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POURQUOI
NE CONSERVONS-NOUS PAS DE SOUVENIRS DE CHACUN DE NOS RÊVES?
Bien que cette
affirmation repose sur l'évidence, il est toutefois intéressant de découvrir ce que
les chercheurs scientifiques ont à raconter à ce sujet. Prenons par exemple la
pensée de Hervey Saint-Denys et celle de Dugald-Stewart. Le premier nous a
laissé des écrits sur le sujet datant de 1867. Le deuxième, pour sa part, est un
philosophe écossais tout à fait convaincu qu'une partie fondamentale de notre
VOLONTÉ subsiste même lors du sommeil, et ce, malgré le fait que la puissance de
notre volonté ait perdu une bonne partie de sa puissance libérée au profit de la
récupération des organes du corps. Il n'en reste pas moins selon son opinion, la
capacité de notre conscience à réaliser des associations d'idées constituant la
trame du rêve.
Bien que les chercheurs et psychologues de l'époque
ignoraient encore le rôle du processus inconscient de l'affectivité, il n'en reste
pas moins qu'à leurs yeux, la volonté n'est jamais nécessairement éclipsée de nos
rêves nocturnes, du moins pas nécessairement dans tous. Il cite un exemple
permettant de mieux traduire sa pensée. Il avait discuté avec un de ses amis de
l'un des aspects symboliques du rêve. Il affirmait que pour éviter de vivre des
impressions désagréables, il ne fallait jamais imaginer de DESCENTE. Or, à quelques
jours de là, une nuit son ami rêva qu'il descendait un escalier. Cependant, dans
son rêve, il se souvint soudainement des propos à ce sujet. Il se rappelle être
parvenu à choisir de s'arrêter et d'avoir cherché, avec difficulté à remonter
l'escalier. N'y réussissant pas, il fut réveillé par ses efforts et constata qu'il
avait un début d'indigestion, ce qui d'habitude provoquait régulièrement chez lui
un cauchemar qu'il s'évita cette nuit-là. De là, la conclusion des chercheurs que
lors de nos rêves, et il en est habituellement de même en état d'hypnose, la grande
majorité des dormeurs conservent un esprit critique vigilant jusque dans une
certaine mesure.
De ce constat part une nouvelle conclusion à savoir que
l'introduction d'un certain entraînement de cet esprit critique peut posséder une
influence tangible sur notre capacité de conserver ou pas le souvenir de certains
rêves plus que d'autres.
Par contre, il est important de préciser qu'il ne
s'agit pas nécessairement ici d'une volonté dite libre. Il est aujourd'hui connu,
comme l'a démontré par la suite la psychanalyse, que la volonté puisse, dans une
certaine mesure être influencée par la réalisation d'un désir ou l'expression d'une
crainte sans être nécessairement, à chaque fois, issue d'une situation refoulée.
Pierre Janet, un autre chercheur, pense pour sa part qu'il existe une
ATTITUDE de l'endormissement. Il mentionne que cette attitude est mise en action
lorsqu'un insomniaque insère ou fixe dans sa pensée une image particulière associée
au repos afin d'induire le sommeil en réapprenant en quelque sorte à sa volonté le
lâcher-prise nécessaire pour mieux parvenir à s'endormir.
À propos de
l'oubli de nos rêves, Freud pense qu'une forte censure morale provoque et explique
l'oubli de ceux-ci. D'autres scientifiques pensent au contraire que s'il y a oublie
c'est tout simplement parce que les conditions nécessaires à la mémorisation de
ceux-ci ne se trouvent pas toujours réunies.
QUELLES SONT CES CONDITIONS?
La première condition influençant leur mémorisation est L'INTENSITÉ DU
SENTIMENT VÉCU dans le rêve. Plus ce dernier est faible, moins il retiendra notre
attention pour nous en souvenir.
