|
Je
suis assise dans une station de métro et j'attends le
train depuis cinq bonnes minutes. Également assises, à
ma gauche, deux adolescentes font discrètement la
conversation quand passe devant nous une dame dans la
cinquantaine au visage courroucé. Elle parle toute
seule, gesticule dans le vide, marmonne des injures à
un ennemi imaginaire et ses yeux fous semblent chercher
noise à quelque chose ou à quelqu'un. Soudain, elle
tourne la tête dans notre direction et son regard se
braque sur les jeunes filles. J'évite de la regarder
dans les yeux mais l'une des filles, une petite blonde,
croit que la dame s'est adressée à elle et demande :
- Pardon, vous dites?
Comme
si la question eut l'effet d'une bombe, la dame fonce
droit vers elle en mugissant :
- Hein??? Quoi??? Petite effrontée! Je t'ai pas parlé! Où sont donc tes manières!!!
-
Oh, pardonnez-moi, balbutie la jeune fille, toute
confuse. Je croyais que vous vous adressiez à moi.
Je suis désolée si...
-
Tais-toé donc! vocifère la dame. Je viens d'te dire que
je veux pas t'parler! hurle-t-elle. Mêle-toé d'tes
affaires, s'tie!!! crache-t-elle à la figure de la
pauvre fille qui recule sur son siège et tourne au
pourpre.
Je
voudrais souffler un mot à l'oreille de la petite, lui
dire de simplement détourner le regard mais sa
compagne, dans un geste solidaire, tente d'apaiser la
dame en lui expliquant que son amie ne voulait pas la
contrarier. Ce qui ne fait que décupler la rage de la
dame qui rugit de plus belle :
- Espèces de p'tites effrontées! Non, mais allez-vous vous taire, OUI OU NON!!!
La
moutarde me monte au nez car la folle semble tout à
fait capable d'en venir aux coups. Mais quoi faire face
à une telle violence? Une intervention ne ferait
qu'ajouter de l'huile sur le feu, songeai-je,
impuissante, quand (Dieu merci!), le train arrive
enfin.
Je
me lève sur la pointe des pieds et m'éloigne pour
éviter de monter à bord le même wagon, puis je
m'entasse parmi la foule tout en imaginant les propos
que doivent échanger les adolescentes. Sans doute
sont-elles en train de se moquer allègrement de la
vieille, y allant de commentaires plutôt crus. Ou mieux
encore, elles donnent enfin libre cours à leur
stupéfaction et sont prises d'un fou rire cathartique
en songeant à l'absurdité de la situation.
Perdue
dans mes pensées, mes yeux se posent distraitement sur
la vitrine qui donne sur le wagon voisin quand soudain,
j'y aperçois les deux jeunes filles. Je vois d'abord la
petite blonde, assise et le visage tout convulsé. Elle
pleure à chaudes larmes tandis que sa copine, penchée
sur elle, lui tend un papier mouchoir et tente de la
consoler en lui entourant les épaules.
Merde!
|