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Il
était une fois, une très jolie petite fille âgée de sept ans à peine. Elle
possédait une adorable frimousse d'ange et de jolies boucles d'or. Ses yeux bleus,
si profonds, étaient brillants comme de vrais diamants.
Elle
vivait dans un immense château ancestral tout en haut d'une montagne verdoyante.
Ses bons parents étaient des gens particulièrement aristocrates et souhaitaient
pour elle la meilleure éducation qui soit. On lui assigna donc un professeur privé
des plus compétents pour l'ensemble de ses apprentissages.
Elle
se recueillait souvent pour réviser ses leçons dans sa grande chambre
somptueusement décorée de volants légers, de fines dentelles, occupée par des
meubles entièrement sculptés à la main spécialement pour elle. Tous les objets de
luxe que l'on puisse imaginer s'y trouvaient déjà en sa possession tels que des
poupées de collection, un ordinateur dernier cri, des livres rares et très
recherchés de bandes dessinées, souvent dédicacés par les auteurs eux-mêmes.
Près
de la fenêtre, donnant sur les immenses jardins fleuris, se trouvait une jolie
coiffeuse où l'on pouvait voir, soigneusement rangées, des barrettes et des brosses
à cheveux serties de quelques pierres précieuses dont l'éclat se reflétait dans le
miroir du meuble au ton blanc contrastant avec ses dorures.
Chaque
matin, la femme de chambre disposait un bouquet de fleurs, les favorites de cette
petite fille, dans un grand vase que le miroir reflétait. Ce bouquet multicolore
embaumait agréablement toute la pièce d'un délicieux parfum subtil. Bref, elle
possédait tous les atouts d'une vraie princesse aux pays des merveilles.
Cependant,
une seule chose manquait à cette belle petite fille, elle se sentait désespérément
seule n'ayant pas l'opportunité de jouer avec aucun enfant de son âge. Elle avait
bien sûr déjà eu un petit faible pour le fils du jardinier mais ses parents
n'encourageaient pas nécessairement cette fréquentation, celui-ci n'appartenant pas
à leur classe.
Elle
conservait malgré tout de précieux souvenirs de ce garçon, se rappelant avec
candeur leurs jeux à deux, leurs courses folles à travers les monticules formés
d'amas de feuilles d'automne que le jardinier avait laborieusement constitués en de
nombreuse petites collines ici et là.
Dieu
qu'ils s'étaient amusés! Riant de bon cœur ensemble, au point d'en avoir les
joues empourprées d'un rose vif par l'excitation de ces fantaisies, à la fois
simples et vivifiantes. Oui, ces moments si merveilleux, resteront à tout jamais
gravés dans sa mémoire. Comment du reste effacer de telles joies issues d'une si
belle fin d'après-midi d'automne, sous l'œil protecteur et confiant du jardinier?
Comme
ce temps-là semble lointain aujourd'hui à Marie-France, surtout en ce jour d'hiver
où le soleil se fait
beaucoup plus timide et où, ses jeux à deux, ne sont plus désormais qu'un charmant souvenir caché soigneusement dans son petit cœur d'enfant.
Elle
réfléchissait à tout cela, assise confortablement dans l'embrasure de la fenêtre,
son ourson de peluche préféré bien blotti aux creux de ses petite bras potelés.
Dehors la nuit tombait peu à peu, silencieuse mais toute endimanchée d'une belle
neige parsemée de doux flocons, voltigeant lentement, aussi légers que gracieux,
venant se glisser contre la fenêtre juste avant de poursuivre leur course, tout
scintillants sous les lumières du palais.
Leur
danse faisait sourire Marie-France, car elle avait l'impression qu'ils venaient lui
dire bonne nuit, juste avant de disparaître en direction de son jardin endormi sous
son épais manteau blanc. Même la fontaine du parc ne chantait plus, elle qui
encourageait si bien les gazouillis d'oiseaux durant tout l'été.
Ses
parents lui avait souhaité bonne nuit et après les avoir embrassés, elle avait fait
sa toilette et mis sa robe de nuit, mais le sommeil tardait à venir ce soir-là
puisqu'il s'agissait de la nuit la plus importante de l'année, la nuit de Noël.
Elle
n'avait pas osé demander au Père Noël d'avoir des amis puisque par le passé ses
parents s'étaient toujours objectés à une telle demande, prétextant qu'elle aurait
bien un jour ou l'autre, l'occasion de rencontrer les enfants de leurs relations.
Par
contre, leur venue par le passé, n'avait pas réussi à trouver grand écho dans son
cœur. Ceux-ci l'ayant trouvée trop enjouée, trop spontanée, ayant de ce fait,
considéré son manque de réserve comme un prétexte suffisant pour se montrer
distants. Marie-France s'était sentie quelque peu rejetée par leur attitude pour le
moins hautaine.
Comment
expliquer à ses parents que leur conformisme était somme toute bien étouffant pour
la petite fille qu'elle était, se trouvant par la force des choses bien trop sage à
son goût. Elle se sentait si vive, si créative, si débordante d'imagination, si
artiste dans l'âme, mais ne savait pas comme exploiter de si belles aptitudes.
