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Nous
sommes à la mi-novembre, il n'est que 5 h 30 de
l'après-midi mais il fait nuit depuis plus d'une heure
déjà. Marielle, vingt-cinq ans, rentre du bureau
et monte les marches de l'escalier qui la ramène chez
elle, un petit trois pièces qu'elle partage avec Paul,
son conjoint, ainsi que leur gros chat orangé,
Poil-de-carotte. Paul, mécanicien de métier,
rentrera une demi-heure après elle, comme d'habitude.
En
ouvrant la porte d'entrée qui donne sur le salon, elle
aperçoit dans la pénombre la lueur blafarde du
téléviseur, vraisemblablement resté allumé pendant la
journée.
" Paul a sans doute oublié d'éteindre l'appareil avant de sortir ce matin " se dit-elle en caressant distraitement Poil-de-carotte venu l'accueillir.
Elle
enlève son manteau et passe se rafraîchir à la salle de
bain.
À six heures pile, Paul entre alors qu'elle est à la cuisine en train de faire bouillir l'eau des spaghettis.
- Salut, dit-il en venant lui faire la bise. Bonne journée au bureau?
- Assez bien remplie, merci. Et toi?
-
Journée éreintante au garage, soupire-t-il tout en
retirant ses vêtements souillés. Un client a
passé tout l'après-midi à me regarder changer sa
transmission. Je déteste quand les clients
restent plantés là dans mon dos, à guetter mes moindres
gestes. C'est énervant comme tu peux pas savoir.
-
Il faut les comprendre, sourit Marielle.
C'est leur voiture que tu bricoles, leur bébé, quoi.
-
S'ils se contentaient de regarder...
mais non. Ils n'arrêtent pas de dire " fais ceci, attention, pas comme ça ". Ils s'imaginent me faciliter la tâche alors que c'est tout le contraire. Ah, si je ne m'étais pas retenu, je lui aurais flanqué ma boîte d'outils dans les bras, à celui-là, pour qu'il fasse la job tout seul.
Marielle lui cloue le bec en y introduisant une nouille cuite.
- Est-ce cuit à point?
- Hmm, hmm, fait Paul en lui souriant pour la première fois.
Tous
deux se mettent à table, regardent un peu la télé mais
sont trop fatigués pour veiller et se mettent au lit
dès 10 heures.
-
Dis, Paul, chuchote Marielle, tu n'oublieras pas
d'éteindre la télé avant de sortir demain matin?
-
Hmm? marmonne Paul qui était déjà à moitié
endormi. Tu sais bien que je ne regarde pas la
télé le matin, ajoute-t-il dans un long baillement.
-
La télé jouait quand je suis rentrée ce soir, dit
Marielle. Il y avait l'image, mais pas le son.
Paul ouvre un oeil.
-
Bof, on a dû oublier de l'éteindre hier soir, dit-il en
se renfrognant sous les couvertures.
Allez, bonne nuit, fait-il en lui tapotant le genou avant de se retourner pour de bon.
Marielle reste perplexe mais se dit qu'il a sûrement raison.
Le
lendemain soir, en rentrant du travail, elle aperçoit à
nouveau la télé allumée au salon et qui joue en
sourdine, cette fois. Paul serait-il déjà rentré?
- Paul? appelle-t-elle avant de refermer la porte. Paul? Tu es là?
Pas de réponse.
Intriguée,
elle ferme doucement la porte de l'appartement et fait
le tour des trois pièces tandis que Poil-de-carotte, en
quête d'une première caresse, la suit sur les talons.
Constatant
que Paul n'y est pas, elle enlève son manteau et refait
le tour de l'appartement, minutieusement cette fois,
pour voir si on n'a pas volé quelque chose. Mais
aucun objet de valeur ne semble avoir été volé :
système de son, ordinateur, appareil photo, tout y est.
Lorsqu'à
six heures elle entend les pas de Paul dans le
vestibule, elle se précipite à sa rencontre.
-
Paul, la télé jouait encore ce soir quand je suis
rentrée!
Je suis sûre que quelqu'un s'introduit chez nous en notre absence.
Paul, qui avait commencé d'enlever son manteau, s'arrête net et fronce le sourcil.
- Tu es sûre de ce que tu dis?
- Absolument!
- Est-ce qu'on a volé quelque chose? demande-t-il.
-
J'ai beau chercher, dit Marielle, mais il semble que
non. Qu'est-ce qui se passe, Paul?
Songeur, Paul fait le tour du salon des yeux comme pour y trouver réponse.
- As-tu prêté ta clé à quelqu'un? demande-t-il.
-
Non, dit Marielle.
Et à part nous, le seul qui possède la clé du logement, c'est le propriétaire, en bas. Mais il ne monte jamais ici sauf pour effectuer quelques rares réparations. D'ailleurs, il nous en avise toujours à l'avance.