La seconde condition est l'importance
accordée aux analogies. Lorsque le rêve se trouve pertinemment relié à un sujet qui
préoccupe le dormeur lorsqu'il est éveillé, cela aura pour effet d'en favoriser
davantage le souvenir en raison de l'association inconsciente qu'il en fait. Cette
association serait susceptible de conduire le rêveur à des pistes de solutions ou,
du moins, de lui offrir un éclairage nouveau sur ce qui le préoccupe et le pousser
de ce fait à s'en souvenir davantage.
La mémoire est sélective dans une
bonne mesure. Considérons que, déjà dans un état éveillé, nous ne nous rappelons
pas nécessairement de tous les événements que nous avons vécus dans le passé, mais
que la mémoire tente d'en reconstituer à la fois l'image partielle et les émotions
ou sensations s'y rattachant. De la même façon, il serait assez difficile d'exiger
meilleure performance de notre mémoire onirique.
En général, la mémoire
s'affaire à reconstruire des images approximatives avec ce que, faute d'une
meilleure terminologie, nous appelons des « éléments souvenirs » tels que
des lignes droites, des courbes, des surfaces, des couleurs, susceptibles de
contribuer à ranimer l'excitation de certaines cellules du cortex provoquée à la
vue d'un objet similaire qui en rappelle le souvenir. Finalement, l'auteur parle de
« lambeaux de souvenir » dont se trouvent souvent composées les
principales sources de l'imagination. Jusqu'où l'imaginaire jouerait-il un rôle
prépondérant dans le degré de cohérence des rêves ou de l'interprétation qu'on en
fait? Par exemple : « Dans nos rêves, parfois nous croyons nous
entretenir avec diverses personnes, nous attribuons à autrui des pensées ou des
paroles qui ne sont autres que les nôtres… » Du moins notre auteur le
pense-t-il. À cette étape de mon exposé, j'évite de vous endormir davantage
avec les notions théoriques associées à l'influence du cortex, etc.
Mais
qu'en est-il de l'interprétation symbolique des rêves? Selon Hervey Saint-Denys, et
je suis parfaitement d'accord avec cette affirmation, un même symbole ne représente
pas nécessairement la même signification d'une personne à l'autre. Cela étant dit,
il serait non pertinent de rejeter d'emblée tous les dictionnaires du rêve.
Certains symbolismes conservent malgré tout un sens universel bien que ceux-ci
soient davantage associés aux émotions qu'ils suscitent. Par exemple, se faire
mordre par un chien dans un rêve restera universellement associé à un aspect
menaçant, etc. Le symbolisme des dictionnaires du rêve, pour sa part établissant
que le chien est par définition le meilleur ami de l'homme, établira que la menace
pourrait venir d'une personne soi intime ou fort bien connue du rêveur. Par contre,
pour un autre rêveur, un tel symbole pourrait signifier sa préoccupation à l'égard
du bien-être de son animal de compagnie, à supposer qu'il en possède un, et la
morsure de l'animal pourrait refléter inconsciemment la culpabilité du maître de
négliger son chien. Ainsi, qu'il s'agisse de la crainte de la traîtrise d'un proche
pour le premier dormeur ou encore de la manifestation d'un sentiment de culpabilité
pour le second dormeur, il n'en reste pas moins que l'interprétation symbolique se
trouve chaque fois directement reliée à l'émotion personnelle de chacun.
En
conclusion, selon les études sur les rêves de Hervey Saint-Denys, le pouvoir de se
souvenir de ses rêves dépend d'un certain nombre de conditions telles que :
- L'intensité du stimulus
(interne ou externe) ayant provoqué le rêve, car trop faible il ne retiendra
pas ce souvenir.
- L'attention du rêveur détournée ou non par un nouveau stimulus plus intense.
- La répétition du stimulus
ou encore la contemplation suffisamment longue de l'image provoquée par le
stimulus.
- L'importance accordée aux
analogies associées aux préoccupations du dormeur susceptible d'influence
l'attitude de son endormissement.
Finalement,
on entent part stimulus une excitation sensorielle venue de l'extérieur, ou bien
une excitation viscérale ou encore un sentiment profond
(excitation sous-corticale).
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