Elle
n'était pas ingrate pour autant, sachant combien étaient nombreux les enfants, qui
de par le monde ne bénéficieraient jamais de tous les trésors placés à sa
disposition. Aussi, savait-elle faire preuve de sagesse, en offrant une prière à
Jésus pour les autres enfants de la terre, tout en n'osant point demander quoi que
ce soit pour elle-même, sachant combien elle était déjà tant privilégiée par la vie.
Cette
nuit là, les anges du ciel lui avaient réservé toute une surprise puisqu'ils
avaient déposé, spécialement pour elle, sous le sapin de Noël du salon, un très
beau colis aux motifs angéliques, multicolore et particulièrement scintillant,
garni d'un large ruban de velours rouge.
Marie-France
n'en revenait pas, non pas qu'elle n'avait pas d'autres cadeaux, il y en avait même
plusieurs, mais surtout du fait que ses parents semblaient totalement interloqués
face à la présence de ce précieux paquet dont ils ignoraient tout.
La
petite, fascinée par la beauté du papier, prit grand soin de le retirer sans
l'abîmer. Elle s'était assise, les jambes croisées sous elle, et respirait l'arôme
extraordinaire dégagée par les branches de l'immense sapin qui trônait
majestueusement dans le salon, qui ressemblait davantage à une superbe salle de bal.
Sa
surprise fut à son comble lorsqu'elle découvrit que ce cadeau était l'un des rares
lui ayant été refusés par ses parents dans le passé. Il s'agissait d'une jolie
mallette de bois, toute simple, contenant plusieurs tubes de peinture accompagnés
de cinq beaux pinceaux aux poils luisants. Sur chacun de ces pinceaux,
s'y trouvait gravée en fines lettre d'or le nom de chaque saison: Printemps, Été, Automne et Hiver. Le cinquième pinceau pour sa part, portait l'inscription étrange de «Deuxième carrière» sans plus d'explication.
Les
parents étaient bien sûr particulièrement étonnés, d'autant plus qu'ils n'avaient
jamais voulu offrir à Marie-France un tel présent de peur que celle-ci ne risque
d'y prendre suffisamment goût, au point de vouloir s'enticher un jour d'une
vocation artistique, somme toute bien peu lucrative à leur avis.
Par
contre, ils aimaient sincèrement leur fillette et à la vue de la joie si pétillante
qui dévorait ses yeux, ils se sentirent incapables de le lui retirer.
Dans
la mallette de peinture se trouvaient également quatre toiles et une multitude de
cartons à dessin servant à y peindre de jolies cartes. Marie-France, dans son
esprit, se voyait déjà utiliser ce beau matériel et il lui tardait vraiment que le
souper du réveillon organisé avec des gens de la haute, puisse se terminer au plus
tôt, afin d'être enfin libre de jouir au maximum de ce merveilleux trésor si
prometteur.
Lorsqu'elle
eu enfin la chance d'être seule, elle comprit très vite que les pinceaux étaient en
quelque sorte magiques. En effet, il lui suffisait de tremper à peine le bout de
leur extrémité poilue dans la peinture pour que celle-ci se choisisse presque par
enchantement, donnant de chacune de ses toiles un véritable paysage féerique d'un
égal ravissement pour chaque saison, merveilleusement illustrée même si elle
n'avait aucune expérience.
Le
résultat fut si spectaculaire qu'elle n'hésita pas une seconde à créer, à inventer
une multitude de cartes de souhaits, toutes plus belles les unes que les autres.
Son imagination n'en finissait pas de lui inspirer des cartes d'anniversaires, des
cartes de Noël, des cartes de prompt rétablissement, des cartes de félicitations
etc.
Ces
cartes étaient si belles, si invitantes qu'elle se décida à solliciter la
complicité du chauffeur attitré à leur service et à sa demande, il accepta
discrètement de proposer ses merveilleuses créations à une boutique de la ville. En
un rien de temps, ses cartes furent extrêmement populaires auprès de la clientèle
puisque jamais personne n'avait rien vu de tel auparavant.
Marie-France
avait un cœur d'or, aussi, prit-elle la décision que les revenus de ses ventes
seraient distribués aux pauvres des bas quartiers. Les anges connaissaient cette
charitable utilisation puisque chaque nuit, ils ajoutaient des cartons neufs
s'assurant ainsi que la petite ne manquerait jamais de matériel pour semer le
bonheur dans la vie des gens.
Le
temps passa et la petite fille grandit si bien qu'elle en vint à célébrer ses
dix-sept ans. Son talent devint si génial que ses cartes avaient atteint une telle
popularité que certaines personnes n'hésitaient pas à leur prêter certaines
propriétés de guérison, du moins, elles avaient le pouvoir de transformer les
humeurs de ceux et celles qui les admiraient.
Marie-France
ne cherchait pas la célébrité, aussi signait-elle ses créations simplement d'une
étoile. Malgré cette humble discrétion, sa réputation pourtant, dépassa largement
les frontières de sa région pour s'étendre un peu partout dans son pays et même
plus loin, surtout depuis que certains voyageurs séduits, les apportaient
outre frontière. De partout, on l'avait surnommé «L'artiste généreuse aux pinceaux
magiques».