-
Attend-moi ici, dit Paul en reboutonnant son
manteau. Je vais aller lui dire deux mots.
- Je viens avec toi, dit Marielle en attrapant un gilet à la hâte.
Tous
deux descendent au rez-de-chausée et sonnent chez le
propriétaire. Celui-ci les accueille avec sa
bonne humeur habituelle.
- Bonjour, vous deux! leur sourit-il. Entrez donc, je vous prie!
-
Nous ne serons que deux minutes, dit Paul, l'air
tracassé.
Nous aimerions savoir pourquoi vous entrez chez nous en notre absence, sans nous demander la permission.
Le
sourire du bonhomme s'estompe et il ouvre la bouche
comme pour protester. Mais il ne sait que hausser le
sourcil, l'air de n'y rien comprendre, et se gratte le
menton.
- Attendez, dit-il enfin. Francine! appelle-t-il. Viens ici, s'il te plaît!
Sa
femme, qui était à préparer le repas, vient à leur
rencontre en s'essuyant les mains sur son tablier.
- Francine, demande le monsieur, es-tu montée chez Paul et Marielle aujourd'hui?
- Non. Pourquoi?
-
Nos amis disent que quelqu'un est entré chez eux
pendant qu'ils étaient au travail.
Personnellement, je n'ai pas mis les pieds chez eux
depuis le jour où j'ai réparé leur baignoire, il y a de
cela, oh... plus de six mois.
- Êtes-vous bien certains de ce que vous dites? demande la dame.
-
Absolument certains, dit Marielle.
En fait, ça fait deux jours de suite que j'aperçois la télé allumée en rentrant du travail. Et ni Paul, ni moi ne l'avons laissée allumée; nous en sommes tout à fait sûrs.
-
À part nous, dit Paul, il n'y a que vous qui possédez
la clé du logement. Alors comment expliquez-vous
la chose?
-
Écoutez, dit le monsieur d'un air franchement désolé,
je vous jure que je ne suis pas entré chez vous; ni
hier, ni aujourd'hui. Et d'ailleurs, dit-il en
ricanant, pourquoi est-ce que j'irais chez vous pour
regarder la télé?
J'avoue que ma femme est plutôt stricte, ajoute-t-il en poussant cette dernière du coude, mais elle ne me défends tout de même pas de...
-
Vous n'auriez pas prêté votre clé à des amis, par
hasard? coupe Francine qui comprend la gravité de la
situation.
- Non, dit Paul.
Un
long moment s'écoule pendant lequel chacun se regarde,
dans l'attente d'une quelconque explication.
Enfin, Paul tire sa conjointe par le bras.
-
Viens-t-en, Marielle, dit-il. On va régler ça
nous-mêmes, fait-il en attirant cette dernière vers la
sortie.
Le
propriétaire et sa femme tentent de protester mais Paul
tire fermement sa conjointe par le bras et ils sortent
tous les deux.
Lorsqu'ils
ont regagné leur logis, Paul enlève ses bottes de
travail, les lance violemment par terre et s'affale sur
le divan.
Apeuré, Poil-de-carotte court se réfugier sous le siège.
- S'ils croient pouvoir entrer chez nous quand ça leur chante, grogne-t-il.
-
Voyons, Paul, dit Marielle, tu ne penses pas vraiment
que ce monsieur s'insinue chez nous comme un vulgaire
voleur! Ce n'est pas son genre; et tu le sais,
d'ailleurs.
C'est justement ce qui inquiète Paul.
- Qui ça peut-il bien être, alors? fait-il en levant les bras au ciel.
-
Poil-de-carotte est bien trop idiot pour allumer la
télé, rigole Marielle en agitant la main sous le divan
pour inciter le matou à sortir de sa cachette.
-
C'est un chien de garde qu'il nous faut, dit Paul qui
n'entend pas à rire.
Pas ce gros tas de poils paresseux, bougonne-t-il en apercevant le museau du matou entre ses jambes.
Comme
si ce dernier savait qu'on parlait de lui, il sort
enfin et se frôle aux chevilles de Paul dans l'espoir
de se faire gratter entre les deux oreilles. Mais
celui-ci, trop préoccupé, l'ignore totalement et se
frotte abondamment les yeux.
Après quelques minutes de réflexion, Paul se lève d'un air résolu et dit :
- Prépare le souper, tu veux bien? Quant à moi, j'ai quelque chose à faire.
Sur
ce, il se rhabille, enfile ses bottes et sort de
l'appartement. Marielle accourt à la fenêtre du
salon où elle le voit sauter dans sa voiture et partir
en trombe.
Dix minutes plus tard, il revient avec un petit sac.
Il
se déchausse, enlève son manteau et vide le sac sur le
siège du divan : une serrure toute neuve, quelques vis
et deux clés nouvelles.
