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Vous
avons tous déjà entendu parlé de Mozart qui jouait parfaitement du piano à l'âge
extrêmement précoce de trois ans. Il était assurément un pur génie puisque, dès
l'âge de quatre ans, il possédait également l'habileté innée d'accompagner son père
au violon sans jamais avoir appris à en jouer tout comme pour le piano. En 1763, à
l'âge de sept ans, ses prouesses se décuplaient puisque ce petit prodige donnait
aisément des concerts. À douze ans, en 1768, il composait déjà un opéra en trois
actes. Bref, un tel génie fit nécessairement sa marque dans l'histoire.
La
question que je me suis posée est la suivante : sommes-nous en présence d'un esprit
possédant un quotient intellectuel (QI) supérieur et brillant? Ou bien,
s'agissait-il davantage d'un être doté d'une créativité tout à fait remarquable? En
fait, il n'appartiendrait probablement à aucune de ces catégories mais davantage à
celle que l'on nomme des surdoués. Les nuances propres à distinguer chacune de ces
catégories méritent qu'on s'y attarde.
UN INDIVIDU PARTICULIÈREMENT BRILLANT
Un individu particulièrement brillant
est censé posséder un QI de 170 et plus, et, selon des études, on en dénombrerait
uniquement une personne sur 3 000. On les reconnaît souvent dans la précocité de
l'apprentissage de la lecture puisque près de 43 % de ces enfants ont appris à lire
avant l'âge de quatre ou cinq ans. Pourtant, selon cette même étude réalisée par
Hollingworth en 1942, ces enfants précoces ont généralement certaines difficultés à
apprendre à écrire et à participer aux jeux ou aux tâches exigeant une certaine
coordination neuromusculaire. Ils deviennent rapidement frustrés ou
particulièrement impatients face à tout apprentissage de nature à entraver le
jaillissement des idées. Le second problème vécu par cette catégorie d'enfant est
principalement lié à un mauvais ajustement social, et ce, encore plus
particulièrement chez les jeunes filles possédant un QI les qualifiant de très
intelligentes.
La difficulté pour l'enfant serait, par exemple, qu'à partir
de l'âge de sept ans, il possède déjà l'âge mental d'un adolescent de treize ans.
En fait, la discordance entre l'âge réel et l'âge mental représente un fossé
pouvant souvent atteindre quatre ans. Ainsi, ce jeune de sept ans s'intéresse à des
lectures d'adolescent et, de ce fait, ne parvient plus à se faire comprendre d'un
autre enfant du même âge ou encore ne parvient plus à trouver dans son
environnement quelqu'un, d'aussi jeune que lui, susceptible d'avoir les mêmes
champs d'intérêt. D'autre part, s'il se tourne vers des compagnons
plus vieux, ceux-ci le rejettent en raison de son apparence juvénile. Cette situation l'isole et lui donne l'impression d'être de plus en plus dans l'impossibilité de communiquer ou d'être tant soit peu compris de son entourage. Pire encore, il se sent profondément coupable d'être différent de la masse.
Pour toutes ces raisons, les recherches de Terman démontraient que dans les
années 1940, les méthodes d'enseignement se trouvaient déjà totalement inadaptées
aux enfants dotés d'intelligences supérieures et que précisément de ce fait, les
notes obtenues à l'école ne correspondaient pas du tout à l'avance intellectuelle
réelle des sujets qualifiés au départ comme étant les plus brillants que la moyenne
des autres enfants.
L'enfant brillant se distingue des autres en raison de
traits caractéristiques bien précis, et plus son QI est élevé, plus sévères seront
les problèmes d'ajustement social. Il démontre généralement beaucoup d'anxiété,
d'insécurité, un sentiment d'isolement, une maladresse manuelle et physique,
souffre de se sentir différent des autres, ressent le désir de lire abondamment,
recherche de préférence des solutions par lui-même plutôt que sous la supervision
d'un pédagogue.
Ces problèmes d'ajustement social le rendent impopulaire
tant auprès de ses petits camarades qu'auprès des pédagogues puisque, souvent,
l'enfant brillant s'ennuie profondément en classe. Pour toutes ces raisons, il
préfèrera se fondre graduellement dans la foule en réduisant sa passion pour la
lecture et finalement en souffrant en silence de se considérer comme inférieur
parce que trop différent de ses congénères.
MAIS QU'EN EST-IL ALORS DES ÊTRES CRÉATIFS ?
Les enfants créatifs, d'après
William James (1911) ne cadrent pas nécessairement davantage avec l'approche
pédagogique, car ils s'ennuient à mourir à l'école tout autant que les brillants.
Toutefois, ils reflètent un sens du leadership qui les pousse constamment à montrer
la voie aux autres et établissent les schémas de ce que les gens du commun adoptent
et finiront par suivre comme étant l'évidence.