C'est
ainsi, qu'un beau jour d'été, un homme âgé d'un peu moins d'une cinquantaine
d'années fît une halte à son château, demandant à rencontrer cette discrète mais
non moins célèbre magicienne du pinceau. Il se montra très reconnaissant qu'elle
lui accorda une entrevue même s'il avait négligé de se faire annoncer
préalablement.
Il
avait un grand secret à lui partager. Son fils de vingt ans qui l'accompagnait
ayant jadis été un très très beau jeune homme, avait hélas subit un malheureux
accident et se trouvait fortement affligé d'une horrible cicatrice qui s'étendait
de l'arcade sourcilière jusqu'aux lèvres.
Le
père avait vu dans un de ses rêves la jeune fille passer sur le visage de son fils,
un pinceau magique nommé «Deuxième carrière» dont le pouvoir avait littéralement
transformé le visage de ce dernier, pour un retour en beauté, de sa luminosité
d'autrefois.
Aussi,
avait-il pris tout son courage pour décrire son rêve à la jeune fille, ignorant
totalement la réaction de celle-ci à de tels propos aussi inhabituels. Quelle ne
fut pas sa joie lorsque la jeune fille s'écria: «Mais oui!! Vous avez raison, c'est
peut être bien à cela qu'est sensé servir ce cinquième pinceau que j'ai pris soin
de remiser, dans l'ignorance de la fonction à laquelle il était destiné!»
En
moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la jeune fille s'empara de ce pinceau,
le trempa spontanément dans la peinture couleur chair, puis, appliqua celle-ci d'un
geste rempli d'assurance sur la vilaine cicatrice du jeune homme. Instantanément,
la peinture disparue, le visage du jeune homme se transforma et toute trace de la
cicatrice disparue comme par enchantement.
Tout
ébahi de ce miracle, le jeune homme qui avait vécu reclus évitant toutes relations
amoureuses depuis si longtemps, offrit à Marie-France un sourire si beau, si pur
qu'il en était pratiquement angélique. Évidemment, un foudroyant et irrésistible
coup de foudre se produisit et c'est ainsi qu'ils tombèrent follement amoureux l'un
de l'autre.
Marie-France
avait déjà aperçu ce jeune homme avec précision
dans ses rêves. Si doux, discret, bon, charitable, généreux, dévoué, ayant lui aussi subit bien malgré lui, une grande solitude si lourde à porter. Il en voyait enfin le terme grâce à celle qui désormais était prête à le fréquenter assidûment.
Pour
sa part, elle prenait conscience combien toute cette solitude dont elle fut
également l'objet, l'avait peut-être bien préparée inconsciemment à mieux
comprendre aujourd'hui la réciprocité qui l'unissait au vécu de ce nouveau
compagnon de vie.
Ce
charmant jeune homme, était un comédien dans l'âme et à défaut de pouvoir évoluer
dans cette vocation en raison du fâcheux accident subit, il n'en avait pas négligé
pour autant la création de liens amicaux avec plusieurs vedettes du milieu. Aussi,
s'empressa- t-il de présenter à tous, sa nouvelle bien- aimée.
Lorsque
Marie-France expliqua timidement à chacun que tout le mérite de son exploit en
revenait en fait au cinquième pinceau, certains voulurent en faire l'essai
personnellement. Mais à chaque fois, le pinceau refusait d'être manipulé par une
autre personne que l'artiste Marie-France, pour laquelle il avait été créé.
Pour
donner suite à l'inscription «Deuxième carrière» de ce cinquième pinceau,
Marie-France découvrit rapidement qu'elle n'avait pas uniquement un don d'artiste
exceptionnelle mais aussi que ce pinceau magique particulier, pouvait devenir son
principal outil pour embellir merveilleusement les visages des gens de la scène.
Grâce
à ses touches magiques, ceux-ci se trouvaient non pas totalement différents mais
combien plus beaux! Un peu comme si leur beauté intérieure parvenait à rayonner à
l'extérieur d'eux. Ils devenaient
physiquement plus lumineux que d'habitude, donc, plus confiants en eux-mêmes et davantage en mesure de séduire leur public avec aisance.
Marie-France
avait bifurqué de la carrière d'ambassadrice à laquelle ses parents l'avait si
fortement préparée, tout désireux qu'ils étaient de la voir y réussir avec brio.
Malgré cela, ils comprirent que l'amour et le bonheur qui habitaient leur fille en
permanence, étaient somme toute le plus important, donc, ce qu'ils souhaitaient de
mieux pour elle.
La
morale de cette histoire est que, si par un beau matin de Noël, vous trouvez sous
le sapin un cadeau des plus inattendus qui se révèle être un étonnement pour tous,
surtout, sachez en faire un usage Divin car les miracles n'existent pas que dans
les contes de fées!
Par
contre, pour attirer cette magie, vous devez être convaincu(e) de la mériter en
étant digne, et de vous en servir généreusement.
JOYEUSES FÊTES
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