-
Je vais changer notre serrure, dit-il en se mettant
tout de suite à l'œuvre.
On saura bien si le proprio dit vrai.
Marielle,
qui n'a plus très faim, le regarde s'affairer pendant
quelques instants puis décide de s'en retourner à la
cuisine.
Elle l'entend qui, comme un déchaèiné, cogne du marteau à grands coups pour déloger l'ancienne serrure. Au bout d'une dizaine de minutes, il ramasse ses outils et vient la retrouver.
-
Voilà qui est fait, dit-il en se frottant les mains. Tu
n'as plus à t'inquiéter, à présent. Je ne saurais
dire qui s'introduit chez nous, mais la prochaine fois
que le sacripan s'essaiera, il va frapper un mur.
Le
lendemain, vendredi soir, Marielle rentre du travail et
constate avec soulagement que la télé ne joue pas.
Elle soupire et remercie le ciel d'avoir un conjoint qui ne laisse pas traîner les choses.
Quand Paul rentre à son tour, elle l'accueille en lui sautant au cou.
- Ça a marché, ton truc! dit-elle. Personne n'est entré chez nous aujourd'hui!
Visiblement
soulagé lui aussi, Paul sourit en l'embrassant.
Puis il se détache d'elle pour enlever son manteau et
dit :
-
Tout de même... Jamais je n'aurais cru que le
proprio était du genre à fouiner chez ses
locataires. C'est vraiment dommage, mais ça me
donne presque envie de déménager. Pas toi?
-
Hmm... fait songeusement Marielle qui, elle aussi, a
peine à croire à un tel comportement de la part de ce
gentleman.
Tout
de même rassurés d'avoir enfin recouvré leur intimité,
ils passent un week-end paisible et sans histoire.
Le
lundi soir suivant, lorsque Marielle rentre du travail,
avant même d'avoir mis la clé dans la serrure elle
entend un vacarme à l'intérieur : la télé qui joue à
tue-tête.
Vite,
elle ouvre et se précipite sur l'appareil pour le faire
taire.
Instinctivement, elle fait une fois le tour de l'appartement mais n'y trouve toujours personne; et toujours aucune trace de vol, ni du passage de l'intrus.
" Bon sang, mais qu'est-ce qui nous arrive!!! " songe-t-elle avec angoisse.
Elle
retourne au salon et reste plantée là, encore tout
habillée, debout devant l'appareil éteint. Elle
ne sait que se triturer les mains et se creuser les
méninges. Enfin, elle enlève son manteau et va à
la fenêtre du salon pour guetter l'arrivée de Paul.
À
six heures pile, elle le voit qui stationne sa voiture
et elle lui ouvre avant même qu'il n'ait atteint le
haut de l'escalier.
- Paul! Oh, Paul! s'écrie-t-elle, on est encore entré chez nous aujourd'hui!
Décontenancé, Paul entre et laisse tomber les bras.
-
On a changé la serrure, Paul, dit Marielle d'un air
déconfit. Que peut-on faire de plus?
Paul
enlève enfin son manteau et se laisse choir sur le
divan, face à la télé.
Les coudes appuyés sur ses genoux, il croise les mains devant sa bouche et fronce les sourcils comme pour mieux réfléchir. Il demeure longuement ainsi en regardant autour de lui sans mot dire. Tout à coup, ses yeux s'arrêtent et se posent sur la table à café, juste devant lui. Il se penche, passe un doigt sur sa surface et trace un " S " dans la poussière. Il frotte ensemble le pouce et l'index et hume.
- Qu'est-ce que c'est? demande Marielle qui s'approche pour mieux voir.
- On dirait des miettes, dit-il en lui tendant l'index.
- Hein???
Marielle
jette un coup d'oeil sur la table et aperçoit, en
effet, quelque chose qui ressemble à des miettes.
- En effet, on dirait des miettes. Des miettes de biscuit, précise-t-elle.
Elle en ramasse quelques-unes puis se risque à y goûter : c'est sucré.
-
Ce sont définitivement des biscuits, dit-elle, il n'y a
pas de doute. On dirait même des biscuits au son.
Des biscuits comme... comme... Oh!
Vite,
elle accourt à la cuisine et fouille le garde-manger où
elle trouve leur boîte de biscuits au son presque vide
qui gît sur la mauvaise tablette.
- Paul, s'écrie-t-elle, ce sont nos biscuits! Quelqu'un a mangé nos biscuits!!!
Paul
la rejoint et la regarde d'un air ahuri. Il jette
un coup d'oeil à la fenêtre qui donne sur le balcon
arrière et soudain, comme quelqu'un qui vient de
comprendre une énigme pourtant simple, il se tape le
front avec la paume de sa main.
- La porte du balcon! dit-il. Nous avons oublié de verrouiller la porte du balcon!
