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25 décembre 2000.
Ai quitté Montréal et mon compagnon de route sans travail vers 14h00 pour aller rejoindre mère, femme courageuse qui réunit chaque année autour de sa table allongée pour la circonstance, soeurs/frères, nièces/neveux et une personne seule, oncle/tante ou ami(e) de la famille, tous habitant la charmante ville de Québec. "Une des plus belles villes du monde qu'il m'eût été donné de voir",
disait Alain Grandbois, poète québécois, qui a couru le
monde. Ceci est d'autant plus vrai depuis qu'elle
s'est refait un nouveau visage.
A
la station Longueuil, je grimpe dans la voiture avec
deux autres jeunes passagers inconnus d'ALLO-STOP,
et nous filons à vive allure à la rencontre de nos
amours.
Après quelques bavardages, histoire de rompre la glace, je me pris à roupiller lorsque j'entendis quelques jurons et sentis que le moteur déclinait. En levant les yeux, je réalisai que la voiture allait s'immobiliser en-dessous du viaduc de l'autoroute de Drummondville. Que se passe-t-il donc? Une panne de moteur... à -17 degrés, charmant! Nous cherchons désespérément un garage ou restaurant ouvert pour téléphoner. Quelle chance car au loin une station ESSO semble animée. Nous nous enfonçons à travers champs et autoroutes en chassé-croisé, à la vitesse des hurlevents,
laissant derrière nous un volontaire pour surveiller la
mécanique et nos bagages.
Durée de l'expédition: 1/2 heure. De retour au froid impartial, la conductrice nous informe que le CAA ne viendra que dans une heure et que si la voiture ne redémarre pas, elle se fera remorquer jusqu'à Montréal et non Québec. Sage décision, pensais-je. Alors, choisissez vite mes amis, ou vous attendez le CAA ou un "coup de pouce" du destin qui pourra régler les choses simples et incontrôlables de la vie. Eh bien, ce dernier s'avéra des plus charitables et nos corps frigorifiés après 15 minutes d'attente, se retrouvèrent dans une autre douteuse "minoune".
Pas si mal tout de même dans une société soi-disant
égoïste, chacun pour soi, à une époque où le "peace and love" est passé aux oubliettes. Ce froid intense, sibérien, nous aura permis de conserver en tête notre objectif de départ: "Québec
à tout prix, morts ou vivants",.
Notre
nouvelle conductrice qui connaissait mieux les chemins
de la destinée heureuse, tout en restant sur ses
gardes, écoutait nos péripéties d'une oreille attentive
malgré le bruit des dents qui claquaient derrière, et
prit un air de plus en plus compatissant à mesure que
la voiture roulait en basse vitesse et consentit à nous
domper à l'"ancien" terminus d'autobus
VOYAGEUR, au centre d'achats Ste-Foy, car j'apprends
qu'il a déménagé ses pénates sur l'avenue de Rochebelle
près de l'Aréna de Ste-Foy. A travers nos
discussions à vouloir refaire le monde, elle me confia
qu'elle était en quête de contrat depuis un an et demi.
Silence... je repris mon roupillon invitant au
seul ronronnement du moteur et la "bohème" se réveilla, cette fois, sur le vaste terrain vide clôturé du jadis terminus des autobus.
Chère
Odile, lui dis-je en sortant de la voiture, le coeur
déchiré entre Québec et Montréal où se déroule ma vie
de chien errant entre les stations pour assurer ma
survie et celle de mon maître, en courant les spéciaux
de la semaine circulant dans le PUBLI-SAC déposé gratuitement au pied de ma porte, - "je te souhaite de recevoir l'aide, le "coup de pouce" chanceux du destin que j'ai reçu aujourd'hui... - très sincèrement". Les Québécois ont tout intérêt à retrouver le sens perdu de ce mot "solidarité".
J'entrai avec ma valise chargée de surprises que je
ressentis lourde comme le poids de l'univers, au
lumineux restaurant L'INTERNATIONAL, et
commandai un café au coût de 2$.
Québec n'est-ce pas un peu la "petite Europe"?
Entre deux moments de ma double vie, j'examinai les
lieux et mon regard s'arrêta sur les machines à sous
placées sous l'enseigne CASINO en grosses lettres, le tout enveloppé de palmiers importés, replantés dans un décor "exotique" plutôt brumeux... Sortie de mes rêves, épuisée, je pensai à téléphoner à la maison afin que mon frérot vienne me chercher avec son pick-up loué. Rentrée à la chaleur du foyer familial, je me sentis réconfortée par le sourire des miens, mais si lointaine. Enfin, nous étions là tous réunis sous les bons auspices de la Fraternité et de l'Amour viable. Frères, réjouissons-nous car je ne fais que passer... Ma mère assise à la chandelle, au bout de sa table bien garnie, m'attendait pour porter un toast et remercier "son" Dieu pour l'abondance dont nous jouissions. Elle se veut ainsi, une inspiratrice, même si, sous le regard réprobateur et désabusé des jeunes, elle paraît démodée. Elle poursuit la tradition du paternel qui ressemblait à certains égards à Arnaud Desjardins, par ses yeux d'un bleu sorti des profondeurs marines, sa grande sagesse et son débit de paroles philosophiques plutôt lent.
Ma
"petite misère" on la dit temporaire et on
n'en fera pas tout un plat surtout qu'on voit pire que
ça par ce que la télé veut bien nous montrer...
(dans ma tête se déroulent les images du passage
initiatique des Tibétains, quittant leur pays d'origine
et traversant les chaînes de montagnes pour rejoindre
le Dalaï-Lama exilé en Inde. Ne pouvant compter
que sur eux-mêmes, hommes/ femmes et enfants sont
livrés au cours de leur longue marche à leurs propres
forces car inutile d'espérer rencontrer "âme qui
vive" dans ce désert glacial et enneigé, sauf au
bout de l'expédition, l'ESPOIR
de recouvrer leur liberté!!!)
Quand on navigue seul sans moteur l'on peut parfois rencontrer un certain "bonheur
d'occasion" comme ce jour où j'ai eu la chance, lors d'une randonnée dans les bois de Stoneham, de contempler un Harfang des Neiges.
Non ce n'était pas une illusion car mon P'tit Pou en
rentrant à la maison m'a dit: "Ma tante Paula,
j'ai eu des p'tits frissons..."
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