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Un
contact mystique peut être vécu par le commun des mortels simplement sous la forme
d'un rêve. Le rêveur ne doute pas de l'aspect mystique de son expérience du fait
qu'elle lui transmet, même longtemps à la suite du réveil, une intensité
émotionnelle incomparable. La description qui en est faite est d'avoir vécu une
sorte d'extase si sublime pour le rêveur que l'expérience ne peut avoir été que
céleste et non purement imaginative.
Quiconque a un jour la chance de vivre
un tel phénomène en reste profondément imprégné à tout jamais. Certes, ils ne
seront pas légion à choisir d'en partager l'expérience avec les autres craignant
sans doute de passer pour fous ou encore d'être trop rapidement présumées victimes
d'hallucinations.
Pour les scientifiques, faire la nuance entre l'illusion
et l'aspect véridique n'est même pas une problématique à résoudre puisque l'absence
de réalité apparente, à défaut d'être concrètement démontrée ou prouvée, en atteste
par conséquent le manque d'authenticité.
Pourtant certains, dont le
professeur Jean Lhermitte, ont osé prendre la peine de fouiller plus avant le
sujet. Voici le résultat des recherches qu'il partage avec nous.
Un certain
nombre de mystiques, et nous pensons d'abord à Thérèse d'Avila, ont été témoins
d'auditions, c'est-à-dire de paroles et de visions dont ils ne pouvaient croire
qu'ils en fussent les créateurs.
En quoi ces phénomènes mystiques se
différencieraient-ils d'avec un simple phénomène hallucinatoire? Eh bien, selon le
professeur Lhermitte au départ, ces phénomènes, qu'ils soient authentiques ou
illusoires, se produisent initialement de façon similaire si on considère qu'ils
sont imprévisibles, soudains, vivaces, riches et dépouillés de toute extériorité.
Ainsi, le sujet entend et voit, non dans son sommeil mais totalement éveillé, par
l'ouie ou la vue dites intérieures; et ce qu'il perçoit ne pourra jamais le
persuader le moins du monde qu'il puisse en être l'auteur tant il est absolument
convaincu que ces visions ou auditions sont nécessairement l'œuvre d'un autre que
lui-même.
Le mystique pour sa part ne prendra pas ces contacts à la légère
et même n'en acceptera l'interprétation céleste qu'après avoir longtemps lutté et
douté que ces phénomènes étranges puissent être sa propre œuvre inconsciemment
réalisée. Ce n'est donc qu'au bout de multiples questionnements et de recherches
qu'il admet finalement la certitude de leur authenticité.
Mais du fait
qu'un sujet possède la conviction profonde, disons même la certitude, que les
paroles qu'il entend dans l'intime de son esprit ne sont pas prononcées devrait-il
suffire à conclure qu'elles ne se trouvent pas inconsciemment son œuvre dissimulée?
Voici la réponse que le mystique saint Jean de la Croix nous a offerte en réponse:
« Quand un esprit rentre en lui-même et s'applique à la contemplation de
quelque vérité en s'y absorbant, il parle de lui-même avec soi-même et il se répond
COMME SI un homme s'entretenait avec un AUTRE homme. » En d'autres mots,
les paroles ou les visions se produisent toujours lorsque l'esprit se trouve plongé
dans quelque considération.
De ce fait, il semble naturel au sujet de ne pas
considérer être l'auteur des paroles puisque, d'une part, ce qu'il entend
intérieurement se trouve à l'interrompe dans le cours d'une activité différente, et
ce, précisément au moment où il reçoit le message. D'autre part, parce que le
message qui lui vient tient souvent lieu d'enseignement d'un savoir qui lui était
nécessairement étranger avant de le recevoir.
Pour le mystique comme pour la
personne dotée de clairaudience, le message qu'il entend ne peut donc venir que
d'une source autre que la sienne qui forme ces raisonnements dans son intérieur en
lui transmettant un savoir qui lui était auparavant inconnu.
Et saint Jean
de la Croix de poursuivre : « L'esprit a bien raison, en vérité, de le
penser ainsi, car il raisonne avec lui-même et se répond comme s'il se trouvait
avec une autre personne. Bien que ce soit le même esprit qui agit comme instrument.
L'Esprit Saint, l'aide souvent à produire et à former ces pensées, ces paroles et
ces raisonnements pleins de vérité. »
Pour ne laisser place à aucun
doute, le grand mystique insiste : « L'âme qui est là ne pourra jamais se
persuader que ces mots et ces paroles ne lui viennent pas d'une tierce personnes
car elle ne sait pas avec quelle facilité l'entendement peut de lui-même former des
paroles sur les pensées et les vérités qui lui sont communiquées par une tierce
personne! »
Toutefois, saint Jean de la Croix n'exclut pas une mise en
garde. « Ce n'est pas en s'appuyant sur les extases, et encore moins sur les
visions, les locutions, les sentiments imposés, qu'il convient automatiquement
d'apprécier l'authenticité mystique. Celle-ci est d'un ordre infiniment plus élevé.
Ainsi, pour arriver à cette union de Dieu si parfaite, l'âme doit veiller à ne
s'attacher en rien à ces visions imaginaires, formes représentations ou
connaissances particulières, car elles ne peuvent lui servir de moyen proportionné
et prochain pour atteindre un tel but; elles y seraient plutôt un obstacle… Voilà
pourquoi l'âme doit s'en détacher et s'appliquer à fuir... Ainsi, plus l'âme
s'applique à demeurer dans la nuit et le néant par rapport à toutes les choses
extérieures et intérieures qui peuvent lui être communiquées, plus elle avance dans
la foi et, par conséquent, dans l'espérance et la charité. »
Sainte
Thérèse de Jésus, dans son Château de l'âme, nous donne ses propres critères :
« Étant donné que les visions et les locutions peuvent être l'œuvre du démon
ou de la maladie, il convient de s'en défier. Aussi, je dis que dans les débuts, le
mieux est de les combattre sans cesse… Les marques les plus certaines pour
reconnaître que les paroles viennent de Dieu sont les suivantes :
« La première, la plus sûre, consiste dans l'autorité et l'emprise qu'elles
apportent : elles sont paroles et œuvres tout à la fois; La seconde marque
consiste DANS LA PAIX PROFONDE DONT L'ÂME EST INNONDÉE; La troisième tient de ce
qu'elles ne s'effaceraient pas longtemps de la mémoire; quelques-unes de ces
paroles ne s'oublient jamais. Celles de Dieu impriment la certitude la plus
profonde. »
En comparaison, les paroles que l'on entend, qui ne sont
que le produit de l'imaginaire, ne sont en rien semblables aux marques précédemment
nommées. Elles ne confèrent en rien ni la certitude, ni la paix, ni la joie
intérieure. De plus, elles ne sont JAMAIS aussi claires ni aussi distinctes et
ressemblent davantage à un demi-rêve.
En conclusion, les deux mystiques sont
du même avis sur un point particulie, celui permettant de bien démarquer
l'expérience authentiquement mystique des hallucinations pathologiques en
considérant les EFFETS SUR LA CONDUITE DU SUJET précisément lorsqu'il s'agit
d'expériences mystiques authentiques. Les effets se trouvant précisément exprimés
et validés dans les termes suivants : La véritable expérience mystique donne à
l'individu de la vigueur, du courage, de la charité et de l'amour, et son
comportement en devient par conséquent davantage VERTUEUX. Après tout, il est
toujours plus facile de reconnaître la qualité de l'arbre à ses fruits. De même,
l'authenticité d'un message mystique se reconnaît à l'application vertueuse qui en
découlera par la suite.
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