-
Décidément, fait Marielle qui ricane nerveusement, nous
ne sommes pas très futés! On change la serrure de
la porte d'entrée et on oublie de verrouiller la porte
arrière!
-
Idiots à ce point, rigole Paul en hochant la tête, nous
mériterions véritablement de nous faire cambrioler!
Ils rient un bon coup mais Paul redevient vite perplexe.
- Ça ne résout toujours pas l'énigme, soupire-t-il.
- En effet, acquiesce Marielle qui se met à marcher en rond dans la cuisine.
-
Dis-moi, Paul, ajoute-t-elle, que penses-tu de
quelqu'un qui s'introduit chez les gens, non pas pour
voler mais pour regarder la télé et manger des
biscuits? Tu ne trouves pas ça bizarre, toi?
-
Ce doit être quelqu'un qui a drôlement faim, dit Paul.
Sûrement un sans-abri. Ou encore des ados qui se
croient futés, je ne sais pas, moi...
Marielle
prépare enfin le souper et Paul, l'air songeur, se met
à table et sirote une bière tout en regardant
distraitement par la fenêtre.
-
J'ai une idée, dit-il soudain.
La seule façon de savoir qui s'introduit chez nous est de prendre le voleur sur le fait. Que dirais-tu de prendre congé demain? Nous resterions à la maison tous les deux pour constater de visu?
- Oh... Tu n'as pas peur?
- Ne crains rien, je serai très prudent.
-
Bon, d'accord, dit enfin Marielle.
Mais promet-moi de garder ton cellulaire à portée de main. Je veux dire, au cas où...
- Bien sûr.
-
Ok. Et nous ferons exactement comme si nous
étions partis travailler : nous garderons les rideaux
fermés, les stores baissés et les lumières éteintes.
-
Je crois même que je vais laisser la porte du balcon
arrière déverrouillée pour lui faciliter la tâche, à
cette fripouille.
- Oh, Paul...
- Ben quoi? Veux-tu le voir à l'œuvre, ton voleur, oui ou non?
- Décidément, soupire Marielle, tu es plus brave que moi.
- Ne crains rien, répéte Paul en lui entourant les épaules, je jure d'être très prudent.
- D'accord.
Le
lendemain matin, ils passent un coup de téléphone à
leur patron pour les aviser de leur absence, puis ils
font leur toilette et s'habillent. Vers 9 heures,
ils s'apprêtent à prendre un petit-déjeuner paisible à
la cuisine quand tout à coup, ils entendent des pas
monter l'escalier arrière.
Vite,
ils courent se réfugier dans leur chambre à coucher.
Comme prévu, ils ont pris soin de garder le store baissé et dans la pénombre, le coeur de Marielle bat fort tandis qu'elle voit Paul chercher un objet en guise d'arme. Il saisit le premier qui lui tombe sous la main : un lourd bibelot en forme d'urne à goulot étroit.
- On ne sait jamais... dit-il.
- Hé, là! proteste Marielle, c'est le cadeau de mariage de maman!
Paul sourit d'un air bébête.
- Eh bien, tu lui diras qu'il a enfin servi à quelque chose.
Comme
la cuisine n'est pas visible de leur chambre, Paul se
poste derrière la porte entrebaillée au cas où le
voleur passerait devant eux.
Lorsqu'ils
entendent enfin la porte du balcon s'ouvrir, Paul met
un doigt sur sa bouche pour signifier à Marielle de ne
pas faire de bruit. Potiche en l'air, il se tient
coi, prêt à assommer l'intrus, tandis que Marielle
retient son souffle debout derrière lui.
On
entend d'abord des pas sur le parquet de la cuisine,
puis des bruissements de papier comme quelqu'un qui
fouille le garde-manger. Tout à coup, on chuchote à
voix basse.
"
L'intrus n'est pas seul! ", songe Marielle avec
horreur.
Bien que les malfaiteurs ne soient pas encore dans son champ de vision, Paul a entendu, lui aussi, et est aux aguets.
Tout
à coup, comme des figures sorties d'un conte des frères
Grimm, deux silhouettes enfantines passent impunément
sous leurs yeux, provision de biscuits au bras, et se
dirigent droit au salon où elles allument la télé et
s'installent confortablement devant l'appareil.
-
Des enfants! chuchote Marielle en écarquillant les
yeux.
Te rends-tu compte, Paul? Ce sont des enfants! Deux petits gars, peut-être même pas d'âge scolaire!
" Bip-Bip! " fait soudain la télé et Marielle ne peut s'empêcher de sourire.
- Ils regardent des dessins animés! dit-elle.
- On dirait même Bugs Bunny! ricane Paul à son tour.
-
Oh, Paul, fait Marielle qui commence à s'attendrir,
qu'est-ce qu'on fait maintenant?
On ne va tout de même pas appeler la police?
-
Évidemment non, dit Paul. Mais je crois que nos
petits voyous auraient besoin d'une bonne leçon.