Quels sont à première vue les
attributs du créatif? Il possède indéniablement une vive imagination, la
flexibilité mentale, l'intuition si piteusement rigidifiée chez l'adulte. En un
mot, il se démarque de la masse par son esprit d'inventivité. Il se différencie
également de l'enfant brillant qui, lui, est assoiffé de connaissances littéraires,
donc cherchant à devenir fort instruit mais. en comparaison, pouvant rester
totalement stérile ou incapable du moindre travail original qui serait davantage le
propre de l'enfant créatif.
Or, il n'est pas rare que l'on puisse admettre
que les situations rencontrées par un étudiant, en regard des solutions de
problèmes auxquels il sera confronté à la fin de ses études, n'auront à peu près
rien à voir avec son apprentissage scolaire.
On a découvert que les enfants
brillants finissent par abdiquer et soustraire leur habileté pour préférer se
fondre dans la masse afin d'éviter de devenir des parias. Rendus à cette étape,
ceux-ci modèleront davantage leur comportement aux attentes de l'enseignant,
essayant de correspondre au modèle recherché par ce dernier.
L'enfant
créatif, au contraire, reste rebelle et cherche souvent à se démarquer par l'humour
qu'il tient particulièrement en haute estime, mais qui n'est malheureusement pas du
tout considéré sous le même angle par son enseignant la majorité du temps.
Les créatifs sont davantage animés d'un esprit de nature libre. Ils prennent un
point de départ et se laissent vagabonder au gré de leur imagination. En
comparaison, l'enfant au QI élevé focalise sur le stimulus. Le créatif quant à lui
créera ses propres catégories sous l'angle du jeu sans nécessairement chercher à
imiter ou à se fondre dans un cadre quelconque.
LES MILIEUX FAMILIAUX DE CHACUN
Les milieux familiaux d'où sons issus les
créatifs et les QI élevés diffèrent également. Il paraîtrait que les familles où
évoluent les enfants créatifs démontreraient moins d'insécurités et une plus grande
ouverture à l'innovation, à la vie, au sens des valeurs, et, en général, démontrent
une plus grande tolérance quant aux risques ou à la capacité de faire face à
l'inconnu.
En comparaison, les familles de QI élevés démontrent une plus
grande préoccupation face aux soucis financiers, aux bonnes manières, à la
propreté, ainsi qu'à l'intérêt pour les études poussées.
Les enfants
créatifs ne se trouvent davantage premiers de classe pour autant puisque les tests
classiques d'intelligence qu'on leur propose ne leur conviennent pas. Ils peuvent
tout simplement les trouver trop absurdes pour y répondre ou trop sans intérêt pour
s'en préoccuper. Pour les séduire, la forme d'un jeu y parviendrait mais les tests
habituellement proposés en sont passablement éloignés.
Les créatifs, tout
comme les enfants de QI élevés, ont rapidement tendance à désirer travailler seuls.
Les créatifs ne se sentent pas inférieurs, toutefois ils peuvent rapidement se
réfugier dans l'agressivité, l'entêtement, le silence ou l'apathie s'ils ne
parviennent pas à exercer leur rôle de leader naturel.
Finalement, selon une
étude réalisée par Cox, plusieurs enfants créatifs sous la tutelle des
enseignements rigides d'autrefois, apparurent aux yeux de leurs maîtres comme étant
des incapables. Certains d'entre eux étaient même des derniers de classe. Pourtant,
c'est précisément dans cette catégorie non reconnue que se trouvaient plusieurs
petits génies tels que Pasteur, considéré par son maître comme étant nul en chimie!
Nous retrouvons également Milton, qui pourtant dévorait déjà les classiques à l'âge
de douze ans, Goethe si créatif qu'il arrangeait et faisait jouer des pièces de
théâtre à six ans et, entre autre, Pascal qui dénicha de son propre chef, sans le
moindre enseignement, les principales lois de la géométrie à l'âge de onze ans. Il
écrivit par la suite les douze traités d'acoustiques.
Je rends ici hommage
aux écrits du professeur Rémy Chauvin, un grand maître à penser m'ayant beaucoup
inspirée dans la rédaction de ce texte vulgarisé pour votre bon plaisir.
SUGGESTION DE LECTURE OU DE FILM CONNEXE
Je suis présentement à terminer la
lecture du troisième tome d'un roman de particulièrement captivant que vous
connaissez peut-être, MILLÉNIUM. Un des personnages principaux est précisément doté
des caractéristiques décrites dans cette chronique et souffrant également de
dysfonctionnement social. Pourtant, vous vous surprendrez graduellement à
l'apprivoiser et même à l'aimer. La série cinématographique de cette grande œuvre
fut réalisée en trois productions et j'en profite d'autant plus pour vous la
recommander très chaleureusement.
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