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Cé
le 23 au matin. Yé 9 heures, pis, comme tu le dirais
Grampa, y fait laite en criss dehors. Il pleut à
écorner les bœufs. Je suis à moitié endormi et
l'embrasure de ma porte de chambre laisse pénétrer
l'écho d'une voix féminine, celle de ma mère, Johanne.
C'est par cette conversation téléphonique que j'ai
appris, Grampa, que depuis les petites heures du matin
tu ne serais plus que souvenirs et pensées. De
nombreuses images du temps passé se sont ainsi
manifestées à mon esprit. Pis, Grampa, j'ai vraiment
envie de te dire ce que j'ai vu.
J'ai
vu une chaise berçante et un poêle à bois. Une partie
de hockey sur un téléviseur dans une maison remplie de
fumée. Je t'ai vu installé au bout de la table de
cuisine nous raconter des histoires et des anecdotes
aussi drôles les unes que les autres. Je t'ai vu me
montrant à tirer de la carabine, à bien viser, et
surtout, à « être patient ». Je t'ai vu
partir sur ton 4 roues faire la tournée des voisins, la
carabine à portée de la main (on cé jamais), ton chien
à tes côtés. J'ai vu une vielle minoune monter dans
l'allée sans savoir si on allait être capable d'y
revenir. J'ai vu des pigeons d'argiles et une carabine,
un feu de foyer et une cible. Une table sous un arbre,
une chaise balançoire. Une partie de pêche au bord de
la rivière. Et encore le 4 roues.
Grampa,
j'ai joué l'indifférent pour minimiser ma peine, mais
c'est la game qui m'a joué. Cé que je voulais pas
vraiment l'accepter. Pas ça. Puis maintenant, j'ai
peur. Tellement peur. Peur de ne pas être en mesure de
t'écrire un petit mot à l'image de tout le respect et
l'amour que je te porte. Je souhaite que mes mots
puissent porter ton souvenir. Reste que tout ce que je
lègue à l'encre et au papier est vrai. Pis, je crois
que c'est ce que j'ai retenu le plus de toi, Grampa,
rester vrai. S'arrêter pour prendre le temps de
contempler ce que la vie a de plus beau à nous offrir.
N'empêche que l'inévitable finit toujours par se
produire. C'est un lourd fardeau qui peine à
disparaître. Mais cette leçon de vie que j'ai apprise à
force de te côtoyer me permet néanmoins d'y retenir des
souvenirs impérissables.
Et
je t'ai vu, dans la clairière, droit et fort comme un
arbre, la carabine au poing, alerte et vigilant. Tu
respires à pleins poumons l'air de ta campagne.
Heille
Grampa, la brise, la sens-tu la brise? Et la fumée
provenant du feu, la sens-tu elle? Grampa, Heille
Grampa…
Respire.
Puis
le sourire met venu aux lèvres. Je me suis dit que
l'orage va finir par passer puis que ça va être une
belle journée.
Une superbe journée à l'orée du bois.
Je t'aime.
Ton petit-fils,
Après
un long combat, monsieur Jean Giroux est décédé le 23
octobre 2007 d'une insuffisance respiratoire.
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