Écoute, chuchote-t-il, voici ce qu'on va faire. Je vais sortir et me montrer au salon. Dès que j'ouvre cette porte, tu files à la cuisine et tu fais sentinelle devant la sortie pour éviter qu'ils ne se sauvent par la porte du balcon. Quant à moi, fait-il en reposant par terre le fameux bibelot (au grand soulagement de Marielle), je vais aller faire connaissance.
- Vas-y mollo, hein? dit-elle. Ce ne sont que des enfants...
-
Ne t'en fais pas, je vais leur faire juste une petite
frousse.
Allez, je compte et à trois, on y va. Tu es prête?
- Ok.
- Un... Deux... Trois!!!
Il
ouvre, Marielle court se poster à la cuisine tandis que
Paul fait brusquement la lu- mière au salon et surprend
en flagrant délit les deux petits diables acroupis par
terre, la bouche pleine et la main dans le sac.
Épouvantés, ils bondissent comme deux polichinelles et déguerpissent à la cuisine où ils se cognent aux genoux de Marielle qui leur barre la route.
Tel
un ogre, Paul voute les épaules et arrive derrière eux
en se traînant bruyamment les pieds.
Les petits, traqués de toutes parts, stoppent et figent sur place au beau milieu de la cuisine, entre leurs deux poursuivants.
-
Ha-ha!!! fait Paul de sa voix de stentor. Voilà
enfin les voleurs démasqués! Vous croyiez qu'on
ne vous attraperait pas, hein?
Eh bien, les p'tits amis, dit-il en se frottant les mains, nous allons enfin faire connaissance!
Le
plus âgé a une abondante chevelure noire hirsute qui
lui tombe en mèches raides sur le front tandis que
l'autre, un petit blond tout frisé, a les yeux clairs
et le teint pâle. Mais leur visage à tous les deux est
d'une saleté incroyable, constate Marielle avec
horreur.
Soudain,
d'un geste de la main, elle fait signe à Paul de se
taire. Est-ce leur grande maigreur, leur visage
affreusement barbouillé, leurs cheveux archi-sales ou
encore leurs vêtements trop courts et déchirés?
Elle sent qu'il ne s'agit pas là d'enfants comme les autres. De plus, elle remarque qu'ils ne sont vêtus que de jeans et de minces chandails de laine alors qu'il fait mois trois dehors.
- Attend, Paul, dit-elle, regarde leurs vêtements
Paul
arrête son numéro de clown et constate, lui aussi,
l'allure pitoyable des petits.
On dirait des petits sauvages, songe-t-il. Et quelle est cette odeur qui empeste la cuisine?
Tout
à coup, la lèvre inférieure du petit blond se met à
trembler, comme s'il allait se mettre à pleurer.
Les
adultes se regardent et ne savent quoi penser.
Enfin, Marielle s'avance vers eux d'un air attendri mais aussitôt, les deux enfants se serrent l'un contre l'autre et le plus vieux se protège la tête d'un bras levé, comme pour se prémunir d'une éventuelle taloche.
-
Oh, mes pauvres petits, s'exclame Marielle qui s'arrête
net de marcher et regrette à présent sa complicité dans
l'embuscade. Où allez-vous donc, comme ça, les
enfants? Et d'où venez-vous?
-
N'ayez crainte, les enfants, dit Paul en radoucissant
le ton. Nous n'allons pas vous faire de
mal. Nous voulions juste savoir qui était la
petite souris qui venait grignoter nos biscuits,
ricane-t-il pour tenter de ne pas les apeurer.
Marielle
veut s'avancer vers eux à nouveau puis elle constate
les trous béants aux coudes de leur chandail et le
coeur lui manque une fois de plus.
Tout doucement, elle allonge le bras vers la table et tire des chaises.
-
Venez, fait-elle de sa voix la plus rassurante; venez,
asseyez-vous.
Nous ne vous ferons aucun mal, je vous le promets, ajoute-t-elle en prenant place elle-même sur une chaise.
Le
plus vieux la regarde furtivement derrière ses mèches
hirsutes et hésite, mais Marielle tapote un siège en
l'incitant d'un geste de la tête. D'un pas
incertain, il s'approche enfin et s'assied sur le bout
du siège.
L'autre, le petit blond, l'imite aussitôt et s'assoit rondement tout en ne quittant pas son frère de l'oeil.
-
Bon, commençons par le début, vous voulez bien? dit
Marielle. Alors, comment vous appelez-vous?
-
Marco, marmonne le garçon aux cheveux noirs en baissant
les yeux derrière ses mèches raides.
- Et lui, c'est ton petit frère?
Il acquiesce imperceptiblement.
- Il s'appelle Jacquot, dit-il enfin en se regardant les pieds.
