mère se serre d'appréhension et pourtant, je
l'ai vu venir celle-là. A 18 ans, moi aussi, j'ai voulu
voler de mes propres ailes.
Ca passe trop vite.
Depuis qu'on a ouvert la piscine, mon fils est
revenu du Japon… dire qu'en juin, avant son départ, mon
cœur se serrait juste en pensant aux 7 semaines de son
absence durant lesquelles il serait au Japon, si loin,
sans moi. Et pourtant, il est revenu et c'est comme
s'il n'était jamais parti de la maison.
Ca passe trop vite.
Lorsqu'on a ouvert la
piscine, la vue de mes plates-bandes et le soleil m'on
insufflé le désir de rencontrer un homme. 5 ans toute
seule… c'est beaucoup et il me semblait qu'il était
temps de me montrer, de tenter le coup. Assez des
soirées toute seule avec mes chiens, même si je les
adore. Envie de sorties avec un homme, de discussions
sur l'oreiller, d'activités à deux. Envie de prendre
soin de mon chez moi avec quelqu'un, enfin, et de
partager mon monde avec lui.
Et qu'est-ce que j'ai fait? Rien.
Je suis
restée dans mon petit confort, mon chez moi, à arracher
les mauvaises herbes des plates-bandes, pas sorti, pas
pris la peine d'aller au cinéma ni d'aller prendre un
verre avec des amis.
Bientôt, ca fera 6 ans que
je n'ai eu d'homme dans ma vie avec qui partager mon
lit, mon chez moi. Pourtant, il me semble que c'était
hier lorsque je suis revenue de l'Ontario avec la ferme
intention de prendre quelques semaines pour me
reprendre en main et ensuite, rencontrer un homme qui
m'irait enfin. Mais je n'ai rien fait pour que ca
arrive.
Ca passe trop vite.
Dans deux
semaines, j'aurai 42 ans et il me semble qu'hier, j'ai
fêté mes 40 ans, toute joyeuse d'avoir franchi ce cap.
Ca passe trop vite.
Lorsqu'on a ouvert
la piscine pour l'été, j'avais plein d'idées, de
projets. Le monde a continué à évoluer et le temps,
lui, continué à ronger les minutes et les jours. Mais
moi, j'ai l'impression d'avoir sauté mon été, d'être au
même point qu'avant, sauf un peu plus vieille bientôt.
Moi qui dit a tous de savourer la vie et d'y
mordre a pleine dent, j'ai fait une pause et ai
gaspillé mes sourires, mes éclats de rire, mes moments
curieux, audacieux.
Pas pris la peine d'aller
m'acheter des vêtements qui font du bien, ou presque
pas. L'automne arrive et ceux de l'an dernier
m'attendent. Faudrait de nouveaux souliers.
Oui,
de nouveaux souliers et le désir d'avancer vers de
nouveaux chemins car le temps, lui, n'attends pas.
Chaque seconde s'écoule, même si tu ne fais pas un pas.
Oui, de bons souliers pour avancer d'un pas a
chaque seconde et lorsqu'on ouvrira la piscine, l'an
prochain, j'aurai fait un grand bout de chemin et
avancé en accord avec le temps. Je pourrai mettre un
sourire, une expérience, un souvenir sur quelques
minutes ou des heures, voir même des journées passées
durant mon automne, mon hiver, mon printemps et je
saurai que même si ca passe trop vite, j'aurai comblé
les minutes de mon temps.
Ca passe trop vite.
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