-
Marco et Jacquot. Eh bien, ravie de faire votre
connaissance, dit Marielle en jetant un coup d'oeil
vers son conjoint. Vous avouerez toutefois,
poursuit-elle, que nous aurions pu nous rencontrer dans
de meilleures circonstances, n'est-ce pas?
Mal
à son aise et peu fier de s'être fait piéger, Marco
crâne un peu, affecte la désinvolture, se gratte
nonchalamment le coude et regarde ailleurs tandis que
Jacquot, qui semble manifestement aligner sa conduite
sur la sienne, reste muet comme son frère aîné.
-
Dites, les enfants, demande enfin Paul, pourquoi vous
introduire chez des étrangers pour manger alors qu'il
serait si simple de demander à votre maman?
- Maman est malade, répond Jacquot que son frère fustige aussitôt du regard.
Les
adultes n'ont rien raté et sentent qu'il y a nettement
quelque chose de louche. Supputant qu'il sera plus
facile de faire parler Jacquot, Marielle s'adresse au
petit blond.
- Et de quoi souffre votre maman? lui demande-t-elle.
Jacquot
consulte son frère du regard une fois de plus et il est
visiblement nerveux.
Mais c'est Marco qui répond à sa place.
-
Maman est fatiguée ajourd'hui, dit-il en rejetant la
tête en arrière pour chasser une mèche rebelle, mais
demain c'est mardi et elle ira beaucoup mieux.
De
plus en plus intrigués, Paul et Marielle se regardent
d'un air ahuri.
Comme mue par une intuition, cette dernière fait signe à son conjoint de la laisser seule avec les enfants et Paul s'esquive discrètement au salon.
-
Allons, les enfants, dit Marielle, soyez sans crainte :
nous n'allons pas vous gronder pour avoir mangé des
biscuits si vous avez le ventre creu.
D'ailleurs, poursuit-elle en se levant pour fouiller l'armoire, je veux que vous mangiez à votre faim. Tenez, dit-elle en versant le contenu d'un sac de biscuits dans une assiette qu'elle pose sur la table, puis elle sert à chacun un grand verre de lait.
-
Maintenant, dit-elle en se rassoyant, j'aimerais que
vous me disiez qui prend soin de vous en l'absence de
votre maman.
- Oh, mais maman n'est pas absente! dit Marco. Elle est à la maison.
- Mais alors, qui vous sert vos repas et lave votre linge?
-
On fait ça tout seuls, dit Marco sans daigner toucher
aux biscuits tandis que son frère, d'un naturel plus
spontané, s'empare déjà d'un troisième.
-
Ah, je vois, dit Marielle qui, en vérité, ne voit pas
très bien.
Elle regarde Jacquot s'empiffrer et sait que Marco se meurt de faire de même. Cette fierté presque adolescente chez ce petit homme d'à peine six ans, maigrichon et déjà trop grand pour ses vêtements, lui broie le coeur une fois de plus.
- Où habitez-vous, demande-t-elle?
- Là-bas, fait Marco en pointant vaguement le paysage à la fenêtre.
- Est-ce que vous allez à l'école?
- J'irai l'année prochaine, dit-il avec une petite lueur de fierté dans les yeux.
-
Et votre papa? demande Marielle en s'adressant à
Jacquot, cette fois. Où est votre papa?
La
bouche pleine, Jacquot ne s'embêtait visiblement pas et
allait répondre tout de go, mais Marco le regarde et le
petit s'arrête net de mâcher. Son regard va et
vient de Marco à Marielle et cette dernière pousse un
long soupir.
-
Écoutez, les enfants, dit-elle, je veux bien croire que
votre maman est malade, mais vous êtes dans un état
pitoyable. Je suis sûre que si elle vous voyait
ainsi...
Elle
aperçoit soudain la tête de Paul se pointer à l'entrée
de la cuisine.
Jugeant avoir mis les enfants suffisamment en confiance, lui fait signe de venir se joindre à eux.
-
Paul, dit-elle, ces enfants sont laissés à eux-mêmes,
j'en suis sûre. Leur maman n'est pas en mesure de
s'occuper d'eux et je crains fort que si nous les
laissons repartir ainsi, nous en aurons gros sur la
conscience.
Que dirais-tu de m'accompagner jusque chez eux?
-
Non!!! s'écrie tout à coup Marco. Mais il
regrette aussitôt son emportement et ajoute, sur un ton
plus mesuré :
- Je veux dire, c'est pas nécessaire.
Ce
volte-face surprend quelque peu Marielle et aiguise
d'autant plus sa curiosité.
Ces deux-là lui cachent quelque chose de gros et elle est bien décidée à ne pas les laisser partir avant de tout savoir. Elle sent qu'elle va devoir leur faire violence mais elle se doit d'insister.
-
Écoute, Marco, dit-elle en se penchant pour le regarder
dans les yeux, je sens que tu as de bonnes raisons de
ne pas vouloir nous montrer où tu habites.
Mais nous ne pouvons laisser partir deux petits garçons de votre âge sans avoir la certitude que quelqu'un va s'occuper de vous convenablement. Alors tu vas être un brave garçon et nous montrer où tu habites, n'est-ce pas?
En
voyant Paul endosser son manteau, Marco sait que la
partie est déjà perdue et il se mord les lèvres.
Enfin, il pointe le grand Paul du doigt et demande :
- Est-ce qu'il vient aussi?
-
Oui, dit Marielle.
Paul et moi sommes toujours ensemble. Ce que je fais, Paul le fait avec moi.
Résigné,
Marco regarde les adultes s'habiller et tous les quatre
sortent enfin dehors, les petits suivis des grands.
Après
avoir parcouru trois pâtés de maisons, les enfants
empruntent une ruelle et s'arrêtent devant une série de
hangars délabrés qui servent de remise à l'arrière de
taudis. Marco fait signe aux adultes d'attendre
tandis qu'il se glisse à l'intérieur d'un hangar en
compagnie de son frère.
- Pourquoi ne nous font-ils pas passer par l'avant? chuchote Marielle.
Paul ne sait que hausser les épaules.
Après
une bonne dizaine de minutes, ils commencent à croire
que les gamins leur ont filé entre les pattes quand
Marco ressort enfin et les invite à le suivre.
Paul et Marielle pénètrent dans le hangar où ils doivent baisser la tête pour éviter de se cogner au plafond.
Ils
marchent, non pas sur un plancher dur mais un sol
inégal fait d'un amoncellement d'objets hétéroclytes :
des boîtes de carton humides, des piles de vieux
journaux; des édredons qui sentent le moisi et la pisse
de chat; des bouts de tapis souillés; des pelles à
neige, des outils, une carcasse de bicyclette couchée
par terre, de vieux bidons d'essence, etc.
Au
fond du hangar, ils passent une porte et pénètrent dans
la cuisine. C'est une pièce encombrée où traînent
pêle-mêle sur le comptoir des montagnes de vaisselle
sale, des dizaines de bouteilles de boissons gazeuses
vides et des restes de repas. Des fèves au lard
figées dans leur graisse gisent dans des assiettes de
carton sur la table.
Des morceaux de pizza rassis, des boîtes de conserve à moitié vides, des sacs de chips et de biscuits sont éparpillés tout partout. Des verres sales qui collent au plancher jonchent leur passage. Mais le plus repoussant, c'est cette odeur, ce relent qui flottait autour des enfants et qui imprègne toute la maison.
Marco,
que Jacquot ne lâche pas d'une semelle, fait passer les
adultes au salon, une toute petite pièce sombre où
trône une table à café sur trois pattes en forme de
boumerang.
Il leur indique le divan mais Marielle aperçoit le tissu déchiré et le rembourrage, les taches et la couleur douteuse. Tout comme Paul, elle choisit de rester debout.
- Où est votre maman? demande Paul.
Marco jette un coup d'oeil à la fenêtre, se dandine, se fouille le nez, gagne du temps.
- Maman est sortie, dit-il enfin mais tout en évitant son regard.
Paul
consulte Marielle de l'oeil et sans plus attendre, il
se dirige vers une porte qui donne vraisemblablement
sur une chambre à coucher.
Aussitôt, Marco s'interpose pour lui bloquer le passage.
-
Désolé, dit Paul en le repoussant doucement mais
fermement. Je suis désolé, mon grand, mais je
dois savoir ce qu'il y a dans cette pièce.
Marco
blêmit mais sait qu'il ne peut empêcher un homme de la
taille de Paul de faire à sa guise.
Lorsque
Paul ouvre la porte, il voit pièce sombre aux stores
baissés. Il distingue sous les couverture d'un
lit la forme d'un corps adulte; une chevelure bouclée
repose sur l'oreiller. Il s'arrête sur le pas de
la porte et se râcle la gorge comme pour signaler sa
présence. La dame, qui ne dormait
vraisemblablement pas, rabat l'édredon pour voir qui
c'est.
En apercevant Paul, elle referme les yeux et dit d'une voix passablement éraillée :
- Pas ce soir, chéri. C'est mon jour de congé.
Puis elle se retourne sur le ventre comme pour clore la discussion.
Croyant
qu'elle l'avait confondu avec quelqu'un d'autre, Paul
s'avance de quelques pas et dit :
-
Euh... mon nom est Paul.
Ce sont les enfants qui m'ont amené ici. Je crois comprendre que vous êtes souffrante. Puis-je faire quelque chose pour vous?
Mais la femme lui tourne toujours le dos et ne répond pas.
Lorsque
ses yeux s'habituent peu à peu à la pénombre, Paul
croit comprendre qu'il s'agit d'une jeune femme dans la
vingtaine. Il apercoit une épaule nue tatouée
d'une tulipe, puis des bandages et des seringues sur la
table de chevet.
Au même instant, Marielle s'avance sur la pointe des pieds derrière lui et la première chose qu'elle aperçoit, ce sont les seringues. Elle porte aussitôt la main à sa bouche.
-
Mon Dieu! s'exclame-t-elle à voix basse en les lui
montrant du doigt. Qu'est-ce qu'on doit faire,
Paul?
Sur ce, la dame se retourne vivement et leur crie d'une voix rauque :
- CRISSEZ-MOÉ DONC L'CAMP DEHORS, OSTIE !!!
Paul
et Marielle sursautent et constatent, pour la première
fois, le visage émacié et les yeux cernés qui les
fixent intensément mais qui ne distinguent
vraisemblablement plus le jour de la nuit; l'amour de
la haine; la vie de la mort.
Ils
reculent instinctivement et se heurtent aux petits qui
les avaient rejoints.
Marielle les attire doucement hors de la chambre, suivie de Paul qui referme la porte derrière lui.
-
Il faut appeler l'ambulance, chuchote-t-il.
Occupe-toi des enfants pendant que je passe un coup de
téléphone.
- D'accord, dit Marielle.
S'agenouillant près des enfants, elle leur prend la main et dit :
-
Quelqu'un doit tout de suite s'occuper de votre maman.
Elle est très, très mal en point, en effet. Bien plus que vous ne pouvez vous l'imaginer, mes enfants.
-
Elle va aller beaucoup mieux demain, dit Marco.
Je le sais parce que demain c'est mardi.
Elle va toujours mieux le mardi.
Marielle
se relève et arpente le salon pensivement. "
Quel gâchis " songe-t-elle.
Elle ne peut certes pas prendre les petits sous son aile; elle n'en a ni la force morale, ni les moyens financiers. Non, c'est absolument irréaliste. Ce qu'il faut, c'est trouver de la parenté; un oncle, une tante à qui les confier. C'est ça : les autorités se chargeront de trouver de la parenté, essaie-t-elle de se convaincre. Mais les recherches prendront sans doute quelques jours et d'ici là, qui donc les hébergera...
Jacquot tire sur sa jupe et la sort de sa rêverie.
- Hé, est-ce qu'on peut aller chez toi pour jouer avec le gros minou?
Marielle
voit la petite frimousse toute barbouillée qui lui
sourit à pleines dents. Elle serait une voleuse
d'enfants que le petit serait prêt à la suivre là où
elle veut bien l'emmener.
Cette confiance aveugle lui donne le vertige.
Se
retournant vers Marco, elle le surprend qui la
dévisage, lui aussi, et qui attend sa réponse; comme si
cette réponse allait décider de leur sort à tous les
deux.
Marco qui, pour la première fois, laisse tomber le masque et montre son véritable visage d'enfant. " Ce qu'il doit être fatigué de jouer au papa... ", songe-t-ellle.
À
présent, elle ne doute plus un seul instant de ce
qu'elle va faire. Sans hésiter, elle leur entoure
les épaules en souriant.
-
Dites, les enfants, demande-t-elle sur un ton enjoué,
que diriez-vous de venir tous les deux passer quelques
jours chez nous? Juste quelques jours, hein?
Pour dîner, je vous préparerais un super spaghetti bien chaud avec plein de bonnes choses dedans.
- Avec des olives vertes et rouges? demande Jacquot.
-
D'accord. Mais avant toute chose, je vous ferai
prendre un bon bain chaud avec plein de sent-bon dans
la baignoire.
Marco esquisse un petit sourire narquois et dit :
- Le sent-bon, c'est pour les filles.
-
D'accord, lui accorde Marielle, pas de sent-bon si
c'est ce que tu veux. Mais il faudra passer à la
savonnette pour avoir droit à la bonne bouffe.
D'accord?
- Et pour le dessert, demande Jacquot, est-ce qu'il y aura des biscuits au chocolat?
- Si tu veux.
- Avec de la guimauve dedans? ricane-t-il en sautillant.
- Tant que tu voudras, ricane à son tour Marielle, emportée l'euphorie.
Puis elle aperçoit l'air songeur de Marco.
- Qu'est-ce qu'il y a Marco?
- Est-ce que maman va venir aussi? demande-t-il.
Elle s'agenouille près de lui et écarte une mèche de son front.
-
Non, mon chou, dit-elle.
Enfin, pas tout de suite. Paul va d'abord faire venir un médecin qui va s'occuper de guérir votre maman. Après on verra, hein?
"
Ok " acquiesce Marco, trop heureux de confier les
rennes à un adulte, ne serait-ce que pour quelques
jours.
"
Après, on verra... " se répète intérieurement
Marielle qui se dit qu'elle va prendre sa semaine de
vacances beaucoup plus tôt que prévu.
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